Bluebeard

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Devenue le paradis de l’amoureux du thriller depuis la première moitié des années 2000 et l’enchaînement terrible Memories of Murder/The Chaser/J’ai Rencontré le Diable, la Corée du Sud n’a depuis jamais été en pénurie de films policiers flirtant avec l’extrême, sans toutefois jamais se priver de contours définitivement populaires. Le prouvent encore les inégalement réussis Confession of Murder, No Mercy ou Monster Boy. Y-a-t-il encore un peu de place pour le Bluebeard (2017) de Su-yeon Lee (The Uninvited) dans notre collection de frappadingues venus de l’Est ? Pas sûr…

 

Attention, spoilers !

Fraîchement divorcé, Seung-Hoon (Jo Jin-woong de Monster Boy) se voit forcé de débuter une nouvelle vie dans une petit patelin, où il exerce la médecine dans une clinique de quartier. Un jour, son vieillard de propriétaire vient pour un check-up et, à moitié endormi, se met à parler de corps démembrés cachés sous les ponts. Quelques jours plus tard, la police retrouve effectivement un torse dans les lieux décrits par l’ancêtre, qui vit avec son fils dans la boucherie située sous l’appartement de Seung-Hoon. Très vite, l’imagination de ce fan de romans policier se lance, d’autant que le docteur est persuadé d’avoir vu, dans un sac traînant dans l’abattoir personnel de ses locataires, une tête de jeune femme… Et lorsque certaines personnes de son entourage disparaissent, Seung-Hoon n’a plus de doute : les vendeurs de carbonnades sont de cruels meurtriers. S’il y a une chose que l’on ne se hasardera pas à reprocher à Bluebeard, ou Haebing en vo, c’est bien de manquer d’efficacité, et fin connaisseur de la méthode qui aura aidé à placer sa patrie sur la carte du monde du septième art, Su-yeon Lee s’empare d’un bon nombre de techniques croisées dans les productions à suspense de ces quinze dernières années. Coin tranquille mais tout de même inquiétant et volontiers humide, suspects charmants le jour mais probablement démoniaques la nuit, protagoniste de Monsieur-Tout-Le-Monde confronté à un grand danger, demoiselles suivies par de sombres silhouettes, morceaux de chair humaine retrouvés à gauche et à droite, police soupçonnant comme de coutume le héros plutôt que les charcutiers… Et comme de juste le petit élément étonnant pour empêcher l’affaire d’être considérée comme fainéante, le petit sursaut scénaristique pensé pour faire basculer l’intrigue et transformer un Bluebeard en apparence classique en crime movie audacieux. Cette fois, ce sera la découverte par le héros de la fameuse tête coupée dans son propre frigidaire…

 

 

Bien sûr, un thriller sud-coréen sans une réalisation aux petits oignons ne serait pas vraiment un thriller sud-coréen, et sans flirter avec le génie d’un Bong Joon-ho ou d’un Na Hong-jin, Su-yeon Lee emballe son film noir de belle manière. Et peut même donner un petit coup de froid dans nos échines, comme lors de cette hallucination lors de laquelle Seung-Hoon découvre que sa salle de bain donne sur l’abattoir de ses proprios, en train de saigner une demoiselle. Parsemés de figures inquiétantes et toutes plus sombres qu’ils n’y parait, y compris les petites infirmières jamais les dernières pour accueillir le bon doc’ d’un franc sourire, Bluebeard intrigue d’autant plus que le rôle du méchant tout désigné revient à Dae-Myung Kim ambigu et donc fascinant. Malheureusement, Haebing traîne un peu de la patte et peine à enclencher la seconde, trop soucieux qu’il est de poser soigneusement ses pions sur l’échiquier pour préparer son grand final, une deuxième moitié en forme d’interrogatoire prenant très vite la forme d’un film à twists. Le spectateur pas encore épuisé par cette mode, très en vogue voilà une vingtaine d’années, du multiple retournement de veste pourra y trouver son compte, mais le bouffeur de nouilles sautées à la mode Coréenne devra se rendre à l’évidence : Bluebeard se conclut de manière un peu trop facile, et si ce n’était pour ses ultimes minutes, bienvenues pour rattraper un peu le tout, on parlerait de franche déception. Pire encore : si l’angoisse est palpable et le danger bel et bien tapis dans l’ombre, jamais l’ensemble ne décolle, jamais Haebing ne parvient à donner une forme physique à sa terreur, étouffée dans l’oeuf dès que sonne la première heure de métrage. Inutile de préciser que dans la crypte, où l’on considère que Memories of Murder est le meilleur film jamais réalisé, et dont notre top 10 perso se voit garni des The Chaser, The Strangers ou J’ai Rencontré le Diable, on est restés le ventre vide… Dans le registre du thriller psychologique made in Asia, on vous redirigera plutôt vers le Creepy de Kyoshi Kurosawa, meilleur en tous points.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation: Soo-youn Lee
  • Scénarisation: Soo-youn Lee
  • Production: Jeong-Jun Cho
  • Titres :Haebing (Corée)
  • Pays: Corée du Sud
  • Acteurs: Jin-Woong Cho, Dae-Myung Kim, Goo Shin, Chung-Ah Lee
  • Année: 2017

 

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