The Jar

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Posez les tarpés, rangez les bongs et brûlez vos récoltes de cannabis, The Jar (1984) risque fort de subvenir à tous vos besoins psychédéliques. Au point que vous pourrez même revendre tous vos skeuds de stoner metal à la Goatsnake ou Sleep sur les marketplaces, et que le Brain Damage de Frank Henenlotter vous semblera désormais faire partie des banales tentatives commerciales…

 

 

Dans la série « Je suis un OVNI rarissime auquel personne ne bite rien  », The Jar fait partie des gros costauds. Sorti en 84 et shooté entre deux saisons par un Bruce Toscano depuis disparu des radars, ce fameux bocal est de ces bizarreries livrées sans notice ni étiquette. Pot de mayo avariée ou de confiture à l’abricot attaquée par la moisissure, on ne sait pas trop à quoi on a affaire, ni comment décrire le fumet s’échappant de ce tout petit shot on video ne coûtant à priori pas plus de 200 000 dollars. Nous ne sommes d’ailleurs pas les seuls à devoir chercher nos mots, la plupart des (rares) fantasticophiles ayant un jour fait péter le couvercle de The Jar apportant chacun sa propre analyse d’une œuvre plutôt ouverte. Tout débute lorsque Paul (Gary Wallace) emboutit une bagnole avec la sienne en pleine nuit, découvrant à l’intérieur de l’autre véhicule un vieillard pour le moins étrange. Il refuse d’aller à l’hôpital, ne veut pas entendre parler de la police, ne tient pas à retourner chez lui et semble seulement préoccupé à l’idée de retrouver une petite jarre qu’il aurait laissé sur ses sièges arrières. Bonne âme, Paul retrouve le récipient et décide de ramener le pépé chez lui pour qu’il se repose un peu. Mais à peine le jeune gaillard a-t-il déposé l’ancêtre sur son propre lit et lui tourne-t-il le dos une vingtaine de secondes que celui-ci disparaît sans crier gare, laissant Paul seul avec le fameux pot. Que contient-il, d’ailleurs ? Difficile à dire. Certains y voient un fœtus mutant, d’autres une sorte de farfadet démoniaque ou un gnome infernal que le vieillard aurait pu capturer. Dans tous les cas, la présence de cette atrocité commence à taper sur le moral de Paul, pourfendu par de terribles hallucinations, tenaillé par des cauchemars déplaisants et dont la vie devient un enfer. Et on vous le donne en mille, lorsque notre héros tente de se débarrasser de la jarre et du truc-muche enfermé dedans, il finit toujours par la retrouver dans sa cuisine quelques heures plus tard…

 

 

Pour les uns, les divagations de Paul sont là pour souligner le fait qu’il soit certainement un homosexuel refoulé, et que toute cette affaire de lutin dans sa bouteille n’est jamais qu’une allégorie sur sa difficulté à s’accepter lui-même. Possible puisque plusieurs de ses visions mettent en scène de jeunes hommes. Voit-il un gars tout de cuir vêtu et avec lequel il se tient au bord du toit d’un immeuble parce qu’il avait un amant qui finit par se suicider pour une raison ou une autre ? Est-ce qu’il assiste à la mise-à-mort du jeune en question avec un crochet parce qu’il fut lui-même la victime d’une agression homophobe ? Et cet enfant sortant de sa baignoire, ensanglantée, symboliserait-il la progéniture qu’il n’aura jamais ? A moins que Paul soit un pédophile et que cette apparition vient souligner sa culpabilité ? Allez savoir, tout cela se tenant plus ou moins, du moins jusqu’à ce que Paul se mette à rêvasser de sa voisine, qui finira lors de la dernière séquence par prendre la forme du grand-père zarbi du début. On peut aussi voir en ce mauvais songe envoyant notre protagoniste dans un Vietnam chaotique et douché par les obus la mauvaise conscience du soldat ayant laissé trop de cadavres derrière-lui… Selon Gary Wallace, interprète de Paul, le but de Bruce Toscano et de son scénariste George Bradley était surtout de montrer à quel point l’inhumanité pouvait se transférer d’une personne à une autre, et donc dans le cas présent du vieil homme au jeune barbu. Un concept ambitieux, sans doute trop pour un Toscano faisant ici ses premières, et dernières, armes…

 

 

S’il s’arrange pour offrir à The Jar quelques éclairages réussis et qu’il ne manque de toute évidence pas d’idées visuelles (la chute de Paul dans une sorte de puits ténébreux, sa crucifixion dans une benne à ordures), il trébuche sacrément lorsqu’il s’agit de filmer correctement son tourbillon mental. Cadré avec des gants de base-ball sur les mains, ce trop long métrage (87 minutes pour un tel bidule, autant dire qu’on les sent passer) laisse fréquemment ses personnages hors du cadre, ne montrant de son casting qu’une épaule, perdue dans des décors constitués à 80 % de murs blancs à peine décorés. Rajoutez des acteurs qui n’en sont pas vraiment, des dialogues doublés en post-synchro et donc tout sauf naturels, et une qualité d’image que seuls pouvaient avoir les vieux caméscopes de l’époque – ce qui rend les scènes nocturnes illisibles – et vous aurez une petite idée du pourquoi du comment The Jar n’est pas devenu un cult classic vénéré par plus de cinq ou six goules. Et que l’on en parle plus volontiers comme de l’un des pires machins jamais tournés… Une lapidation tout de même excessive, car si l’on ne peut de toute évidence pas causer de grande réussite et que le tout est bien trop gauche pour se hisser jusqu’à ses aspirations, force est de reconnaître que Toscano tenait tout de même quelque-chose. Le côté poisseux de l’ensemble, ce climat lourd comme un burger à l’enclume, la présence pesante du monstre du bocal et le pessimisme évident de l’entreprise nous font même regretter que le bonhomme s’en soit arrêté là, car il y avait un artiste intéressant caché sous les nappes de défauts de cette première tentative.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation: Bruce Toscano
  • Scénarisation: George Bradley
  • Pays: USA
  • Acteurs: Gary Wallace, Karin Sjöberg, Les Miller, Dean Schoepter
  • Année: 1984
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2 comments to The Jar

  • Roggy  says:

    Merci pour la découverte de ce petit film certainement introuvable et sorti du fin fond d’une grotte toxique…

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