Scarecrow Gone Wild (L’Ultime Massacre)

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Il faut croire qu’il y avait encore un peu de popcorn tâché de sang à récolter dans le champ de maïs de la petite franchise Scarecrow, puisqu’un troisième épisode sortit en 2004. Titré L’Ultime Massacre chez nous, Scarecrow Gone Wild (2004) fait honneur à ses deux aînés puisqu’il en reprend tous les éléments : un tas de paille branché homicide, du drama entre teenagers un peu cons, un budget frôlant le zéro et des contours indéniablement cheesy.

 

 

Rappel des faits : même s’ils ne cassaient pas franchement la baraque et avaient plus leur place à côté de la poubelle que dans le frigidaire, les deux premières aventures de l’épouvantail sanguinaire – qui change en fait à chaque film, de fausses séquelles mais de vrais reboots – étaient néanmoins facilement regardables. La première parce que son aspect campy était parfaitement assumé, la seconde parce que son côté plus dark venait contrebalancer la nullité d’un Tony Todd visiblement bourré comme un coing. Pas de suspense inutile chez nous : Scarecrow Gone Wild n’est ni meilleur ni moins bon que ses frangins, et traîne derrière lui les mêmes défauts et qualités que ses ancêtres. La même histoire aussi, à peu de choses près. On l’avait vu dans les autres opus, lorsqu’un gus rend l’âme non loin d’un épouvantail, celui-ci s’empresse de l’aspirer et s’en va tailler quelques oreilles en pointe avec sa vieille serpette. Rebelote pour ces nouveaux méfaits, qui voient le pauvre Sam (sosie de Matthieu Delormeau, l’un des chroniqueurs de ce grand penseur d’Hanouna) être tiré dans un champ de maïs par le reste de son équipe de base-ball pour qu’il y subisse l’obligatoire bizutage. Apeuré, Sam fout sans le vouloir son poing dans la gueule de la petite copine du capitaine de l’équipe, qui lui colle une rouste en retour et décide de l’attacher à l’épouvantail du champ pour toute la nuit. Et ce sans savoir que le supplicié fait de l’hypoglycémie, le gamin tombant dans les vapes peu après pour servir de nourriture spirituelle à ce fichu mannequin de foin, bien décidé à aller ruiner la sortie spring break des sportifs.

 

 

Enfin, spring break, faut le dire vite hein. Si votre idée de cet évènement connu pour être riche en comas éthyliques, en partage de MST et en grossesses non-désirées, c’est Carmen Electra passant du sable fin à des bateaux de luxe avec un godet de gnôle en main, voire les soirées avinées et généreuses en poitrines dénudées de Piranha 3D, Scarecrow Gone Wild vous fera l’effet d’une plongée dans un lac du Groenland. Le réalisateur et scénariste Brian Katkin (Enemy Action, If I Die Before I Wake) n’ayant pas un rond, il n’y aura que six ou sept glandus à faire les foufous sur la plage, et non pas des centaines de djeunz éparpillés entre les villas de luxe et les jet-ski hors de prix. Exit les tequila bues à même le nombril d’un top-modèle canadien, enter les molles parties de volley et les chansons ringardes à la David Charvet. Et le tout devant l’unique rocher que Katkin peut se permettre de filmer sans avoir dans son champ un couple de vieux promenant leur clebs ou des joggeurs se servant de l’écume comme d’une piste d’athlétisme. Ca pue la misère quoi, et on ne s’étonnera pas de découvrir que le gore est paresseux (faut voir cet égorgement sans plaie en intro…), certainement moins par envie de fournir à l’horror addict un slasher exsangue que par l’incapacité de se payer de véritables effets. C’est que ça coûte moins cher de demander à son satané épouvantail d’étrangler trois ou quatre pékins que de l’envoyer déchiqueter la populace dans une moissonneuse batteuse… Pour éviter de se prendre un procès de la part de ses clients les plus viandards, Katkin sort dix dollars de sa poche et embroche un crétin avec un piquet en bois, en éventre un autre en lui demandant de maintenir quelques chipolatas trempées dans de la peinture rouge et balance un peu d’acide à la tronche d’un médecin, qui ne sera pas plus dévisagé que vous lorsque vous vous rasez le matin. Pour les victimes restantes, on s’en tiendra au plus économique hors-champ ou à de sobres noyades. Ca la fout un peu mal quand même, d’autant que l’on sait par avance que si Scarecrow Gone Wild avait une carte à jouer, c’était celle du trashos décomplexé et fier de vomir des hectolitres de carbonnades périmées pour ensuite se rouler dedans en riant à tue-tête.

 

 

Comment se raccrocher aux branches, dès lors ? Grâce à la présence de l’inévitable nom à peu près connu (dans le premier c’était Tiffany Shepis, Tony Todd dans le second) ? Ne rêvons pas, le catcheur Ken Shammrock, en plus d’être le plus mauvais acteur de toute la troupe, ne fait absolument rien de tout le film. Et si un mauvais esprit vient vous souffler que la désormais petite star Olivia Munn (Predator version Shane Black et les derniers X-Men) est de la partie, ne l’écoutez pas : la cocotte est bien au générique, mais elle n’a que quarante secondes de présence, ne tombe jamais le haut et ne prend même pas la peine de se faire mutiler par la tête de sac en toile de jute. Est-ce que la psychologie de l’ensemble vient sauver les meubles ? Vous rigolez, c’est de Scarecrow Gone Wild qu’on cause ici, et si le deuxième volet avait fait quelques efforts en la matière, ils sont cette fois abandonnés sur le bas-côté. Soit les protagonistes sont des crétins finis à la pisse, soit ils sont d’une inconsistance rare. Mention spéciale au héros, qui se sent coupable d’avoir abandonné son meilleur pote Sam pour aller tringler de la biquette dans son coin, et qui découvre avec horreur que son seul ami est désormais entre la vie et la mort sur un lit d’hôpital. Sauf que quelques minutes après on le retrouve sur la plage en train de se vider une petite Kronembourg, qu’il rigole un peu avec les autres et n’oublie pas que draguer, ça fait passer tous les soucis. Belle brochette de coeurs d’artichauts que les étudiants que l’on doit se coltiner ici, d’ailleurs, ces belles gosses et ces beaux gars n’en finissant plus d’apprendre qu’ils se trompent les uns les autres, s’aiment, se détestent, se reluquent et vivent en cinq minutes autant de peines de coeur que les Français qui jouaient mal de Premiers Baisers en un épisode. Ce qui en fait environ 64. On notera d’ailleurs que pour des hétéros, les boys du coin se comportent comme s’ils étaient dans une production David DeCoteau : on se caresse le bide, on lèche la bière qui coule le long du torse du voisin, on force les bizuts à se mettre en slip et on les attache aux douches, on s’empresse de faire du bouche-à-bouche au copain avant que les filles ne s’en mêlent… Etonnant tout de même.

 

 

Rajoutez en guise de sauce une facture technique pas trop à la rue (les éclairages sont loin d’être moches le jour, même si on y voit plus rien lors des scènes nocturnes) mais trop télévisuelle pour conquérir le spectateur attaché aux vrais films, et l’apparition de la perche le temps de quelques plans, et vous obtiendrez sans mal l’une des zéderies les moins présentables de son époque. Mais est-ce à dire qu’il faut lui tourner le dos pour autant ? Non, car tout naze soit-il, Scarecrow Gone Wild profite de ce je-ne-sais-quoi hypnotique que seuls les slasher les plus mal fagotés possèdent. Même si on s’emmerde un peu durant les vingt dernières minutes, on se plaît bien près de ces crustacés, attendant patiemment que le maniaque de service vienne buter à la chaîne, et de manière souvent gauche, ces insouciants ados branchés. Katkin ne fait pas trop traîner les choses, et n’oublie pas de demander à ses comédiennes de dévoiler un téton de temps en temps (merci Tara Platt pour ces petits œufs au plat), ce qui est toujours appréciable. Comme un air de vacances dans tout ça, un goût de sea, sex and sun pas déplaisant, pour peu que l’on ne soit pas allergiques aux B-Movies à la tirelire vide et pas finaudes (la scène de l’épouvantail au volant du 4×4 vaut le détour…). C’est con, mais c’est même à se demander si le plus nul des trois films n’est pas aussi le plus sympathique, tiens…

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Brian Katkin
  • Scénarisation : Brian Katkin
  • Production : Tanya York, Scott Pfeiffer
  • Pays : USA
  • Acteurs : Matthew Linhardt, Samantha Aisling, David Zelina, Ken Shammrock
  • Année : 2004

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