La Planète des Hommes Perdus

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Il y a bien longtemps, dans une galaxie lointaine, très lointaine, science-fiction ne rimait pas forcément avec coup de sabres laser dans le derrière, ni grosses machines pensées pour vendre des tonnes de popcorn. La SF, c’était aussi de la débrouille, du bricolage avec fils et frigolites, ce que La Planète des Hommes Perdus se plaît à rappeler. Plus charmant que les ballets spatiaux sortis des usines Disney, certainement, mais pas plus trépidant pour autant, malheureusement…

 

 

Sans aller jusqu’à dire qu’il fait partie de nos petits favoris, Antonio Margheriti on l’aime bien quand même par chez nous. Certes, on n’a pas toujours été des plus tendres avec tous les méfaits du bonhomme, et on a pas manqué de dire que son Contronatura, dont on attendait peut-être trop, nous a fait bailler plus qu’à son tour. Mais il est du reste difficile de ne pas s’agenouiller devant des beautés gothiques comme La Sorcière Sanglante, le gore contaminé d’Apocalypse Cannibale ou le déluge d’explosions de Nom de Code : Oies Sauvages. A chaque coup du septième art généreux, populaire en diable, toujours tricoté avec des bouts de ficelles mais proposant généralement quelques séquences cultes. Alors c’est vrai, Margheriti tombe parfois un peu trop dans d’interminables bavardages, et il faut toujours un petit temps d’adaptation pour rentrer dans ses œuvres, moins immédiates que celles des confrères. Mais le bon esprit l’emporte, et il n’y a aucune raison que l’on hésite plus de dix secondes à enfiler nos combinaisons et monter dans la fusée La Planète des Hommes Perdus, qu’il nous proposa en 1961. Quasiment la Préhistoire lorsque l’on parle d’un genre aussi coûteux que la SF, de nos jours impossible à imaginer sans une armada d’infographistes et une tornade de CGI. Inutile de rappeler que les programmes hors de prix et les rangées entières de pros du pixels, le bon Antonio n’y avait pas droit en ces sixties, et qu’il faut posséder une tendresse de fer pour le système D avant d’entrer dans cette nouvelle dimension bis. Ici, les soucoupes volantes sont accrochées à des fils bien visibles, leurs rayons lasers sont dessinés à même la pellicule et ressemblent à des coulées de Tipex, les maisonnées sont de petites maquettes dont les fenêtres sont peintes à la main et les domaines extra-terrestres sont faits des tubes et d’aluminium. On se doute que c’est pas tout à fait le même look que l’arrière-cour de chez Thanos et ses copains Avengers, mais c’est pas forcément un mal. Problème : si tout cela est bien joli, c’est aussi assez chiant…

 

 

C’est que plutôt que de se jeter dans les bras de la SF sérialesque, avec son preux chevalier des étoiles faisant la misère au premier maître du Mal venu, Antonio préfère miser sur une vision plus scientifique, plus sérieuse. Voire plus rigoureuse. Disons-le tout net, si vous n’êtes pas du genre à vous caler devant un débat entre astrologues et chercheurs le regard constamment tourné vers le ciel, La Planète des Hommes Perdus risque fort de vous rappeler ces longues heures de cours de science à faire semblant d’écouter ce que baragouine votre prof. Oui, il est ici question d’un astéroïde frôlant la Terre et commettant des cataclysmes, et même d’une petite poignée d’OVNI s’amusant à faire sauter des fusées. Mais ce pitch séduisant au dos du DVD, sorti chez Artus voilà quelques années, n’est en fait qu’une excuse à des réunions entre blouses blanches et militaires, qui n’en finissent plus de s’engueuler quant aux démarches à suivre pour éviter la fin de l’humanité. On se crie dessus par-ici, on se jette des regards noirs par écrans interposés, on s’envoie des télégrammes pesant, on enchaîne les formules et on révise son algèbre pour calculer au centimètre près la trajectoire du gros caillou menaçant notre planète bleue. Du bis de mathématiciens en somme, pas franchement rendu plus tonique par ces trois bastons spatiales (à peu de choses près identiques au plan près) ni ces quelques stockshots (en noir et blanc alors que le film est colorisé) de pluie torrentielles, censées nous faire croire que le jour du jugement est arrivé. Du reste, ça prend le thé en causant stratosphère, en analysant des corps étrangers entrés dans notre système solaire et tout le tralala, sans que l’on se sente impliqué un seul instant.

 

 

D’autant plus dommage que l’atterrissage sur La Planète des Hommes Perdus était aussi agréable que le décollage en fin de parcours. C’est que ça débutait bien, avec une séquence montrant une demoiselle tout de blanc vêtue se balader à travers les rochers, non loin de la mer, pour y retrouver son amoureux. Aussi vaporeux qu’envoûtant, et presque trop prometteur niveau atmosphère par rapport à ce qui suivra… Quant au dernier acte, il met les bouchées doubles et permet enfin à nos héros de mettre le pied sur le fameux astéroïde, certes fait avec les moyens du bord, mais sublimement éclairé. Malheureusement, entre les deux, il n’y a rien si ce n’est un gros vide interstellaire, tout juste sauvé par un Claude Rains (Le Fantôme de l’Opéra, L’Homme Invisible) garni d’un joli personnage de savant. Un peu dingue, obsédé par la recherche du Savoir, misanthrope complet, il est celui qui donne le peu de tempo au film, répandant sa mauvaise humeur constante à longueur de scènes. Mention spéciale également à son sort, plutôt troublant et noir, et qui apporte une note finale relevant un peu une sauce du reste pas bien fameuse. Quitte à aller voir sur une autre planète si l’air y est plus respirable, autant retourner sur celle des vampires imaginée par Mario Bava.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation: Antonio Margheriti
  • Scénarisation: Ennio De Concini
  • Production: Thomas Sagone
  • Titre original : Il pianeta degli uomini spenti
  • Pays: Italie
  • Acteurs: Claude Rains, Umberto Orsini, Bill Carter, Maya Brent
  • Année: 1961

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