Robowar

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La rosée du matin et la barcarolle des hirondelles, très peu pour ce grand pourvoyeur en bidoches qu’est Bruno Mattei, nettement plus porté sur le doux fumet du napalm et l’assourdissante cantate d’un troupeau de sulfateuses. Guère étonnant dès lors de le retrouver en train de fouiller dans les papiers de John McTiernan pour en ressortir le script de Predator, qu’il compte bien détrousser pour les besoins de son Robowar (1988). Get to the choppa !

 

 

L’avantage avec Robowar, ou Robot da guerra, c’est que tout est dans le titre. A la fois, pitch, script tout entier, note d’intention et continuité dialoguée, le patronyme de ce qui est très probablement l’essai le plus légendaire de Bruno Mattei, aux côtés de Virus Cannibale et Les Rats de Manhattan, ne ment en effet jamais sur la marchandise et ne nous fait pas le coup de nous livrer un pistolet à eau alors qu’on avait commandé une grosse kalach. Avec une meute de musclés dont le champ lexical se résume à « Bweuargh » et « Graoooor » et un robot crachant des lasers à chaque apparition, Robowar ne fait donc pas dans le médaillon de lotte lardée mais dans le gros burger dégoulinant de ketchup et bazardé à la vas-y comme j’te pousse dans sa petite boîte en carton. L’histoire ? Allez donc faire un tour du côté du jardinet d’un certain extra-terrestre rasta pour la connaître, puisque Mattei et son vieux complice Claudio Fragasso, ici co-réalisateur non-crédité, suivent à la lettre le scénar’ du classique de McT. Quelques bidasses pas très finaudes mais capables de vous tailler un deuxième trou du cul avec une épingle à cheveux sont donc envoyées dans l’enfer vert, en vue d’y secourir un hélico allié et ses occupants, qu’ils retrouveront taillés en pièces. La faute à l’Omega-1, machine assemblée par l’armée dans le but d’avoir un tueur sans failles, mais qu’elle n’est pas parvenue à contrôler et qui parcourt désormais les forêts philippines en quête de malheureux à zigouiller. Le coup classique, et ça sera donc à Reb Brown de remettre de l’ordre dans les parages, et le tout sans accent autrichien.

 

 

C’est sûr, Mattei n’a pas à ces côtés ce bon vieux Arnold, ne bénéficie pas d’un alien dreadlocké au costume d’enfer – son robot ressemble à un motard portant des épaulettes de joueur de football américain, avec un ou deux tubes sur le casque pour faire robotique -, ne peut jamais compter sur une troupe de seconds rôles charismatiques (pas de Bill Duke, Jesse Ventura ou Carl Weathers sous ces palmiers, même si on aime aussi les Jim Gaines, Romano Puppo ou Alex McBride par ici) et n’a de toute évidence pas les moyens de s’offrir des cascades ou des déflagrations à l’hollywoodienne. Mais ça ne l’empêche jamais de compiler tous les grands moments de Predator : déforestation à l’aveugle pour tenter de trouer la menace de fer, cachotteries de l’un des accompagnants, attaque d’un campement ennemi, découverte d’une demoiselle sans défense (plus bavarde que chez McTiernan, cependant), saut d’une cascade pour échapper au monstre… Bien sûr, le poto Bruno doit modifier des détails ici et là, comme présenter son commando sur un bateau et non dans un hélico, et ne peut guère espérer conclure son affaire sur une explosion atomique digne de celle soufflant Schwarzy à la fin de son combat de catch contre celui qui n’a pas une gueule de porte-bonheur. N’empêche que la réplique, toute malformée soit-elle, n’oublie aucune scène. Et si l’on peut tomber sur le dos de Mattei pour bien des choses, impossible de ne pas reconnaître le courage de l’Italien, qui avec quatre ou cinq comptes en banque de moins que les Américains parvient à faire le même film. En moins bon à tous les niveaux, c’est entendu, mais le même film quand même. Un exercice auquel il se pliera à nouveau un peu moins de vingt ans plus tard pour les besoins de l’encore plus chouette (si si) Land of Death, remplaçant tout de même son tas de ferrailles par quelques cannibales portés sur le jambonneau de reporter.

 

 

C’est bien connu : on se marre généralement bien durant Robowar, que ce soit parce que les différents personnages sont affublés de noms ridicules à la Didi Dop, que le robot se trimballe une voix de Minipouss nourri à l’hélium ou parce que Reb Brown a toujours un peu l’air d’un con parce qu’il est incapable de mitrailler sans hurler comme un possédé. Et puis le côté patchwork de l’ensemble attire les moqueries comme un cul de vache aimante les moucherons, Mattei n’oubliant certainement pas d’aller reprendre des stock-shots dans quelques autres de ses films comme Double Target, ou encore parce qu’il a encore le culot d’aller pomper un peu de carburant à un certain Robocop, lui aussi plus que populaire en cette fin d’années 80. Reconnaissons tout de même que cette intrigue sur l’identité du chasseur robotique rappelle moins le film culte de Verhoeven que les animes japonais sortis dans les 90’s, où des héros gentils comme tout n’en finissaient plus de se mettre sur la gueule avec des amis d’enfance changés en tas de boulons vindicatifs. Dommage d’ailleurs que le réalisateur de L’Autre Enfer tienne à ce point à la technique de la décalcomanie, puisque c’est lors des séquences originales que l’on prend véritablement notre pied : le grappin tirant Papa Doc (rires) sur plusieurs mètres en est un parfait exemple. Conclusion : c’est encore une fois lorsqu’il lâche les rennes à sa folie et embrasse son hystérie naturelle que Mattei vise le plus juste, pas quand il tente de faire le bon élève capable de réciter par coeur les leçons données par l’Oncle Sam.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Bruno Mattei, Claudio Fragasso (non-crédité)
  • Scénarisation : Rossella Drudi, Claudio Fragasso (histoire)
  • Production : Franco Gaudenzi
  • Titre Original : Robowar – Robot da Guerra
  • Pays : Italie
  • Acteurs : Reb Brown, Catherine Hickland, Romano Puppo, Alex McBride
  • Année : 1988

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