Bloodlust

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Le beau temps revient sonner à notre porte et égayer nos jardins, les moustiques aussi ! Fort heureusement, les nôtres ne sont pas tout à fait du même calibre que le Mosquito de Mosquito der Schänder (1977), aka Bloodlust un peu partout sur le globe, production suisse mettant en vedette un serial profanateur, puisque le mecton ne s’attaque qu’aux cadavres. Bizarre vous avez dit bizarre ?

 

 

Entre s’enrichir en produisant ce que le public voulait voir, soit en ces années 70 de l’espionnage pop ou du thriller aquatique aux dents acérées, ou se forger une micro-filmographie composée uniquement d’OVNI, Dominik Huser a tranché dès 1973 avec Le Château des Messes Noires. Dispo en DVD chez Artus, la bande en question nous permettait de faire connaissance avec des vampirettes pas comme les autres, puisque celles-ci, largement portées sur la luxure, s’enfonçaient des bougies dans l’intimité. Pas tout à fait le mythe du pompeur de sang comme Lugosi ou Lee le jouaient jadis… Rebelote quatre ans plus tard avec Bloodlust, ultime méfait de Marijan Vajda, Yougoslave fort de 80 réalisations, et nouvelle modernisation des légendes vampiriques, sans pipistrelles et vieux château à l’arrière-plan. On quitte donc le Cauchemar de Dracula pour dégringoler dans les mauvais rêves des tueurs en série des seventies, période dorée pour tous les maniaques en devenir venus repeindre en rouge sang un quotidien du reste particulièrement gris. Une grisaille visuelle mais aussi sociale, parcourue de films en films par des malheureux, incompris par leurs pairs et proches, et évacuant toute leur frustrations dans des meurtres de plus en plus crapuleux. The Headless Eyes, The Cannibal Man, Frightmare, The Killing Kind, bientôt Maniac : avant de succomber totalement au slasher en virant de plus en plus aux tueries cartoonesques teintées d’humour, certes noir, les psychopathes effrayaient autant qu’ils émouvaient de par leurs contours pathétiques. Une confrérie de pauvres types pensant faire passer leurs chagrins plus vite en scalpant leur voisine ou fracassant le crâne de leur boss au marteau, et une sinistre troupe à laquelle vient donc s’ajouter le fameux Mosquito (Werner Cop Game Pochath). Un homme sans âge que Vajda ne prend jamais la peine de prénommer, crédité « The Man » et présenté comme un sourd muet vivant reclus dans son appartement, décoré de poupées pour fillettes. Peut-être pour se rappeler son enfance forcément difficile – ils en ont tous chié petiots, nos psycho-killers – passée avec un daron violent qui le tabassait avec une chaise, et mettait la main dans la petite culotte de sa jeune sœur avant de piétiner sa poupée en éclatant d’un rire vil. Pas de quoi se marrer un bon coup, pourtant…

 

 

Et sans doute là les bases du mal-être d’un jeune homme bon dans son travail et respecté par ses patrons, voire même apprécié par sa jolie voisine dont il est secrètement épris, mais coupé du monde par son handicap. Dans l’impossibilité de s’exprimer, et incapable d’entendre ceux qui l’entourent, le bonhomme se replie sur lui-même et décide d’aller jouer avec les seuls êtres aussi silencieux que lui : les morts. Et le voilà qui se change en Mosquito – nom de scène qu’il s’octroie lui-même – et d’aller dans les caveaux familiaux pour y faire subir tous les outrages possibles et imaginables à la gent féminine, d’ordinaire volontaire lorsqu’il s’agit de se moquer de lui. Voir les séquences où il tente d’aller perdre sa virginité auprès de filles de joie pour finalement se contenter de poser la tête sur leur poitrine ou les regarder fricoter entre elles, repartant la queue entre les jambes lorsque ces vulgaires catins décident d’en faire un sujet de rigolade. Les mortes, elles ne le prennent pas de haut. Et elle ne font pas la gueule lorsqu’il les décapite, leur arrache les yeux, leur suce le sang avec une paille en verre ou leur poignarde les seins. Objet étrange, Bloodlust prend donc le parti osé de ne jamais faire de son moustique un tueur en série s’en prenant aux vivants, ici loin de courir le moindre danger (si ce n’est en fin de parcours pour une séquence peut-être pas nécessaire car éloignant le film de ses bonnes résolutions), mais de l’envoyer dans les funérariums ou ouvrir des tombes pour molester ceux à qui le repos était pourtant offert. Etonnant. Et risqué puisque de toute évidence le suspense a tendance à s’absenter lorsque le dément de service ne tente pas de suriner la veuve et l’orphelin mais de la viande froide, par définition inerte et dans l’impossibilité de se défendre ou sonner l’alerte.

 

 

Certains ne trouveront d’ailleurs aucun intérêt à l’affaire, collection de vignettes voyant « The Man » s’infiltrer auprès des défunts pour aller toujours plus loin dans la violence post-mortem, Bloodlust étant ce que l’on peut appeler un film tranche de vie. Un peu comme si le Blue Holocaust de Joe d’Amato s’était détourné de sa structure narrative pour régresser jusqu’au statut d’assemblages de scénettes sans réel but. Si le Mosquito est sourd et muet, Vajda avance à l’aveugle, au point de ne même pas s’encombrer d’une conclusion particulièrement dramatique, Bloodlust se terminant comme il s’est déroulé tout du long : dans le calme, sans réelle explosion de sentiments et sans cris. En cela, le réalisateur fait épouser à son film les caractéristiques de son vilain, dont la vision du monde est ici absolue, aucun autre protagoniste ne semblant avoir de volonté propre, aucun autre personnage n’étant défini autrement que par sa relation avec Mosquito. Si ce n’est peut-être sa voisine, mentalement à l’ouest, et qui aime tant danser qu’elle en mourra, alors qu’elle voulait faire une valse avec les nuages et finit par chuter du toit qu’elle avait transformé en scène. Une rythmique à part donc que celle de Mosquito der Schänder, pas tout à fait la bisserie convenant à tous les palais. Le cinéphile en quête de curiosité y trouvera en tout cas son compte, et louera la mise en scène appliquée de Vajda, qui libère ici quelques magnifiques clichés. Rendu méconnu par une sortie DVD elle aussi sans bruits (chez Fravidis dans sa bandante collection, un peu fourre-tout il est vrai, des lenticulaires, où l’on trouvait aussi bien du bis européen à la Zombi 3 que des Z ricains comme Leeches), Bloodlust mérite largement la (re)découverte et d’être loué pour ce qu’il est : une expérience dont la discrétion n’a d’égal que le macabre de ses scènes gore. Unique, pour le moins.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation: Marijan Vajda
  • Scénarisation: Mario d’Alcala
  • Production: Manfred Dhome, Dominik Huser
  • Titre original : Mosquito der Schänder
  • Pays: Suisse
  • Acteurs: Werner Pochath, Ellen Umlauf, Birgit Zamulo
  • Année: 1977

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