Vampire Sisters

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Principalement connu pour ses monster movies de la fin des années 70 ou du début des eighties comme The Alien Factor, Fiend, Nightbeast ou The Galaxy Invader, Don Dohler s’est glissé dans les années 2000 dans les draps de satin du softcore horrifique avec Vampire Sisters (2004). Une production riquiqui mais très dans l’air du temps puisqu’il y est question d’un trio de vampirettes se servant de la Toile pour attraper de pervers moucherons, qu’elles suceront entièrement…

 

 

Il y a un fossé, que dis-je, un canyon, quant à la perception qu’ont les auteurs de Vampire Sisters de leur bébé. Pour Joe Ripple, ancien flic de nos jours à la tête de la convention caritative Scares that Cares, dont tous les profits sont reversés aux associations d’aides aux enfants malades, c’est là le meilleur film qu’il ait un jour réalisé, et c’est presque la larme à l’oeil qu’il en tient le DVD, avouant dans un soupçon d’émotion que « c’est toujours [son] mon préféré ». Pour Don Dohler, qui l’a écrit, produit, monté et s’est chargé de tous les aspects techniques lors du tournage, c’est là la dernières des tentatives mi-amateure mi-professionnelle pour laquelle il aimerait être commémoré. Il faut dire que Dohler n’est pas connu pour être un grand adepte de la nudité à l’écran, et si un documentaire nommé Blood, Boobs and Beast lui fut dédié et dont le titre suggère que c’est avec la bave au coin de la bouche qu’il forçait ses apprenties comédiennes à dégrafer leur soutif, la vision du-dit docu prouvait que c’était surtout la création d’envahisseurs vindicatifs et d’aliens improbables qui le poussaient à réunir sa famille dans son jardin pour qu’elle s’y fasse éviscérer. Officiellement, Ripple, qui semble avoir pris goût à la création de low budget sur le set d’Alien Factor 2 (2001), n’est pas non plus un grand pressé lorsqu’il s’agit de demander à ses actrices de tomber la chemise, parce que c’est selon ses dires « toujours des scènes assez embarrassantes à tourner ». Officieusement, et dans l’intimité des réunions avec son producteur, Joe sait aussi qu’une Série B se doit d’apporter du nichon sur la table pour espérer voir ses ventes s’envoler, et c’est généralement avec une certaine insistance qu’il pousse son comparse Don à accepter d’engager des demoiselles pas trop douée question acting mais pas contraires lorsqu’il s’agit de montrer leur beau sourire de derrière. Une stratégie payante : Vampire Sisters fut la meilleure vente de Timewarp Films, société des deux bonhommes, et Ripple ne cachait pas au milieu des années 2000 qu’il pensait de temps à autres à lui donner une suite. Une idée abandonnée en décembre 2006, alors que Dohler fut malheureusement emporté par le cancer…

 

 

Pas sûr que les fans acharnés de Don ont regretté de voir le projet partir dans la cuvette de l’oubli cela dit, eux qui reprochaient généralement à l’oeuvre de Dohler d’avoir perdu de sa candeur, de son enthousiasme presque juvénile pour les bêtes féroces un jour tombées des étoiles, au profit de l’esprit d’entreprise plus poussé de Ripple. C’était d’ailleurs lui le véritable commandant des opérations depuis Alien Factor 2, où ses années en tant que policier avaient prouvées à Dohler sa capacité à gérer une équipe. Tant mieux pour ce dernier, heureux de ne plus avoir à gérer une troupe d’interprètes et autorisé à s’enfermer dans sa salle de montage (en fait son salon, on parle de micro-productions shootées dans le Maryland) ou se concentrer sur le côté strictement technique des longs-métrages. Et il y a fort à parier que s’il s’est chargé du scénario de Vampire Sisters, c’était probablement sur base des notes de son partenaire. Difficile en effet de raccrocher ce mix fauché entre vampirisme et érotisme à l’oeuvre passée, et majoritairement asexuée, de Dohler. D’ailleurs, l’une des seules fois où il s’était laissé aller à une séquence un peu chaude (celle de Blood Massacre étant à part car jouant largement sur le malaise), c’était pour Nightbeast en 82 et c’était encore sous l’impulsion d’autrui. A savoir l’acteur principal et producteur associé Tom Griffith, qui avait des vues sur la coiffeuse de Don et demanda donc à se dernier d’écrire une scène lui permettant de la tripoter à sa guise. Mais si ce n’est cette escapade forcée, Dohler n’a jamais été du genre à aller mater les filles lorsqu’elles prennent leur douche, et s’il s’adonnait aux plaisirs du septième art, c’était par amour sincère pour le cinéma horrifique. Ripple, lui, avoue en riant à moitié qu’il ne regarde jamais de productions sanglantes ou bourrées de monstres tentaculaires – au point qu’on en vient à se demander pourquoi il s’est lancé dans de pareilles aventures, puisqu’il prétend ne pas être non plus un fana des scènes où ça mordille du téton – et il est donc finalement assez logique que Vampire Sisters embrasse sans se retenir son rôle de produit commercial. Toutes proportions gardées, bien entendu : la bande est toujours inédite chez nous et le restera à coup sûr, et si elle fait office de best-seller pour Timewarp Films, c’est parce que les précédentes percées dans la SF et l’épouvante de Dohler, bien que cultes parmi les acharnés du rayon, sont restées assez confidentielles. Vampire Sisters, avec sa promesse de gore franc du collier et de cul désinhibé ne pouvait que se faire remarquer.

 

 

Faut dire que le principe en lui-même n’est pas bête et tire joliment parti de l’intérêt croissant que pouvait avoir à l’époque Monsieur Tout-le-monde pour ce gigantesque terrain de jeu qu’est Internet. Pas encore tout à fait rentré dans tous les foyers et encore une prouesse technologique en 2004, le Net était aussi une aubaine pour tous les petits cochons équipés d’un clavier bientôt plus collant qu’un ruban adhésif et d’un écran prêt à diffuser les blogs des femmes mûres les plus chaudasses de ta région (mais qui crèchent en fait en Hongrie) et les photos pixellisées et en 100×126 (va falloir plisser les mirettes!) de girls next door ravies de montrer que leur clitoris ressemble à une Fraise Tagada à moitié mâchée. On était encore loin de ces hypermarchés de la fente humide ou du zgeg taille baobab que sont Pornhub et consorts, et c’est dans cette Préhistoire du sex online que Dohler et Ripple situent leur intrigue, centrée sur trois vampires coquines. Malignes et pas du genre à se casser le cul à patrouiller la nuit à la recherche de proies prêtes à leur offrir leur nuque, Tasha (Syn DeVil, The Witch’s Sabbath), Dawn (Darna Albornoz, Stakes et Crawler, toujours pour Joe Ripple) et Stacy (Jeannie Michelle Jameson, dont c’est la seule apparition) créent le site VampSisters.com, sur lequel elles proposent quelques photos très hot de leurs nuitées entre copines. Et si ces messieurs apprécient et veulent en voir plus, ils peuvent dépenser quelques dollars pour des séances par webcams interposées, les bons clients étant même récompensés par un bonus. Soit une invitation à venir passer du bon temps en compagnie des soeurettes… qui s’empresseront bien évidemment de les charcuter et se nourrir de leurs globules rouges, les restes étant balancés à Iggy, leur frère monstrueux caché dans une étable.

 

 

Un principe alléchant et dans l’air du temps, et l’on comprend qu’il puisse avoir obtenu son petit succès il y a quinze ans. Malheureusement, de ce postulat de base prometteur, le duo ne fait pas grand-chose, le scénario de Dohler pouvant aisément se résumer à une succession de saynètes voyant de nouveaux pornocrates tomber dans les griffes des frangines, avec entre les coups l’avancée de l’enquête de deux flics (dont Leanna Chamish, habituée du Z made in Baltimore et donc des productions Timewarp). Aussi répétitif que peu palpitant, d’autant que Ripple n’est pas franchement à son aise dans les passages sensuels – dans les autres non plus, pour être honnête – les différents strip-tease ou bécotages entre vampires ne créant jamais d’éruptions volcaniques dans les falzars. Heureusement que Vampire Sisters joue les pressés et ne s’encroûte jamais dans une situation, la seule scène tirant un peu en longueur étant celle de ce jeune homme s’infiltrant dans le QG des pipistrelles pour y retrouver son frère, disparu depuis une semaine. Et pour cause, il avait reçu une invitations des trois démones salopes. Si ce n’est cette tentative honorable mais pas franchement aboutie de miser sur le suspense, la séquence voyant le gaillard avancer dans la maison de nuit en tentant de ne pas se faire repérer par les blood (and dicks?) suckers, Ripple et Don pârent au plus pressé et enchaînent les mises à mort jusqu’à la ligne d’arrivée, située à 78 minutes de métrage. Plus aurait été trop… Car si l’on sait apprécier les efforts sans le sou et à la facture malheureuse (prises de son inégales avec quelquefois un bruit parasite par-dessus inside), on sait aussi que les plus courtes sont les meilleures.

 

 

Cela dit, il faudrait voir à ne pas installer Vampire Sisters trop rapidement sur nos chevalets, car tout gauche soit-il, il en transpire tout de même une évidente envie de bien faire. On pourrait ainsi presque ressentir un petit frisson lorsque les bitches aux dents longues marchent dans la brume en entame, et le maquillage du laideron Iggy est franchement bien foutu pour une production de ce type. Etonnant d’ailleurs de voir le personnage relégué au rang de « surprise de fin de partie », car qui connaît un peu le travail de Dohler sait fort bien que le gazier a toujours été du genre à montrer ses bestioles autant que possible. Pas grave, car on ne s’emmerde pas trop avec nos trois cocottes, certes d’abominables actrices, mais dont les poussées de violence (yeux crevés à la perceuse, hachoir planté dans la gueule, croc de boucher dans les burnes) ou les idées folles (Tasha fait un cunnilingus à une petite Québecoise à deux mètres de celle-ci grâce à une langue en forme de serpent !) ne font pas regretter le prix de l’entrée. D’autant que la fine équipe – dont fait partie le sympathique comédien George Stover, indissociable de l’univers de Dohler – semble bien s’amuser, s’adonnant à des dialogues volontairement cons (« il n’a d’yeux que pour toi » balance Tasha à Dawn après que celle-ci ait vrillé les globes oculaires de leur invité, les complaintes des fifilles quant au sang à priori dégueulasse des pervers). Même Ripple rit de lui-même, se refilant le rôle d’un avocat très sûr de son sex-appeal, promettant aux filles de leur faire passer une nuit de débauche comme elles n’en ont jamais connue, mais ne remarquant pas que celles-ci baillent dans son dos. En bref, et au risque d’être accusés d’avoir trop de bonté à revendre pour les produits faits à la vas-y-comme-j’te-pousse, on doit reconnaître avoir pris du bon temps avec ce Vampire Sisters plus raté que réussi, mais franchement attachant aussi. Ne serait-ce que pour cet incroyable générique de fin, avec sa musique techno ringardissime et ses images de Darna Albornoz dansant en tenue serrée et de George Stover se brossant les dents en rythme. Priceless !

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Joe Ripple
  • Scénarisation : Don Dohler
  • Production : Don Dohler
  • Pays : USA
  • Acteurs : Syn DeVil, Darna Albornoz, Jeannie Michelle Jameson, Leanna Chamish
  • Année : 2004

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