The Corpse Vanishes (Le Voleur de Cadavres)

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Planquez vos filles, Bela Lugosi sort de la nuit ! Et s’il a laissé tomber la cape ou ses jeux de regards hypnotiseurs, il n’a rien perdu de sa volonté à ramener dans son antre les plus jolies fiancées du comté. The Corpse Vanishes (1942), alias Le Voleur de Cadavres, la version moderne des Mariés au premier regard et autres émissions pour célibataires en quête de gros calinous ? Plutôt une énième variation sur le thème de la old dark house, à vrai dire.

 

 

Pour peu que vous soyez des réguliers de notre crypte toxique, vous devez déjà avoir quelques notions concernant la Monogram, petite boîte de prod’ de ce que l’on appelle l’âge d’or de l’épouvante, et dont les efforts étaient, comme toutes les sociétés confinées au Poverty Row (« allée de la pauvreté », terme désignant les studios donnant dans la Série B), concentrés sur le cinéma dit de genre. Films noirs bourrés de cruels mafieux, westerns à bas prix, aventures et pirateries low cost, thrillers forts en assassins combinards et pelloches gentiment gothiques formaient donc le terrain de jeu de Sam Katzman, producteur d’une palanquée de bobines entre les années 30 et 70. Dont quelques monster movies pas piqués des vers de terre, façon The Giant Claw, Zombies of Mora Tau ou The Werewolf. Logique finalement d’apprendre que la Monogram proposa dans les années 40 un contrat de neuf films à Bela Lugosi, un accord arrangeant bien tout le monde. Ne bénéficiant pour ainsi dire jamais du passage de grandes vedettes sur ses plateaux, la maison de production pouvait enfin plaquer un nom connu du public sur ses posters. Quant au comédien, cela tombait à pic : relégué depuis quelques années déjà aux seconds, voire troisièmes, rôles par la Universal qui le rendit célèbre dix ans plus tôt, il a bien besoin de l’argent facile proposé par la Monogram pour alimenter son compte en banque. En prime, c’est aussi sa seule et unique chance de redevenir une tête d’affiche, même si c’est pour des micro-budgets… Ils sont d’ailleurs pas trop mal en général, voire carrément agréables, ces Voodoo Man et autres The Invisible Ghost, peut-être peu palpitants pour la grande majorité d’entre eux, et certainement à mille lieues des White Zombie ou The Black Cat ayant fait la renommée du vieux Bela, mais ils font des divertissements efficaces dans tous les cas.

 

 

Pas de de dérogations à la règle pour The Corpse Vanishes, pas forcément emballé avec beaucoup de talent par un Wallace Fox surtout engagé pour torcher le tout aussi rapidement que faire se peut, mais si appliqué à compiler tous les éléments faisant le charme de l’épouvante de l’époque qu’il ne peut qu’en devenir attachant. Le script se prête d’ailleurs volontiers à la parade de clichés : médecin renommé, le Dr. Lorenz (Lugosi, what else?) est aussi un mari malheureux depuis que son octogénaire de femme (Elizabeth Cat People Russell), à la santé vacillante, déprime dans leur manoir isolé. Malin comme un singe et perfide comme crotale, Lorenz décide de kidnapper les jolies filles prêtes à se marier pour leur extirper un peu de sève, qu’il réinjectera dans son épouse, dès lors rajeunie de quelques années. Une sinistre entreprise bientôt remarquée par la reporter Patricia Hunter (Luana Walters, Drums of Fu Manchu), si courageuse qu’elle entreprend d’aller interviewer Lorenz pour en découvrir plus. Problème : un violent orage éclate et elle se retrouve coincée sur place, forcée de passer la nuit dans la demeure de celui qu’elle soupçonne de terribles meurtres… Qui s’est déjà retrouvé devant un long-métrage de l’époque sait déjà à quelle sauce il sera mangé, et quels sont les attributs mis en avant par Fox et Katzman : une old dark house où même les chauffeurs de taxi n’osent se garer, une intelligence supérieure décidée à répandre le Mal autour d’elle, accompagnée de freaks et d’imbéciles (un nain et un simplet aux traits préhistoriques), une comtesse à l’état d’esprit proche de celui d’une certaine Bathory, une nuit pluvieuse ne promettant guère de matin ensoleillé, une bicoque remplie ras la gueule de passages secrets, un laboratoire bricolé en vitesse avec des murs en carton peints comme s’ils étaient en pierre, et des épopées nocturnes dans les couloirs mal éclairés du mausolée caché sous la demeure des Lorenz. Du suspense réchauffé, et du gothique pas tout frais, mais l’on ne s’aventure pas dans le cercueil de Lugosi pour espérer y dénicher du torture-porn post-moderne.

 

 

Petite chose sachant que son intérêt est par définition limité, The Corpse Vanishes ne s’oppose jamais à l’humour, comme si la Monogram se complaisait dans les coups de coudes envoyés à son audience. Il y avait pourtant matière à embrasser le premier degré, quelques scènes macabres, et même parfois osées, étant trouvables ça et là, comme celle voyant Lugosi observer l’un de ses invités dans son sommeil. Sinistre, pour le moins. Ou celle montrant Angel, sorte d’homme des cavernes au service de notre cher Hongrois, tenter de s’immiscer dans les draps de lits de la journaliste pour lui administrer des caresses que le mouvement Balance ton porc réprouve. Pas mal du tout, même si l’attraction principale reste Lugosi, ici parfait en Vil Coyote plein de trucs et astuces pour subtiliser les jeunes mariées à leur promis. Frappant lorsque ceux-ci sont devant l’autel et le vieux curé, il envoie un bouquet d’orchidées de sa conception aux plus jolies demoiselles, assommées par le parfum trafiqué des fleurs et déclarées comme mortes. Déboulant avec ses hommes de main dans un corbillard, Lorenz n’a plus qu’à récupérer le faux cadavre et ramener le tout dans son cabinet digne de ceux que Bela traversera dans les fifties pour le compte d’un certain Ed Wood. On appréciera aussi la réjouissante cruauté du personnage, mauvais au point de s’approcher de l’un de ses sbires avec un large sourire pour ensuite l’étrangler, et capable d’abandonner l’un des siens qui vient de se prendre une balle perdue pour sa pomme. Et lorsque la mère des deux victimes s’en va lui faire le reproche qu’elle a perdu ses deux fils par sa faute, la seule réponse de Lorenz est de lui en coller une ! Le genre de salopards que l’on adore détester, et qui vous tirent définitivement un tout petit spooky movie vers le haut.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Wallace Fox
  • Scénarisation : Harvey Gates
  • Production : Sam Katzman, Jack Dietz
  • Pays : USA
  • Acteurs : Bela Lugosi, Luana Walters, Elizabeth Russell, Minerva Urecal
  • Année : 1942

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