Behind The Mask : The Rise Of Leslie Vernon

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C’est toujours lorsque le sous-genre du slasher se fait routinier qu’il s’autorise une sortie de route, éventuellement bienvenue. En 2006, celle-ci se symbolisait par Behind The Mask, nouveau délire meta certes incapable de séduire le grand public comme Scream le fit dix années auparavant, mais une petite production que certains fans du genre n’hésitèrent pas à porter au pinacle. Brisons le suspense ici : nous n’irons pas jusque-là de notre côté…

 

 

Everything goes full circle, comme ils disent en Amérique. Ainsi, après une décennie 80’s en large partie sacrifiée au slasher bête et méchant, les années 90 prirent, sous l’impulsion de l’un des créateurs du genre Wes Craven, le parti d’en rire sous cape en envoyant un Ghostface maladroit dans les pattes de quelques cinéphiles connaisseurs du genre. Ringardisé, le slasher classique fut dès lors forcé de se moquer de lui-même durant quelques années avant de revenir aux bases via une ribambelle de remakes, occasion pour certains vieux de la vieille de goûter à l’eau de jouvence et repartir comme en 78. Après cela ? Retour au brut de décoffrage assumant pleinement son côté cheesy, les fans se souvenant tout à coup que, au fond, les Graduation Day, Slaughter High et autres The Final Exam ont beau être les cousins crétins de la famille, c’est aussi avec eux que l’on passe les meilleures soirées. Et la production, surtout orientée DTV il est vrai, de soudainement adopter la technique du phacochère levé du pied gauche et fonçant dans le tas au fil des Hatchet, Laid to Rest et compagnie. Sorti en 2006, le Behind The Mask de Scott Glosserman a pour ainsi dire raté son coche, puisque se plaçant volontiers comme un héritier de Scream, il se retrouve surtout coincé entre la mode de remakes ressuscitant les ancètres, et la nouvelle vague de slasher se réclamant des glorieuses années 80. Débarquer avec sous le bras une petite pelloche toute fière de déconstruire le genre, alors que le public réclame justement sa forme la plus basique n’est de toute évidence pas la meilleure des façons de se faire une place au soleil. Mais tout vient à point à qui sait attendre, et les années permirent à Behind The Mask de se trouver un public, de générer son petit cult following comme on dit, certains pleurant même que Leslie Vernon ne soit pas plus célébré parmi les amoureux du genre. Vrai que dans un monde juste, on croiserait aux conventions un peu moins de Harley Queen ou de Dark Vador et un peu plus de Vernon, assassin planqué dans la brume et qui sut adopter le bon look. Et même se différencier légèrement de ses petits camarades en dévoilant l’homme caché sous le monstre.

 

 

Gros mix entre Scream et Le Projet Blair Witch, le film de Glosserman décortique le genre en mode found footage en utilisant les bandes tournées par une équipe de journalistes partis tourner un documentaire sur Leslie Vernon, meurtrier prenant pour modèle Michael Myers, Jason Voorhees et Freddy Krueger. Et c’est parti pour une analyse, voire une autopsie, des boogeymen, Leslie, en bon guide touristique du genre, listant tous les passages obligés et les techniques de ce qu’il appelle sa profession. Recherche d’une final girl vierge capable de lui donner du fil à retordre et de sa bande d’amis forcément composée de plusieurs ados stéréotypés (le fumeur de joints, le sportif, la fille facile, la conne…), utilisation d’un drame local changé en légende urbaine, préparation du terrain, participation d’un émule du Dr. Loomis courant après Leslie (ici incarné par Robert Englund), planification du bodycount… Tout y passe, rien n’est laissé de côté, et Leslie dévoile même les coulisses, non sans-humour, en précisant qu’il est nécessaire de bien entraîner son corps, histoire de « pouvoir courir quand ils ne nous voient pas, puis marcher calmement sans paraître essoufflé une fois qu’ils nous ont vus ». Behind The Mask se moque donc gentiment – mais avec respect – de ces passages lors desquels des Myers disparaissent derrière un buisson, et démystifie le mythe du killer on the loose, ici ramené au rang de bonhomme sympatoche parcourant le pays en vue de faire frémir le bon peuple, à les entendre très demandeur de ce genre de frissons. Et ce jusqu’à une retraite bien méritée, comme celle prise par le personnage de Scott Wilson (The Walking Dead, L’Exorciste 3), qui se souvient de ses plus beaux méfaits tandis que sa jeune femme, elle-même une survivante de l’un de ses massacres, prépare des bons petits plats en cuisine. Entreprise de démolissage d’icônes, Behind The Mask fait office d’épisode de Strip-Tease perdu dans la cabane à outils d’un détraqué, le tout paré d’un amour évident pour le genre, avec pour preuve quelques clins d’oeil parfois trop faciles (les petites filles qui font de la corde à sauter comme dans Les Griffes de la Nuit, Kane Hodder en bref caméo), parfois plus appréciables (Zelda Rubinstein des Poltergeist est de la partie dans un petit rôle).

 

 

Mais étrangement, alors qu’il tenait quelque-chose avec son petit found footage, Glosserman change son fusil d’épaule et fait basculer son projet dans le registre du slasher classique. (attention, spoiler inside) N’assumant pas d’être les témoins de la mort de quelques teenagers en rut, l’équipe de tournage décide de mettre des bâtons dans les roues de Leslie et donc de couper leurs caméras. C’est à un filmage « normal » que le réalisateur a désormais recours, et par conséquent à un slasher tout ce qu’il y a de plus commun. C’est bien évidemment là que le bas blesse, car en plus d’être hautement prévisible (on a compris depuis belle lurette que Vernon avait pris cette trahison en compte dans ses plans, et la souhaitait), Behind The Mask prouve qu’à être un trop bon élève et a trop étudier sa leçon, c’est sans personnalité que l’on finit par la réciter. (fin des spoilers) Pas particulièrement gore, pas spécialement mouvementée, dénuée de tension, la dernière partie de The Rise of Leslie Vernon tombe dans le sous-Vendredi 13 le plus creux, le plus attendu. Dommage, car l’audace du changement de mise en scène est honorable, et le principe de suivre à la trace un maniaque en plein préparatifs était des plus séduisants. Las, Behind The Mask n’est tout simplement pas aussi bon qu’il aurait dû l’être et trébuche en sacrifiant sa personnalité sur l’autel d’une efficacité de façade.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation: Scott Glosserman
  • Scénarisation: Scott Glosserman, David J. Stieve
  • Production: Scott Glosserman, David J. Stieve
  • Pays: USA
  • Acteurs: Nathan Baesel, Angela Goethals, Scott Wilson, Robert Englund
  • Année: 2006

 

2 comments to Behind The Mask : The Rise Of Leslie Vernon

  • Nazku Nazku  says:

    C’est pas le slasher du siècle mais ça reste sympathique et différent. J’attends encore une suite qui ne viendra jamais. 🙁

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