Timber Falls

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Si ces années 2010 dont nous verrons bientôt la fin furent placées sous le signe du poltergeist vicieux et du spectre affreux, les années 2000 étaient par contre celles des tarés des bois tentant aussi bien de perpétuer une tradition instaurée par Wes Craven que de faire de l’oeil aux fans d’Eli Roth. Timber Falls, sorti sans les applaudissements du public en 2007 et distribué chez nous par Europacorp, en est une preuve supplémentaire. Par chance, c’est pas la plus moche du lot.

 

 

Soyons francs, après tout on vous le doit bien : Timber Falls, première percée de Tony Giglio (le futur Doom Annihilation, préparez vos BFG) dans les genres non-coagulés après un Chaos avec Jason Statham qui ne vendait pas du rêve, n’est pas tout à fait le canasson sur lequel nous aurions misé toutes nos économies. Et s’il a rejoint notre collection privée, c’est surtout parce que nous avons croisé sa route dans un Cash Converter, où il était comme de juste disponible à vil prix. Trois ou quatre malheureux euros pour le Blu-Ray d’un petit survival à priori porté sur la bidoche, on passe vite à la caisse, même si le résultat a des chances de puer de la gueule. D’ailleurs, à en croire les réactions à droite et à gauche, Timber Falls n’a aucune chance de devenir le best movie in the world pour qui que ce soit, et est au mieux considéré comme une tentative correcte par quelques chroniqueurs et internautes de grande humeur. Et pour le gros des troupes, inutile de dire que cette offrande du Giglio ne mérite guère que l’on s’arrête pour ses beaux yeux, ses scores sur les sites à la Rotten Tomatoes ayant plutôt tendance à le plaquer au sol… Mais vu qu’on fait autant confiance aux Rotten Tomatoes, Senscritique et compagnie qu’à un discours de Manu from Jupiter, on rentabilise nos quelques pièces abandonnées sur les comptoirs des Cash Converter crasseux et on vérifie par nous-mêmes. Grand bien nous en a pris, car si Timber Falls n’est pas un flamand rose gracieux, il est aussi loin d’être le vilain petit canard de la mare aux survival modernes.

 

 

Cela débute pourtant comme les dizaines de pelloches agenouillées devant Survivance et La Colline à des Yeux, et on parie notre boîte à tartines à l’effigie de Skeletor que c’est au remake du classique des seventies torché par Alexandre Aja que l’on doit la mise en chantier de ce petit drame forestier. On retrouve en effet les ingrédients indissociables du genre, avec son couple de jeunes gens venu s’offrir du bon temps sous les épicéas, et dont la randonnée sera parsemée de rencontres inquiétantes. Les vingt premières minutes compileront ainsi les silhouettes attendues du genre, avec ses rangers plus motivés à grignoter du donuts que d’aller se salir les bottes, de la catho zarbi vivant à l’abri des regards dans son petit cabanon et les indispensables bouseux vicelards portant la casquette, la barbe grasse et la chemise à carreaux. Une drôle de faune avec laquelle feront connaissance la jolie blonde Sheryl (Brianna Brown) et son brave gars Mike (Josh Randall), amoureux fous seulement séparés par des envies opposées concernant le mariage : si Sheryl se verrait bien avec une jolie bagouze à l’annulaire gauche, le Mickey n’est pour sa part guère pressé de se donner en spectacle devant Monsieur le Curé. Reste que s’il n’a pas envie de se plonger dans les contrats de mariage, le gaillard n’en panique pas moins lorsqu’il découvre que sa girlfriend s’est volatilisée. Aurait-elle été kidnappée par les rednecks croisés plus tôt, qui sous-entendaient qu’ils allaient la violer par tous les trous ? Alors qu’il aurait été aisé pour Giglio et son scénariste Dan Kay (Pay the Ghost avec Nic’ Cage) de s’en tenir au sempiternel récit de bûcherons pas sympas venus enculer des gamines dans les buissons avant de planter leurs haches dans le crâne de leurs petits copains, la paire fait quelques pas de côté et change de coupables. Les jeunes chasseurs du coin, s’ils vendent de l’alcool de contrebande et promettent quelques nuits agitées aux promeneuses, ne seront pas les grands vilains de l’affaire, Timber Falls allant plutôt chercher sa terrible menace à la messe du dimanche matin.

 

 

Aux bigots de trancher dans le lard, donc, un couple d’adorateurs du Petit Jésus et dans l’incapacité d’avoir des enfants kidnappant les braves venus ramasser des pommes de pin pour les forcer à s’accoupler et récupérer, neuf mois plus tard, la marmaille. Et si Mike et Sherry refusent de jouer au docteur dans leur cave crasseuse et décorée de bocaux de formol dans lesquels roupillent des fœtus, ce sera séance de torture pour tout le monde. Sorte de croisement entre Misery pour ses chrétiens très à cheval sur les bonnes manières mais capables des pires atrocités, et de Détour Mortel pour le décorum et la présence sur les lieux d’un type au cerveau mal branché et à la joue à moitié arrachée, Timber Falls a la bonne idée de miser sur les caractères opposés de ses protagonistes plutôt que sur ses saillies trashouilles héritées du torture-porn. Bien présentes, par ailleurs, et le bouffeur de côtelettes venus s’en tailler une tranche pourra poser le regard sur un dos lacéré au fouet, un torse marqué au fer rouge ou un crâne fendu d’un coup net. Ce n’est pas vilain comme le passage du chalumeau sur les yeux amandes d’une pauvre touriste Asiatique, et donc moins franco de porc que du Eli Roth première époque, mais ça fait le taf’ sans problème. Et puis l’intérêt est de toute façon ailleurs, dans cette joute mentale entre les copains du Nazaréen et les citadins décidés à ne pas consommer leur lune de miel, les seconds étant bien conscients qu’une fois qu’ils n’auront plus besoin d’eux, les premiers les liquideront… Pas forcément très novateur, tout cela ayant déjà été fait auparavant, mais force est de constater que l’ensemble est efficace et porté sur les épaules d’acteurs solides. Si Brianna Brown doit se farcir l’habituel – et donc pas très intéressant – rôle de la nénette gentille comme tout et implorant ses tortionnaires de lui laisser tous ses orteils, à grands renforts de « Vous n’êtes pas obligés de faire çaaaa », les cathos sadiques (Nick Searcy et Beth Broderick) font d’excellents méchants que l’on est pressés de voir périr salement. Quant à Josh Randall, il s’attire immédiatement notre sympathie en envoyant chier ses bourreaux à chaque fois que ceux-ci viennent l’intimider.

 

 

Ne pas trop se laisser refroidir par les avis glanés sur la toile dès lors, ni par l’évident manque d’esprit d’initiative de Giglio. Certes, l’ensemble ne prend guère de risques en faisant son marché dans les genres alors populaires comme le slasher (Deacon, le défiguré, et tout son arsenal d’armes blanches), le survival et le torture-porn désireux de récupérer quelques clients tout juste sorti de table à l’auberge de la saga Hostel. Et il paraît évident que le schmillblick n’avancera pas d’un pouce avec Timber Falls, essai inégal sur le strict plan technique puisque son réalisateur est aussi bien capable de jolies choses (la séquence d’intro et sa caméra collée au plafond) que de fautes de goûts (ces accélérations subites et peu esthétiques lorsque Mike cherche sa cocotte dans les bois). Et les vieux de la vieille regretteront fatalement la patine un peu plastique, un peu froide, de l’ensemble, même si un soin évident y a été apporté niveau photo. N’empêche que dans un genre à l’époque surpeuplé par les sous-Wolf Creek et compagnie, ce DTV surnage sans efforts, évite l’ennui et risque même de refaire un passage par nos téléviseurs de temps à autres. Peut-être pas la marque des grands, mais une belle preuve de son efficacité.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation: Tony Giglio
  • Scénarisation: Dan Kay
  • Production: Kia Jam, Christopher Eberts, Arnold Rifkin…
  • Pays: USA
  • Acteurs: Josh Randall, Brianna Brown, Nick Searcy, Beth Roderick
  • Année: 2007

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