La Maison du Cauchemar (Ghosthouse)

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L’immobilier maudit se porte bien, merci pour lui. Et le vorace Umberto Lenzi de s’allier à Joe D’Amato pour ajouter une nouvelle bicoque hantée dans le patelin du cinéma d’exploitation. Et connaissant le vieux Umberto, on peut s’attendre à plus que des battants claqueurs…

 

 

 

Quel roublard, ce Joe D’Amato ! Alors que son vieux collègue et copain Umberto Lenzi tourne La Maison du Cauchemar, alias Ghosthouse (1988), le barbu à la tête de la Filmirage se laisse convaincre par Achille Manzotti (futur producteur de Deux Yeux Maléfiques) de renommer le projet en La Casa 3 pour le marché italien. Et ce dans le but évident de faire passer cette nouvelle production pour une suite des deux premiers Evil Dead de Sam Raimi, titrés La Casa 1 et 2 dans l’empire de Caligula. Une belle arnaque, car il est évident que Ghosthouse n’a rien à voir avec les mésaventures d’un Ash parti tronçonner du Deadite à la campagne. Tout comme les Casa 4 et 5 ne proposeront jamais de virée dans la cabane au fond des bois, puisque ces patronymes cachent en fait Démoniaque Présence (avec Linda Blair et David Hasselhoff) et le déjà chroniqué par ici Au-delà des Ténèbres, de Claudio Fragasso. Alors on n’ira pas jusqu’à dire que le vieux Joe était un mac maquillant des grand-mères en Shakira pour ensuite les envoyer tapiner, car les métrages en question sont tous appréciables (voire excellents) et font partie des derniers divertissements valables d’un bis rital alors en perdition. N’empêche que la pratique n’est pas des plus honnêtes… On imagine donc la mine déconfite d’un fanatique des premiers efforts de Raimi tombant sur La Maison du Cauchemar, guère capable de tenir la comparaison avec les classiques du cinéma d’horreur moderne… Ce qui reste un peu injuste envers le travail de Lenzi d’ailleurs, car pris pour ce qu’il est, soit un métrage standalone, il fait le taf plus qu’efficacement et pouvait fort bien séduire son public sans avoir à raccrocher les wagons à la locomotive Evil Dead. De plus, ce n’est pas vraiment dans le gore sorti d’une tronçonneuse ou d’un fusil à canon scié que se trouve l’ADN de la bobine, plus proche des Amityville dans l’esprit… Et un peu de Blow Out, aussi.

 

 

Greg Rhodes (Fatal Attraction, Deadly Manor) est John Travolta. Enfin non, il n’est pas vraiment John Travolta puisqu’il incarne le jeune Paul ; mais comme la star du disco et des samedi soirs fiévreux, ce jeune habitant de Boston découvre dans sa cibi d’étranges sonorités rappelant celles d’un meurtre. De quoi faire penser au mémorable thriller de Brian De Palma, d’autant que Paul décide lui aussi de mener sa petite enquête. Aidé de sa petite amie Martha (Lara Wendel de Ténèbres et Killing Birds), il retrouve la baraque abandonnée d’où ces sons ont été émis, et tombe sur des campeurs venus passer du bon temps sur place. Le plaisir sera néanmoins de courte durée puisque le fantôme d’une petite fille sévit sur les lieux, entraînant dans une mort douloureuse tous ceux passant dans son bercail, où elle périt vingt années auparavant… La Maison du Cauchemar nous ouvre donc ses portes et la visite débute plutôt bien : la propriété est lugubre en intérieur comme en extérieur (normal, c’est celle de La Maison près du Cimetière), la végétation aux alentours sent l’automne difficile, le ciel se veut nuageux… Le havre de paix est loin et les personnes vivant sur place ne semblent d’ailleurs pas particulièrement de grande humeur : lors de son anniversaire, la petite Henrietta ne trouve rien de mieux à faire que de poignarder son chat avec des ciseaux. Pas de quoi ravir son daron, employé d’un funérarium très proche des voies impénétrables du Seigneur, et dès lors disposé à punir sa fille en l’enfermant dans sa cave. A peine la gamine seule dans la pénombre, la voilà qui agrippe sa poupée à figure de clown, entraînant bien des malheurs à l’étage supérieur. Un mystérieux assassin débarque en effet et fracasse le crâne du père à la hache, tandis que la pauvre maman aura un œil crevé suite à l’explosion d’un miroir. Et ce avant d’être finie au couteau, planté dans sa gorge… Dans le genre départ tonitruant, ça se pose-là, et l’on sent, autrement que par le décorum, une certaine influence Fulcienne dans le décalage entre la violence, graphique en diable, et une présence enfantine non loin du carnage. Point de doute : on est bien en Italie, pays de l’horreur crue et sale, toujours un peu dérangeante. Malheureusement, ces beaux débuts resteront lettre morte au sein de Ghosthouse, Lenzi suivant par après une logique plus américaine.

 

 

On le sait : le but de la Filmirage était notamment de planter son parasol sous le soleil du marché yankee, et c’est sans grande surprise que l’on découvre la venue de jeunes cons échappés d’un slasher. Obligatoire dans une industrie horrifique basant, dans les eighties, toute sa force dans des bodycount de plus en plus élevés, forçant donc Umberto Lenzi à rameuter la chair à canon sous son toit maudit. Un problème ? Non puisque cela permet au cinéaste de s’adonner à son art gore habituel, mixant justement des tueries slasheresques à des éléments surnaturels. Si une sorte de Crazy Ralph local abattra un pauvre type d’un coup de marteau et que l’on se plantera des cisailles entre des omoplates, le reste du métrage adoptera une épouvante héritée de The Boogeyman ou La Malédiction de la Sorcière. Ou, pour les plus jeunes, de la saga Destination Finale. Baiser mortel offert par un bus, ventilateur perdant une lame partie se loger dans une jugulaire, vitre tombant à la manière d’un échafaud pour trancher en deux une nana apeurée… Umberto mixe tous les éléments à la mode à l’époque du tournage de La Casa 3, sans doute dans le but de rallier un maximum de loueurs de VHS à sa cause. Et ça fonctionne franchement bien : lorsqu’un ado ne subit pas les assauts de l’arme rouillée d’un maniaque (beau spécimen de boogeyman, d’ailleurs, que ce revenant squelettique au crâne envahi par les asticots), ils tombent nez-à-museau avec un doberman fantôme ou se lavent la face dans un évier ne crachant que du sang. Variété est donc le maître-mot de Ghosthouse, dont l’ouverture d’esprit (de mauvais esprits ?), bien qu’évidemment opportuniste, est à louer. Néanmoins, cette volonté de ne pas s’en tenir à un seul style n’empêche pas le budget, comme toujours assez faiblard chez Filmirage, de venir sabrer l’enthousiasme rencontré. Pas tant au niveau technique, tout cela se tenant fort bien, au niveau du filmage comme sonore (on recycle des chansons du sublime Bloody Bird en passant, ça fait économiser quelques lires), tandis que les effets spéciaux, bien que rudimentaires, font largement l’affaire. Non, le réel problème vient, comme souvent, d’un casting loin, si loin, d’être convaincant.

 

 

Car personne ou presque ne fait l’affaire ici, et certainement pas le héros qu’incarne l’insignifiant Greg Rhodes. Creux comme un vase sans roses, le pauvre homme n’est de toute évidence pas un vrai acteur, et sa courte carrière souligne la sélection naturelle de laquelle il fut victime. C’était d’ailleurs logique : incapable de dégager le moindre sentiment, de donner la moindre expression au masque qui lui sert de face, Rhodes n’avait rien à foutre sur un plateau de tournage. Il n’était d’ailleurs qu’un second rôle, voire un figurant, dans ses précédents passages sur le grand écran, et c’est sans doute pour échapper au cachet d’un comédien aguerri que la Filmirage a embauché ce semi-débutant. Remarquez, sa petite amie Martha n’est pas mieux lotie puisque jouée par Lara Wendel, tout aussi translucide que Rhodes dans un rôle de pleurnicheuse, et tout juste bonne à s’émouvoir et hurler à la moindre anomalie lui passant sous le nez. Vite épuisant, et l’on prie les dieux du bis pour qu’elle ne soit pas une final girl et sera vite bouffée par le molosse spectral. Pas de bol, elle sera de toute la partie, survivant à toutes ses mortelles mésaventures… Le pire reste néanmoins à venir avec Kate Silver, encore plus mauvaise que tous les autres gugusses réunis ! Ne faisant que se plaindre et gueuler pour un rien, elle fait indéniablement partie de ces jeunes gens méritant amplement de croiser un ectoplasme vengeur, qui nous vengera d’ailleurs plus qu’il ne se vengera lui-même. Heureusement que la sympa Mary Sellers (Contamination.7, Bloody Bird) vient remonter le niveau… A noter que la dialoguiste engagée pour coller des mots dans les gosiers de tout ce beau monde (Sheila Goldberg, au clavier pour Body Count et toujours aux dialogues sur Bloody Bird et Killing Birds) ne fait rien pour arranger les choses, au point de donner aux bavardages un tour réellement ridicule. Du coup, on en rigole régulièrement : s’il n’y a pas de quoi se fendre la poire devant certains échanges plats comme des Jane Birkin, les engueulades entre les différents protagonistes ont de quoi faire sourire tant ils n’ont de cesse de s’envoyer chier. Ainsi, quand Rhodes prend en voiture un auto-stoppeur (qui mélange deux stéréotypes du slasher : le black fort en gueule et le lourdaud blagueur), il lui somme rapidement « d’arrêter de lui casser les couilles », tandis que la Kate Silver traite d’enfoirés tout le monde. Belle ambiance.

 

 

Le climat général se voit donc amoindri par cette troupe globalement médiocre (la gueule du vétéran Donald O’Brien ne sauve pas les meubles dans le rôle d’un gardien psychologiquement instable), capable de faire perdre de son charme à cette ballade au cimetière ou les déambulations dans cette maison, toujours aussi macabre. Ils ne gâchent néanmoins pas tout et Lenzi reste le très bon artisan que l’on connaît, capable de rattraper le pire des coups, notamment en imaginant une histoire assez creepy, entourant la fameuse Henrietta. Les ennuis auraient en effet débuté avec elle, alors que son père refusa d’enterrer un client avec une poupée de clown, qu’il jugea être un cadeau parfait pour sa progéniture. Le jouet était-il possédé par l’âme de son premier possesseur ? On ne le saura jamais, l’histoire ne plongeant pas jusqu’au détail pour rester à la surface, mais il n’empêche que l’idée, même peu développée, fait son petit effet. Tout comme Ghosthouse finalement : certes ça joue mal, certes quelques temps morts pointent ça et là, mais le constat reste largement positif pour l’une des plus divertissantes productions Filmirage.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation: Umberto Lenzi
  • Scénarisation: Cinthia McGavin, Umberto Lenzi, Sheila Goldberg
  • Production: Joe D’Amato
  • Titres : La Casa 3 (Ita), Ghosthouse (USA)
  • Pays: Italie
  • Acteurs: Lara Wendel, Greg Rhodes, Mary Sellers, Ron Houck
  • Année: 1988

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