Anthropophagous 2000

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Lassés de la délicatesse de l’elevated horror ? Une envie de reposer les couverts en or sur la table pour croquer à pleines dents dans un gros burger sanguinolent ? Comptez sur le camarade Andreas Schnaas (Violent Shit, Nikos The Impaler) pour ruer dans les brancards et rappeler que les produits allemands c’est du costaud, son Anthropophagous 2000 (qui date néanmoins de 1999) tentant même de faire passer le classique de Joe D’Amato pour un épisode de Bob le Bricoleur.

 

 

Interviewé pour les besoins de la sortie DVD du film chez les inspirés goreux de chez Uncut Movies, le vieux Schnaas ne cache pas que s’il n’éprouve que du respect pour l’oeuvre de D’Amato, il trouve aussi que son Anthropophagous (1980) accuse désormais un petit coup de vieux. Trop peu d’action, trop de moments silencieux, peut-être pas assez extrême (et c’est quasiment à reculons qu’il lance que Big Joe est « le maître du trash ») ; il paraît évident qu’Andreas ne capte pas grand-chose aux charmes de ce qui reste, avec Bloody Bird, le meilleur slasher à l’italienne. Et qu’il n’en a finalement retenu que ses instants les plus vomitifs, soit le croc-monsieur de fœtus et le plat de tripes que s’offrait un George Eastman affamé au point de puiser dans ses propres entrailles pour se faire un casse-dalle. L’ambiance, le sens du suspense (selon Schnaas, il n’y en a point dans Anthropophagous) et l’héritage gothique perceptible dans la partie située dans le manoir abandonné, tout ça n’existe visiblement pas aux yeux de l’Allemand. Et c’est sans surprise que ces éléments – ces qualités – seront absents du remake Anthropophagous 2000… et lui feront comme de juste cruellement défaut. La version Schnaas des aventures du bouffeur de rognons grec qu’est Nikos Karamanlis ira droit au but (même si son épopée ritale n’était pas particulièrement flemmarde dans son genre…) et poussera tous les compteurs dans le rouge. Ici, on ne détapisse plus les murs à la spatule en sifflotant du Elton John, on abat les cloisons au marteau-piqueur en hurlant du Napalm Death à tue-tête.

 

 

 

Sur le fond, pas de grandes différences avec l’ancien opus, puisque quelques touristes tomberont une fois encore sur un cannibale touché par la calvitie et qui ferait bien de se vider un grand pot de Biactol sur la gueule. Spoiler Alert : il va les déchiqueter un à un et même en becter certains, même si ça ne lui rendra pas sa femme et sa fille, mortes lors d’une tempête en mer. Comme il avait un peu faim, il les a mangées aussi. Mais sur la forme, Anthropophagous 2000 n’a plus grand-chose à voir avec son modèle. Si Joe savait se faire plaisir et était donc parti gambader sous le soleil grec, Andreas s’en va en Toscane alors qu’il pleut comme vache qui pisse. Bien la peine de pousser toute l’équipe à se taper de longues heures de train si c’était pour se retrouver avec le climat d’Hambourg, et c’est parce que Schnaas précise son lieu de tournage dans les bonus du DVD que l’on découvre que le tout fut shooté en Italie et non à dix mètres de l’Oktoberfest. Bref, ça sent la vieille choucroute William Saurin réchauffée au micro-ondes, pas la lasagne faite maison par Tonton Giuseppe. Est-ce à dire que la virée entre campeurs bientôt éparpillés façon puzzle est à repousser des deux bras et en se pinçant le nez ? Si le cinéphile peu clément envers les Séries Z aura déjà balancé la galette à la benne dès qu’il aura découvert que le tout a la patine d’un film amateur et que les comédiens sont particulièrement nullos (Schnaas se vante d’avoir enfin eu accès à des acteurs professionnels, mais ils semblent surtout sortis de son proche entourage avec leurs dégaines de métalleux tout juste revenus du Wacken Open Air), le slasherophile pas trop regardant sur la couture trouvera là une ratatouille à son goût.

 

 

Car quoi que l’on puisse penser de l’oeuvre de Schnaas, sans doute trop rustique pour beaucoup, au moins celle-ci a-t-elle le mérite de toujours cogner là où ça fait mal. Certes, le manque de moyens de l’ensemble rend les effets gore peu crédibles, et ceux-ci ressemblent le plus souvent à ce qu’ils sont : un amas de latex ou de mousse malmenée, et sur lesquel on balance des litres de sirop de grenadine et plusieurs kilos de viande hachée. N’empêche qu’on est bien heureux tout de même d’assister à l’acharnement du fameux Nikos, si méchant qu’il n’hésite pas à tabasser un pauvre mec qui n’aspirait qu’à s’en griller une devant un lac. Et le malheureux d’avoir la tronche cognée contre un tronc d’arbre, d’être défiguré avec une pierre et d’avoir le bide ouvert pour que ses viscères prennent un peu l’air. Le pote qui l’accompagne ? On lui arrachera le bras à la seule force du poing et on lui enfonce une mimine dans la gorge jusqu’aux boyaux, que l’on extirpe ensuite par la bouche. Ouais, c’est pas tout à fait Le Prénom avec Patrick Bruel. Le reste des troupes ne subira pas un sort plus enviable : machette dans la gueule, lance dans la nuque, peau de la gueule arrachée, empalement à la Cannibal Holocaust, débitage à la hache, égorgement avec les dents, décapitations… Le Cirque du Soleil, mais relocalisé dans les abattoirs de chez Charal. Of Course, Schnaas ne manque pas l’occasion qui lui est donnée de revisiter les grands moments du classique à D’Amato et s’en va croquer (puisqu’il reprend le rôle qui appartenait jadis à Eastman) un pauvre chérubin tout juste sorti, par césarienne brutale, du ventre de sa môman. Et alors que le poupin chiale, et c’est bien légitime, voilà que Nikos lui arrache une partie du front avec ses vieux chicots cariés. De quoi mettre en appétit le plus végétarien des hommes. Dommage par contre que le brave Andreas se loupe sur la scène voyant son assassin faire un festin de lui-même : moins puissante visuellement que celle de l’originale, cette partie est en prime déforcée par le fait que Nikos y survit et devra subir les prises de karaté de l’unique survivant. Dommage, et même assez ridicule…

 

 

Terribles fautes de goût encore que ces instants montrant le maniaque regretter ses massacres, et recevant la visite mentale de son épouse, venue le supplier d’arrêter d’avaler des bébés et de les rejoindre, elle et sa fille, au paradis. A peu près digne d’un mauvais téléfilm de TF1… On ne manque donc pas de réserves quant à Anthropophagous 2000, qui évoque bien souvent un mélange entre un docu croisé sur Arte, un téléfilm érotique du début des années 90 (cette scène de fesse dans la tente au début…) avec musique d’ascenseur en bonus, et la vidéo de vacances de votre grand-mère lorsqu’elle s’est rendue compte que son téléphone faisait aussi caméra. Mais si vous n’êtes pas contraires aux slasher tournés façon Système D avec des gonzesses aux cheveux rouges et tatouées de la nuque à l’utérus, et que votre rêve est de tomber un jour dans une piscine remplie de carbonnades avariées, Schnaas fait une fois de plus le boulot. Et ce sans s’éterniser au-delà du raisonnable comme il le fera ensuite sur Nikos (rien à voir avec celui dont on cause ici) The Impaler, ce que l’on ne peut que saluer.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Andreas Schnaas
  • Scénarisation : Karl-Heinz Geisendorf
  • Production : Sonja Schnaas
  • Pays : Allemagne
  • Acteurs : Achim Kohlhase, Andre Sobottka, Joe Neumann, Maja Carstens
  • Année : 1999

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