They Bite!

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C’est pas nouveau : la règle des trois B (Blood, Boobs and Beast pour les mauvais élèves qui ont oublié de réviser) a toujours fait bon ménage avec celle des trois S (Sea, Sex and Sun pardi!), et il n’y a finalement rien de très surprenant dans le fait que Brett Piper (Queen Crab, Drainiac, Bite Me!) soit allé planté son parasol dans une plage voisine de celle des Monstres de la Mer. Mais si les humanoïdes violeurs que Roger Corman envoya sur les jolies naturistes pataugeaient dans une flotte cracra et malsaine, les mutants de Piper débarquent pour leur part avec une grosse dose de second degré.

 

 

Les idées les plus simples sont bien souvent les meilleures. « Un film avec des poissons et des nibards », voilà la vision que soumet le peu prolifique producteur William Links (They Bite ! mis à part, il n’a produit qu’une seule pelloche : Deadtime Stories en 86) à Brett Piper, tel un ado venant quémander un Coca Light et un Mac Bacon au guichet de son fast-food favori. Pas contraire et voyant probablement là l’occasion de rendre hommage aux bandes des années 50 et 60 qui envoyaient des truites monstrueuses dans les pattes des petits baigneurs, le modeste réalisateur (« Je ne me considère pas comme un réalisateur, je suis juste un faiseur de films. Je n’aime pas réaliser d’ailleurs, mais si je ne le fais pas je n’aurai pas les plans dont j’ai besoin pour que le film soit fait. ») du sympatoche A Nymhoid Barbarian in Dinosaur Hell enfile ses palmes et s’en va donc faire un plongeon dans le bassin aux surimis maudits. Et le tout sans se prendre au sérieux, au grand dam d’un Bill Links étonné de découvrir que la copie que lui rend son mercenaire contient une autant de gags qu’un sketch des Monthy Python. « Links pensait que la combinaison entre des hommes-poissons et des filles dénudées ne pouvait pas être un échec », raconte Piper, « Son modèle était Humanoids from the Deep, qui est plutôt un film méchant et violent, mais le script que je lui ai proposé était quelque-chose de très différent. Il s’est écrié que j’avais fait une comédie, et je lui ai répondu que c’était la production qu’il souhaitait, avec des nichons et des poissons monstrueux. Comment pouvait-il espérer que j’en tire quelque-chose de sérieux ? » Qui dit humour dit expérience agréable et turbin auquel on va le sourire aux lèvres, non ? Pas vraiment, d’une part parce que Links décide d’engager la pornstar moustachue et bientôt grand habitué des Séries B et Z qu’est Ron Jeremy. Un acteur capable mais pas nécessairement un être humain que Piper tient en haute estime. « L’éléphant blanc et poilu, avec une trompe énorme. Links l’a engagé. Je suppose qu’ils étaient potes et que Links pensait que le nom de Jeremy aiderait le film à se vendre. Il était un interprète très talentueux mais aussi un monumental emmerdeur. » Ca a le mérite d’être clair. Les problèmes ne s’arrêtent malheureusement pas là, le bon Brett déplorant notamment des costumes de fishmen assez foireux. « On les devait à un mec de New York qui avait bossé sur l’un des Toxic Avenger. Les costumes étaient tellement mauvais qu’ils tombaient en miettes alors que nous venions à peine de les sortir de leur boîte. » Spécialiste des effets spéciaux à ses heures – checkez donc ses chouettes monstres en stop-motion trouvables dans à peu près tous ses autres films – Piper se voit donc contraint de se charger du look de ses bestioles venues répandre le sang sur le sable chaud, et qui intriguent autant une spécialiste de la poiscaille qu’un réalisateur désabusé de films pornographiques.

 

 

Si c’est en traînant un peu des pieds que Piper s’en est allé shooter son B-Movie au milieu des galets et sous le soleil de Floride, le résultat à l’écran n’en fait pas moins le plein de bonne humeur. Les interviews de l’auteur ont beau laisser imaginer un bonhomme peu loquace, pour ne pas dire renfrogné, ses œuvres n’en demeurent pas moins empreintes d’un optimisme certain. Au point que ses détracteurs se plaindront une fois encore de sa prédisposition, il est vrai parfois regrettable, à ne jamais sacrifier ses personnage sur l’autel du gore. They Bite !, comme la majorité de ses travaux, ne mise guère sur des artifices sanguinolents et ne charcute jamais son casting avec véhémence. Si ce n’est une décapitation pas bien vilaine et un zob mâchouillé par un vagin transformé en moule dentée (et c’est déjà pas mal niveau bidoche malmenée), peu de fulgurances aptes à laisser des traces sur la moquette à la H.G. Lewis ou Andreas Schnaas chez Piper, a priori du genre à privilégier les salades niçoises au navarin d’agneau. D’ailleurs, et c’est étonnant pour un éternel amoureux des monstres tels qu’ils étaient imaginés par Ray Harryhausen et Willis O’Brien, les gloumoutes sorties des vagues se montrent assez peu, comme si leur papa leur préférait les protagonistes humains. Faut dire qu’ils sont tous assez sympas, que l’on parle de ce metteur en scène de films de boules cherchant à filmer autre-chose que des enculades dans des motels pourris, de son équipe un peu bébête mais attachante, ou de cette ichtyologue constamment de mauvais poil et un peu rabat-joie sur les bords. On comprend carrément que Piper préfère leur laisser la vie sauve et leur paye un ticket pour un petit voyage sans retour sur le nuage de St Pierre, et qu’à la place il laisse ses sea monsters se faire les griffes sur une mannequin posant topless non loin de la flotte, sur des ados partis picoler sur une barque, sur un curé hypocrite faisant croire qu’il veut sauver l’âme d’une actrice X mais qui souhaite surtout lui éjaculer dans la porte de service, et sur des jolies donzelles en plein concours de t-shirt mouillé. Sacrée scène d’ailleurs, qui voit les hommes-poissons s’inviter aux festivités, tranchant dans le lard des barbus venus reluquer du mamelon tout rose, et emportant les nénettes aux formes rebondies, avant que déboulent des extra-terrestres (en fait, les trucmuches sont des aliens dont le vaisseau s’est écrasé au fond de l’océan, ou un truc comme ça) tirant sur un peu tout le monde avec leurs lasers. Pour le coup, la note d’intention de Bill Links fut bien respectée.

 

 

Même s’ils se font plus rares que prévus, les streums font tout de même leur petit effet, et Piper s’est en prime fendu de costumes différents pour chacun, qu’il filme sans timidité. Toujours bon à prendre. Et qu’en est-il de la combinaison ratée envoyée par le New-yorkais cité plus haut ? Brett lui a trouvé une certaine utilité en se fendant d’un trailer typé old-school, imageant le film de cul que tournent les héros : Invasion of the Fish Fuckers, dans lequel des nanas sont agressées sexuellement par une vilaine baudroie au costume si mal foutu qu’on voit le dos du comédien lorsqu’il se retourne. « Même pour le faire passer pour un costume merdique, j’ai été obligé d’améliorer celui qui nous fut envoyé. Quant à la fausse bande-annonce, nous l’avons tournée en une nuit si je me souviens bien. Links était arrivé avec des strip-teaseuses qu’il avait rencontrées dans un club à côté de là où nous tournions, et ils les avait amenées sans prévenir personne. On a pour ainsi dire fait avec. Invasion of the Fish Fuckers était presque presque fun à faire. » Presque fun à faire, peut-être, mais carrément fendard à mater. Comme They Bite ! dans son entièreté d’ailleurs, la science du dialogue rigolo de Piper (« Oh il est juif » balance Ron Jeremy en regardant la bite de l’un des monstres, « Je ne tournerai plus jamais une scène avec un singe ! » lance une pornstar à son producteur, qui visiblement adore la voir baiser avec toutes sortes d’animaux) et ses quelques gags pas très finauds mais efficaces (Jeremy fait ses emplettes à la supérette pour ramener des concombres, d’énormes saucissons et autres denrées phalliques prêtes à l’emploi pour un tournage typé Penthouse) assurent un très bon moment. Et à part un final trop peu ambitieux et se refusant à tout spectacle, nous n’avons aucun reproche sérieux à formuler à l’encontre de ce low budget qui prouve une fois encore que l’on peut avoir foi en son auteur, véritable sauveur du fantastique indépendant. C’est dit !

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Brett Piper
  • Scénarisation : Brett Piper
  • Production : William J. Links
  • Pays : USA
  • Acteurs : Donna Frotscher, Nick Baldasare, Ron Jeremy, Christina Veronica
  • Année : 1996

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