Book of Monsters

Category: Films Comments: No comments

Si cette vieille baderne de Bruce Campbell ne devait jamais reprendre la tronçonneuse pour décimer de nouvelles armées des ténèbres – et c’est malheureusement bien parti pour – ce serait désormais un peu moins grave. C’est que la relève est assurée, sort à peine du berceau et est aussi décidée à casser du streum que ce bon vieux Ash. La preuve par neuf avec un Book of Monsters (2018) particulièrement plaisant à feuilleter.

 

 

A une époque où les réseaux sociaux permettent à n’importe quel projet de s’offrir une visibilité à moindres frais, et au premier venu de décrocher le fameux quart d’heure de gloire en surfant sur une vague de publications, il est devenu plus que jamais crucial de savoir tirer son épingle du jeu pour se faire remarquer. A plus forte raison lorsque l’on espère que le chaland acceptera de faire fumer carte de crédit et compte Paypal pour financer votre projet cinématographique, potentiellement perdu dans une jungle de courts-métrages, de livres ou de web-séries. Des idées, l’Anglais Stewart Sparke et son scénariste Paul Butler (auxquels on doit le The Creature Below de 2016) en ont à revendre, et proposent à leurs financeurs prêts à cracher un max de billets d’influer sur le scénario de Book of Monsters, en choisissant notamment quels monstres viendront pourrir l’anniversaire de Sophie, 18 ans, toutes ses dents et coincée dans une fiesta où sont visiblement invités cinq démons plutôt méchants. Bien pensé, mais un petit cauchemar logistique, qui pousse Butler à échafauder plusieurs versions de son script, et à le retravailler en vitesse à deux semaines du tournage, histoire d’inclure les choix du public. Pas franchement de tout repos… Et cela aurait pu être encore pire, puisque la paire songea un temps à faire un film à la mode « un livre dont vous êtes le héros », qui permettrait à l’audience de diriger le récit à sa guise. Impossible au vu du budget plutôt réduit de Book of Monsters, dont chaque centime sera déjà visible à l’écran, et notamment dans une poignée de gloumoutes faites à l’ancienne. Pas de CGI, pas de sang numérique, pas d’armée d’infographistes payés à aligner des pixels pour façonner des chimères dignes d’une cinématique de la X-Box One. Sparke ne s’en cache pas : son but, c’est de faire comme si les années 80 étaient toujours bien là, et se référer à quelques classiques du creature feature moderne, comme Gremlins, Tremor et Un Cri dans l’Océan. Que les allergiques à la mode du revival 80’s ne tournent pas les talons trop vite, car Book of Monsters ne donne pas dans l’ultra référentiel, et les esprits de Stranger Things flottent ailleurs. Même si Sparke est bien conscient que le succès de la série risque de profiter à son propre projet…

 

 

Alors qu’elle n’est qu’une gamine de huit années, Sophie voit sa propre mère se faire bouffer sous ses yeux par une immonde bestiole, venue interrompre le moment préférée de la petite famille : la lecture du livre des monstres, catalogue de sales bêtes à priori crédible puisque l’une d’entre elle vient de sortir de sous le lit de Sophie. Après un petit séjour en hosto psy – son père (Nicholas Vince des Hellraiser) jugeant qu’elle raconte de sacrées conneries en clamant que sa pauvre môman a été boulottée par un trucmuche digne des plus beaux chapitres de Lovecraft – Sophie (désormais incarnée par Lyndsey Crane) peut reprendre une vie normale. En tout cas suffisamment classique pour que ses amies Beth (Lizzie Stanton) et Mona (Michaela Longden) lui organisent une fête d’anniversaire, invitant la moitié de l’école à venir jouer au beer pong dans la ferme où séjournent Sophie et son père, pour le coup parti en voyage. Une bonne occasion pour Sophie de tenter de draguer Jess (Rose Muirhead), jolie brune sur laquelle notre héroïne a des vues… Mais lorsqu’une evil bitch flanquée d’une robe à faire pâlir d’envie Jessica Rabbit attire un puceau à l’écart, lui taille un pentagramme digne d’une pochette de Venom sur le torse et en profite pour invoquer des démons, la birthday party tourne au rouge. Ca commence avec l’arrivée d’une sorte de cerf démoniaque avec des cornes un peu partout sur le dos, ça continue avec un assassin déguisé comme un docteur du doux temps de la peste (c’est à dire avec cette espèce de masque en forme de bec), et ça part en vrille avec des gros asticots dentés, des nains de jardin mangeurs d’hommes, une vilaine aux cheveux gras qui prend possession des corps et la fameuse connasse de rouge vêtue, qui becta la mère de Sophie une décennie plus tôt et est capable de changer d’apparence à sa guise. On vous causait d’Evil Dead et on ne mentait pas, puisque Sophie et ses copines devront sortir tronçonneuses, haches et autres outils de jardinage pour renvoyer dans leur bain de lave ces atrocités infernales.

 

 

Alors que la plupart des jeunes réalisateurs désireux d’en revenir au mood de l’âge d’or de la VHS n’en finissent plus de citer Carpenter, Dante et compagnie, Sparke prend la bonne direction en s’attachant à un feeling général plutôt qu’aux basques d’une ou deux légendes de l’horreur. Le juste choix puisque Book of Monsters ne devient dès lors jamais une copie moderne d’un classique de trente ans d’âge, et le metteur en scène ne semble jamais vraiment en train de chausser les bottes des grands noms du genre, si ce n’est éventuellement celles de Sam Raimi. D’ailleurs, alors que l’affiche à l’ancienne et le pitch laissaient supposer un retour dans le cinoche américain plein de slime et des bêtes garnies de six rangées de dents, le résultat évoque surtout les autres essais britanniques des années 2010. On songe ainsi au chouette Dark Clown et à l’excellent Deathgasm dans ce mélange entre teen movie un peu gris et plus proche des Beaux Gosses de Riad Sattouf que de la saga solaire American Pie, et un second degré très affirmé, un peu sale gosse dans les coins (l’élève la plus cruelle de la classe parade avec son mec, qu’elle finit par sacrifier sans remords et qu’elle critique même après qu’il ait été décapité). Rien de très neuf, et la Grande-Bretagne nous a, comme on l’a dit, déjà balancé quelques beaux exemples de funny scary movies dans les gencives ces dernières années. N’empêche que Book of Monsters, derrière ses contours de version trashos du premier film Chair de Poule (le lien entre la littérature et les créatures, les nains de jardin maléfiques…) ne démérite jamais, d’une part parce que le tout file sans jamais se retourner (les 80 minutes passent d’une traite et ne demandent même pas de pause pipi), d’une autre parce que les personnages sont plutôt sympathiques et échappent au piège des clichés unidimensionnels. Ainsi, la gothique taiseuse (Lizzie Stanton, sans doute la demoiselle la plus mimie de l’horreur des 2010’s) sera aussi l’une des meilleures stratèges de la bande, le pauvre gars un peu naze prouvera sa valeur au combat (même si son caractère de battant sera sacrifié pour laisser plus de place aux nanas), le chippendale un peu débile est aussi une bonne âme et la mauvaise élève Mona sera la plus attachée à la survie de ses amies. Dommage que les comédiens, tous bons, semblent plutôt approcher de la trentaine – quand ils ne l’ont pas dépassée – et viennent donc en mettre un petit coup à la plausibilité de cette fiesta d’adolescents.

 

 

Du reste, peu à reprocher à Book of Monsters, très bonne Série B au gore pas toujours très convaincant (certains effets semblent faits à base de laine) mais dont la générosité pousse au pardon. Et puis, comment cracher nos vieux glaviots d’éternels enrhumés sur une petite bande qui n’hésite pas à nous offrir une pelletée de monstres sans faire chauffer les Asus et Photoshop ? Impossible, et Sparke et Butler rappellent qu’un bon esprit fait passer toutes les carences. Puis au risque de se répéter, elle est vraiment jolie, Lizzie Stanton. Et ça, chez nous, c’est quelques points de plus à l’arrivée…

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Stewart Sparke
  • Scénarisation : Paul Butler
  • Production : Paul Butler, Stewart Sparke
  • Pays : Grande-Bretagne
  • Acteurs : Lyndsey Crane, Lizzie Stanton, Michaela Longden, Daniel Thrace
  • Année : 2018

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>