Critters 4

Category: Films Comments: No comments

C’est une petite habitude de la production horrifique : lorsqu’un boogeyman ou un mutant baveux a fait tout ce qu’il avait à faire sur Terre, il s’envole vers d’autres cieux pour pourrir la vie de pauvres astronautes. Mais contrairement à Leprechaun, Pinhead ou Jason Voorhees, pour qui les vacances inter-stellaires avaient tout du dépaysement le plus total, pour les Critters leur envolée vers Saturn tient plutôt du banal retour au bercail. De là à dire que ça les sert, il n’y a qu’un pas à ne pas franchir, car Critters 4 (1992), c’est loin d’être de la bombe, bébé !

Souvenez-vous, ce n’était pas si loin : alors que Leonardo Di Caprio et l’indéracinable Don Keith Opper venaient de nettoyer un immeuble de la menace Krites, ce dernier découvrait qu’il n’en avait pas encore fini avec les boules de poil une fois Critters 3 terminé. C’est qu’était tourné simultanément Critters 4, ultime volet un chouia plus ambitieux que les précédents puisqu’il y est décidé d’envoyer dans les étoiles le pauvre Charlie (Opper donc), éternel benêt depuis quelques temps changé en indéniable héros de la franchise. Eh oui, alors qu’il était en train d’inspecter une cave dans laquelle il trouve deux œufs de Critters, le malchanceux se trouve enfermé dans une capsule spatiale et se retrouve en première classe pour un voyage jusqu’on-ne-sait-où. Cinquante ans plus tard, la capsule est récupérée par quelques convoyeurs from space, ravis d’être tombés sur une potentielle manne financière (ils comptent revendre l’engin à son constructeur, une sorte d’état surpuissant), quand ils n’espèrent pas à y dénicher un trésor. Bien sûr, c’est surtout des emmerdes qu’ils vont y trouver, puisque les œufs éclosent et les deux salopiauds velus, toujours aussi carnassiers, se mettent en tête de bouffer tout l’équipage. Same old story, en somme, si ce n’est que le décor n’est plus une paisible bourgade où il ne se passe jamais rien – si ce n’est la descente d’extra-terrestre mangeurs d’hommes, évidemment – ou un immeuble insalubre, mais bel et bien une version sans flouze du Faucon Millénaire. Un nouvel élan pour la saga ? Plutôt un croche-patte à ces pauvres Critters, plongés dans l’oubli pour quelques années (pour peu que vous suiviez les sites de news horrifiques ou disposiez d’un compte Facebook, vous savez qu’ils sont de retour ces temps-ci) après cette excursion science-fictionnelle particulièrement chiante.

 

 

Si l’on vous dit Critters, à priori vous répondez « Petits films gentiment cultes, pas exceptionnels, mais constamment sauvés par leur bonne humeur, le caractère rigolo des ptits streums et les effets sympas des Frères Chiodo, qui taillent dans la moquette pour créer les Krites ». Et vous avez bien raison puisque la saga s’est effectivement vendue sur son rythme généralement speed, son âme de no brainer et sa conscience que ce n’est pas d’elle que viendra la révolution en matière d’épouvante. En un mot comme en cent : Critters, c’est que du fun, et imaginer ces cousins des Gremlins foutre le bronx sur d’autres planètes ou des soucoupes volantes tenait plutôt de la bonne idée. Mais voilà, le producteur/réalisateur Rupert Harvey (à la prod. sur le cinquième Freddy et The Blob version 80’s) a visiblement pensé que la SF, c’était surtout des techniciens assis devant des tableaux de bord du futur à causer de gamma, de puissance de neutron, de vitesse photonique et d’autres trucs bien emmerdants dont personne n’a rien à foutre. Ben Critters 4 c’est ça : cinquante minutes de débats en tous genres sur la marche à suivre pour arriver à tel ou tel endroit, des casses-têtes pour trouver comment manipuler une IA pas très futée (et à laquelle Martine Beswick prête sa voix), des essais pour ouvrir des portes… Les hérissons aux dents limées ? Ils ne sont qu’au nombre de deux (ça sent la restriction budgétaire sévère…) et font la sieste durant une bonne partie du film, devenant les personnages les plus rares d’une œuvre censée les mettre à l’avant-plan. Pire : les rares instants lors desquels ils daignent faire acte de présence ne retrouvent jamais la folie et la passion des opus précédents, comme si l’inventivité s’était fait la malle et que Harvey préférait se concentrer sur sa fameuse Intelligence Artificielle, comic relief par ailleurs assez peu efficace en la matière.

 

 

Alors certes, le décorum n’est pas trop mal foutu, les inserts piqués à Android (une production de Harvey datant du début des années 80, autant dire qu’il s’est pas privé pour s’y servir) sont datés mais peuvent faire illusion quand on cligne des mirettes, et il est appréciable de voir Angela Bassett à ses débuts, croiser Anders Hove (les Subspecies) et de retrouver ce bon vieux Brad Dourif. Mais sinon, Critters 4 tient du couloir dans tout ce qu’il a de plus pénible à parcourir et parvient même à passer à côté de son sujet : les retrouvailles, alors que 50 ans sont passées, entre Charlie et son vieux poto Ug (toujours Terrence Mann), devenu un beau salopard durant ce laps de temps. Dommage que ce drame amical ne débouche sur rien d’autres qu’un échange entre cowboys, il y avait matière à donner un peu de jus à une Série B du reste plus molle que le fessier d’un limaçon…

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation: Rupert Harvey
  • Scénarisation: David J. Schow, Joseph Lyle
  • Production: Barry Opper, Rupert Harvey
  • Pays: USA
  • Acteurs: Don Keith Opper, Terrence Mann, Angela Bassett, Brad Dourif
  • Année: 1992

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>