Silent Scream (Le Silence qui Tue)

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Nouvel inédit (enfin presque, vu que la chose sortit tout de même chez nous en VHS sous le titre Le Silence qui Tue), nouveau slasher et nouvelles sensations avec The Silent Scream (1979) ? Ce serait mal connaître le genre, pas tout à fait connu pour sa faculté à s’user les talons sur les sentiers de l’expérimentation, même si en allant chercher l’inspiration sous les matelas du Bates Motel, ce cri sans bruit se pare d’une atmosphère mélo-dramatique qui ne risque pas de hausser le moral des troupes. Attention, ça spoile pas mal in da chro.

 

 

Vous nous direz qu’on a tendance à nous répéter un peu sur Toxic Crypt, mais faut bien avouer qu’il en va de même pour le slasher. Silent Scream nous le prouve en allongeant encore un peu plus la liste des réalisateurs munis d’un pistolet à un coup, le Denny Harris ici à l’oeuvre n’ayant plus jamais fait parler de lui après ces énièmes coups de couteaux distribués à quelques insouciants jeunes gens. Une mauvaise expérience, de celles qui vous décourage le plus motivé des hommes ? Mauvaise non, mais compliquée oui. Réalisateur de publicités ayant rencontré le succès par chez lui, Harris rêvait en secret de tourner un film d’horreur, qu’il tourne à l’été 77. Problème : son petit jeu de massacre est si mauvais qu’il est considéré comme impropre à une sortie, quelle qu’elle soit. Néanmoins accroché à son sujet, le père Denny engage les frères Ken et Jim Wheat, plus tard au clavier pour le quatrième Freddy, La Mouche II et Pitch Black et sa suite. Après avoir shooté un court-métrage nommé Stuck on the Screen, les frangins tentèrent de monter un long à petit budget, Birtright, mais subirent la déconfiture puisqu’après avoir injecté de leur fric dans le film et trouvé investisseurs, acteurs et metteur en scène, un changement dans les lois fiscales tua le financement dans l’oeuf. C’est là que Harris remarque la paire, qui tentait de sortir la tête de l’eau avec un nouveau scénario (qui donnera naissance au The Return de Greydon Clark) et les engage pour donner un coup de boost à son Silent Scream. Les Wheats acceptent bien évidemment et se lancent dans une série de changements : ils recrutent d’abord quelques noms reconnus pour gonfler le casting (Yvonne de Carlo du chouette American Gothic, et les légendes Cameron The Toolbox Murders Mitchell et Barbara Le Masque du Démon Steele), ne conservent que douze minutes de la première version, envoient Harris shooter les 80 minutes restantes, modifient les motivations de l’assassin et son identité même (à la base, il zigouillait le bon peuple parce qu’il était gay, sans plus de justifications que cela) et épargnent quelques jeunots pourtant à la base décimés. En bref, Silent Scream est opéré des amygdales et retrouve un peu de voix.

 

 

Alors que Harris avait opté pour un carnage relativement scabreux, puisque l’une des scènes voyait l’une des protagonistes se faire violer par un jardinier (passage visible le temps de quelques secondes sur le téléviseur de l’un des personnages de la nouvelle version), les Wheat éloignent petit à petit Le Silence qui Tue de l’exploitation rugueuse pour retourner aux bases du genre. C’est-à-dire en allant faire les poches du gros Hitchcock, et de son séminal Psychose en premier lieu, puisqu’il est ici question de quatre étudiants se logeant dans la bâtisse isolée et en bordure de mer des Engels, famille pas tout à fait comme les autres. Le père serait mort avant la naissance du petit dernier, Mason (Brad Rearden, vu en punk dans Terminator), lui-même légèrement creepy sur les bords, ou dans tous les cas plutôt inadapté socialement parlant. Sa sœur aurait disparu on ne sait où tandis que sa mère (Yvonne de Carlo) se planque dans sa chambre et ne pète jamais un mot lorsqu’elle croise ses locataires. A savoir la jolie et pétillante Scotty (Rebecca Balding, rôle récurrent de la série Charmed), Jack le grand et beau blond, la ronde et enjouée Doris et Peter, fils à papa riche, blagueur et un peu lourdingue. Autant dire que les chances de survie de ces quatre-là sont à peu près les mêmes que celles d’un osso bucco de veau posé à la table de Gérard Depardieu. Une vieille bique dont on devine la présence plus qu’on ne la voit, pièces fermées à clé et inaccessibles, bailleur un peu louche, bicoque perdue au milieu de nulle-part : Silent Scream n’a pas Norman Bates en train de lire le journal dans son salon mais n’en gueule pas moins « Psychoooo » à chaque instants. On pense d’ailleurs fréquemment à Psychose 2, sorti quelques années plus tard, de par cette impression tenace, et vérifiée, qu’une ombre rôde entre les cloisons et observe les allées et venues de petites souris bientôt piégées. D’ailleurs, comme chez Alfred, on ne mise pas plus que ça sur la virulence visuelle, les meurtres n’étant jamais gore, Harris travaillant plus ses plans que les nausées de son audience. Rien à reprocher au bonhomme en la matière, on sent le métier de celui qui a enchaîné les publicités avant cela, du gaillard capable de mettre en valeur de la lessive ou du gel douche. Voir pour s’en assurer ce chouette meurtre, encore très hitchcockien dans l’âme, voyant une demoiselle se faire poignarder à répétition tandis que son ami fait la bête à deux dos à deux étages de là, le montage, savant, faisant constamment la navette entre le calvaire de l’une et l’extase de l’autre.

 

 

Bonne idée aussi que de refiler le rôle du surineur (on vous avait prévenu que ça allait spoiler, dernière chance de faire marche arrière les enfants) à Barbara Steele, venue à bord de l’embarcation d’Harris parce que son rôle de sourde la changeait de ses habitudes. Un choix judicieux de la diva du bis gothique tant elle trouve dans ce gentil slasher l’un de ses meilleurs rôles, voir le meilleur depuis son âge d’or des sixties. Difficile d’ailleurs de vanter les mérites de Silent Scream sans revenir sur la personnalité des Engels, trio rendu malheureux depuis que la sœur (Steele donc) est sortie de son asile, où elle fut enfermée pour avoir tenté de trancher dans le lard de son ex-petit ami, et que sa mère et son frère planquent dans le grenier, sachant fort bien qu’elle risque de frapper à nouveau et d’éventrer le quidam. Un trio touchant, aucun d’eux ne voulant véritablement cisailler la gueule de leurs hôtes (la Barbara a les neurones en vrac depuis une tentative de suicide, séquence par ailleurs marquante) et ils semblent impuissants face aux mauvais coups d’un destin trop taquin à leur encontre. Et une fois n’est pas coutume, on appréciera aussi le bétail venu se perdre dans leur abattoir, non pas parce que le scénario les caractérise joliment mais parce que leurs interprètes sont tous fort doués. A l’inverse, bien qu’ils aient été embauchés pour sortir de terre un projet mort né, les frérots Wheat apportent aussi le défaut le plus visible du métrage dans leurs valises. A savoir le fait que le passé des personnages est principalement décrit via les dialogues des flics (dont Cameron Mitchell) et non pas par l’image, un choix peu judicieux qui a tendance à sabrer le rythme, sinon impeccable, de Silent Scream. Rien de bien grave, pas plus que cette tendance à ne toucher son genre (le slasher, pour nos amis lecteurs équipés d’une mémoire de poisson rouge) que du bout des doigts, comme s’il voulait surtout éviter le rayon horreur pour voir sa VHS être posée aux côtés de thrillers plus respectables. Peu importe l’étiquette au fond, et tant pis si le bodycount est loin de crever le plafond (cinq morts et au lit!), Le Silence qui Tue, avec sa forme olympique et son casting quatre étoiles peut bien se permettre de lever le petit doigt et prendre de grands airs lorsqu’il prend son thé au jasmin, on ne lui en tiendra pas rigueur.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Denny Harris
  • Scénarisation : Ken Wheat, Jim Wheat, Wallace C. Bennett
  • Production : Ken Wheat, Jim Wheat, Denny Harris
  • Pays : USA
  • Acteurs : Rebecca Balding, Brad Rearden, Barbara Steele, Cameron Mitchell, Yvonne de Carlo
  • Année : 1979

2 comments to Silent Scream (Le Silence qui Tue)

  • Roggy  says:

    Je connaissais un autre « Silent scream » datant de 2005. Très bonne chro en tout cas qui donne envie de voir ce film, même si on ne boit pas de thé…

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