Death Spa

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On le sait, les années 80 n’ont jamais vraiment tapé dans la nuance ou la finesse niveau horreur, et il n’y avait aucune chance que Death Spa (1989) vienne changer la donner alors que la décennie touchait à sa fin. Le terminus sera donc vulgos et fier de l’être, avec à la carte des spandex aux couleurs de l’arc-en-ciel, des meurtres particulièrement cradasses voire vicieux, une intrigue plus hésitante que le Royaume-Uni sur la question du Brexit, des bimbos obnubilées par la fermeté de leurs petits culs parties se savonner les miches sous la douche, et des séquences de danses si ringardes qu’elles invoqueraient les fantômes de Véronique et Davina. Tou tou you tou ?

 

 

Si pour certains les eighties étaient surtout une bonne occasion de piétiner des champignons avec un plombier moustachus, ou éventuellement une chance inespérée de draguer sa voisine sur du glam-rock plein de bonshommes plus maquillés que votre petite sœur à dix minutes de bal de promo, d’autres profitaient de la hausse de la mode des gros bras pour se sculpter un corps de dieu ou déesse grecques. Les années 80, c’était aussi des gringalet passant leur temps à la salle de muscu dans l’espoir d’un jour pouvoir tenir un bras de fer contre Lou Ferrigno, et des camel toes fluos lancés dans une valse sans fin sur fond de Patrick Henandez ou Blondie. La période Gym Tonic comme on pourrait dire par chez nous, et il était évident qu’un jour ou l’autre les cinéastes et producteurs baignant dans le fantastique cracra finiraient par rejoindre ces temples du superficiel pour y distribuer quelques coups de machettes. Toxic Avenger, Aerobicide, Murder Rock et donc Death Spa, d’abord sorti sous le juron moins parlant de Witch Bitch, s’en iront donc tous punir à leur manière les cocottes se regardant dans la glace alors qu’elle font le grand écart et leurs boyfriends trop musclés qui bataillent au quotidien pour un monde sans ventres à bière. Michael Fischa (Delta Heat avec Lance Henriksen), s’il n’aura pas enfoncé dans nos magnétos la plus culte des pelloches coincées entre les altères et le bar à fruits, faute de pouvoir concourir à armes égales avec des noms mieux établis comme Lucio Fulci ou l’écurie Troma, a néanmoins bien du mérite. Car avec Death Spa, petite Série B que l’on devine peu soutenue par un gros compte en banque, il parvient à satisfaire un peu tout le monde.

 

 

Au risque parfois de ne plus trop savoir ce qu’il raconte, le script sur lequel il se repose étant plutôt confus. Alors qu’il lui aurait été simple de s’en tenir à son postulat de base – en gros les clients et employés d’un spa sont décimés par les différents appareils, plutôt hi-tech, des lieux – le scénar’ n’en finit plus de faire la navette entre le film de fantôme revanchard et les efforts de criminels venus hacker l’ordinateur de l’entreprise pour zigouiller du sportif. Que choisira Fischa comme raison des terribles évènements se déroulant dans le centre sportif ? Car on parle tout de même de mecton dont les côtes sortent de son torse, de barmaid dont la main est broyée dans le mixer, de fifille à la gorge transpercée par un tuyau ou de jolies blondes à deux doigts de suer la goutte de trop dans le sauna… Serait-ce donc la faute d’un malotru usant du clavier pour faire fuir la clientèle et récupérer les lieux à vil prix ? Ou bien serait-ce le spectre de la femme du patron de l’entreprise, qui perdit son enfant lors de sa grossesse et devint paraplégique, une épreuve qu’elle ne put surmonter et qui la poussa au suicide par immolation ? Ne sachant trop quelle possibilité valider, le réalisateur ne fait pas de jaloux et choisira tout simplement les deux, parachutant en prime au centre de son bordel le jumeau de la morte, qu’elle semble piloter de l’au-delà grâce au lien unissant les frères et sœurs nés sous le signe des gémeaux. Oups, spoiler alert ? Attendez avant de venir clouer des hiboux sur nos portes et de contacter vos avocats pour nous faire cracher quelques euros parce qu’on vous a ruiné la fin de Death Spa ; après tout, si celui-ci enchaîne les détours scénaristiques, c’est sans doute moins dans une volonté de maintenir le suspense que de remplir efficacement ses 88 minutes.

 

 

Ce n’est ainsi jamais dans ses discours – à l’occasion parcourus de lignes de dialogues rigolotes, Bitch Witch n’étant pas un grand soldat à la cause du premier degré – que Death Spa gagne des points, pas plus que dans sa (vaine) tentative de tricoter une intrigue à laquelle personne ne donnera d’importance. C’est que le propos est ici strictement visuel, et que le but avoué est de coller au plus près à la règle des 3B : blood, beast and breasts. Soit du sang, une bestiole et des nibards. Un cahier des charges respecté à la lettre, au point que pour s’assurer d’avoir de la nénette dépoilée, et on en manquera certainement pas ici, la production s’en va piocher dans le catalogue d’une agence de casting spécialisée dans le porno. Même générosité niveau gore, les tueries virant même à la torture tant certains malheureux voient leurs tourments s’éterniser, telle cette fameuse séquence de la mimine changée en jus de framboise après sa rencontre avec un mixer, si longue qu’elle en devient douloureuse pour le spectateur. Pas du genre à faire semblant, Fischa met les deux pieds dans le seau aux entrailles, n’hésitant pas à filmer en gros plan la cervelle s’écrasant au sol d’un pauvre type dont la caboche est transpercée par une planche en bois. Et parce que nous sommes dans les années 80 et que tout est permis, il se fend même d’une séquence très « autre » où un flic bedonnant est attaqué, et égorgé, par du poisson surgelé. Comme un relent de Flic ou Zombie

 

 

Death Spa, la technique du fun and fears poussée à son paroxysme, et une petite friandise pas finaude mais divertissante de plus nos sacs ? Carrément, même si on a parfois la sensation que nous ne sommes pas passés loin d’avoir dans les pattes un film véritablement creepy. La faute à une introduction pesante en mode steadycam, passant dans les couloirs assombris du spa alors déserté, tandis que résonne une bande-son d’une étonnante qualité et apte à soulever quelques poils. Et puis, ils mettent mal à l’aise, ces brefs inserts de l’immolation de la fameuse sorcière salope en titre, et démontrent que s’il l’avait voulu, Death Spa aurait pu être véritablement flippant malgré son pitch concon. Presque dommage que Fischa finisse par tomber dans la pleine décontraction, avec à l’appui quelques chorégraphies sautillantes trahissant une époque où Michael Jackson était encore le roi de la pop et non celui des pédophiles. Malheureux aussi de ne pas avoir utilisé plus habilement Ken Foree, présent pour cachetonner dans un rôle de coach sportif qu’aurait pu tenir le premier acteur un peu costaud venu. Mais c’est une habitude pour la vedette de Zombie que d’être sous-employé… Ne crachons cependant pas dans notre boisson protéinée pour un ou deux trébuchements : Death Spa s’avale d’une traite et gagnerait sans doute ses galons s’il bénéficiait d’une sortie DVD sur notre territoire.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation: Scott Glosserman
  • Scénarisation: James Bartruff, Mitch Paradise
  • Production: Jamie Beardsley
  • Pays: USA
  • Acteurs: William Bumiller, Brenda Bakke, Meritt Butrick, Ken Foree
  • Année: 1989

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