Ghost Dance

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Le grand avantage du slasher est que son principe de base est si simple et universel qu’il peut se fondre dans toutes les cultures. Ainsi, le présent Ghost Dance (1980) nous la joue native american en faisant de l’esprit d’un démoniaque Peau-rouge la nouvelle terreur du rayon Horror des vidéoclubs du Nouveau Monde. Accrochez-vous à votre cuire chevelu, ça risque de décoiffer.

 

 

Si le ciel noirâtre du slasher ou du psychokiller movie s’illumine, c’est de par la profusion d’étoiles filantes qui le lacèrent sans relâche en ce début de décennie eighties. C’est que le genre accueillit en son sein une pléiade d’auteurs débutants, pressés de l’utiliser comme un escalier vers la gloire… avant de se rendre compte que ses marches craquent au moindre pas. Au point d’en précipiter la majorité au sous-sol, là où pourrissent depuis près de quarante ans des cinéastes en herbe dont le CV ne contient en tout et pour tout qu’une unique fable de désaxé débitant de la poulette à la hache. Des étoiles filantes qu’on vous dit, des mecs dont les seuls faits d’armes sont de vilaines cassettes décolorées par le temps, le plus souvent tournées en une semaine – deux pour ceux qui ont du temps libre – pour quelques milliers de dollars à peine. Une fosse commune dans laquelle gît Peter F. Buffa, probablement un chouia plus chanceux que le gros des troupes puisqu’il bénéficia d’un million de brouzoufs pour shooter son Ghost Dance, de huit longues semaines pour le fignoler et qu’il eut l’honneur de tenir à nouveau une caméra pour le besoin d’une série de documentaires scientifiques. C’est pas tout à fait une destinée à la Big John, ni même une trajectoire à la Sean S. Cunningham, mais c’est toujours mieux que rien. Et toujours plus de temps de présence dans le milieu que tous ces Robert W. Morgan (Blood Stalkers), Ota Richter (le dingo Skullduggery), Harry Preston (Honeymoon Horror) et Douglas Grossman (Hell High), pour lesquels la ritournelle « un ou deux slasher et puis s’en va » semble avoir été inventée. D’ailleurs, dans le lot, Buffa fait indéniablement partie des faiseurs, certes modestes, mais que l’on aurait aimé voir continuer leur bout de chemin au rayon outils, Ghost Dance n’étant en aucun cas le pire exemple de slasher des années 80 à nous être passés entre les mains. Et ce malgré des défauts venus assombrir le tableau, c’est le cas de le dire…

 

 

Car si cette gavote fantôme souffre d’une carence, c’est bien celle de son manque de luminosité, une large partie du métrage étant plongée dans le noir le plus total. Vous nous direz que le fait de nous référer à un MP4 tiré d’une copie (de copie?) VHS à bout de souffle, et ayant certainement servi de table de ping-pong à une confrérie de rats logée dans le plus cradingue des vidéoclubs de l’Arizona n’aide certainement pas à donner de la couleur à Ghost Dance. Et que l’unique long-métrage du Buffa n’est ni le premier ni le dernier slasher de la période à souffrir d’une panne d’électricité qu’une bonne édition DVD ou Blu-Ray ne saurait illuminer à nouveau. Remember le cas Humongous, qu’Uncut Movies eut la bonne idée d’éclairer pour leur édition. On vous répondra aussi que le procédé n’a pas toujours ensoleillé tout le monde (cf. Sweet Sixteen, toujours assez sombre malgré la haute déf’) et qu’il y a peu de chances que Ghost Dance, s’il finit par intéresser un jour un éditeur (et ce n’est pas gagné), devienne clair comme de l’eau de roche. Reste que pour l’heure, on n’a pas trop le choix et nous devons bien nous fier à cette version K7 fatiguée pour tenter de découvrir ce qu’il peut bien se passer derrière ce rideau noir que semble dresser Buffa. On devine la première séquence plus qu’on ne la voit réellement, et votre serviteur avoue d’ailleurs que s’il n’avait pas été fouiner un peu du côté de l’Internet tout-puissant, il n’aurait jamais deviné que le premier quart d’heure montrait un pauvre homme se faire mordre par un serpent venimeux. Sans exagération, j’aurais eu plus de chance de couper toutes les lumières, me crever les deux yeux et encore me bander les orbites après cela pour essayer de passer un fil dans le trou d’une aiguille à tricoter que de repérer ce foutu crotale.

 

 

Ghost Dance part donc on ne peut plus mal : après tout, se taper un slasher dans lequel on n’y voit pas à deux mètres n’a pas plus d’intérêt que de s’envoyer un porno en tournant la telloche vers le mur et en coupant le son. Heureusement, les meurtres suivants, bien qu’encore plongés dans l’obscurité, permettent de saisir au vol quelques plans vaguement gore, voire même de se rendre compte que Buffa était plutôt inspiré en la matière. Sans égaler les maîtres ricains du genre, ni approcher les meilleurs artisans venus d’Europe, il parvient tout de même à sortir la tête de l’eau là où la plupart de ses camarades boivent généralement la tasse. Si elle ne peut prétendre au statut d’oeuvre d’art comme peut l’être un Suspiria, la présente bobinette peut se vanter de savoir icôniser son Indien tueur (joli plan voyant son ombre de mélanger à celle d’un aigle empaillé, donnant l’impression que des ailes ont poussé dans son dos) et de torcher ses plans correctement. Avec ses quelques mouvements de caméra fluides, Ghost Dance est loin, très loin, de ces quelques séries Z sorties dans les mêmes eaux et le plus souvent cadrées avec le zob. Techniquement, c’est d’autant plus la fête que la bande-son est plutôt correcte – et même gentiment flippante par instants – et que les acteurs font plutôt le taf’. Un luxe, pour ne pas parler de miracle, pour une production de ce niveau.

 

 

Et puis, tout débutants qu’ils sont, Buffa et son producteur/co-scénariste Robert Sutton savent y faire question script apte à donner la chair de poule. Non pas que le résultat à l’écran fera se cramponner à leurs accoudoirs les hordes de poilus qui s’y essaieront. Ceux-ci en ont vu d’autres. On le rappelle, Ghost Dance ne mise jamais vraiment sur le trashouille malgré des viscères sorties de leur bide à main nue ou un empalement sur une lance, généreux en coulis de framboise (même si, une fois encore, on y voit pas grand-chose vu que toutes les ampoules ont pété sur le set). Mais le scénar’, s’il est classique au possible et s’en remet aux sempiternelles vieilles légendes locales, a le mérite de le faire convenablement en créant un boogeyman qui ne prête pas franchement à rire. Sorte de shaman illuminé refusant que son peuple vive en paix avec l’homme blanc, le cruel Nahala ne trouva rien de mieux à faire que de créer un culte démoniaque, de kidnapper une caucasienne, d’en faire sa femme, et de torturer la sœur de celle-ci des jours durant. Pas tout à fait le genre de mec à laisser sa place dans le bus, quoi… Bien sûr, longtemps après sa mort, et alors que ceux qui l’avaient enterré l’avaient placé face contre terre dans son trou pour s’assurer qu’il ne puisse pas revenir (à priori c’est comme mettre la mayonnaise au frigo pour éviter qu’elle tourne), quelques historiens jugent bon de le sortir de son lit de terre, ignorant qu’il va bientôt utiliser le corps d’un Indien de la région pour reprendre sa petite entreprise sanglante. Ca tombe bien, un Amérindien un peu glandeur et constamment engueulé par sa vieille mère, lassée de voir fiston jouer au medecine man raté, décide de piquer quelques breloques appartenant à Nahala et s’en va faire un rituel dans une caverne. Quelques effets visuels très moches plus tard, le voilà contrôlé par cette espèce de Charles Manson à la mode Sioux… Ca ne paie sans doute pas de mine raconté comme ça, mais le combo vieille croyance flippos + climat aride + environnement séduisant (le musée fait un super décors pour une petite tuerie, et est plutôt bien utilisé ici) fait que le charme opère. On ne parlera tout de même pas de classique underground que tout cinéphage inspiré se doit de choper séance tenante, et il est évident que c’est aux slasherophiles avertis que cette danse des mauvais esprits s’adresse avant tout, d’autant que le tout souffre de sérieuses baisses de rythme. Mais dans le petit monde des agités du canif’ sortis de leur asile par des Monsieur Tout-Le-Monde ayant sauté le pas de la réalisation du jour au lendemain, Ghost Dance fait figure de bonne petite surprise.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation: Peter F. Buffa
  • Scénarisation: Peter F. Buffa, Robert M. Sutton
  • Production: Robert Sutton
  • Pays: USA
  • Acteurs: Julie Amato, Victor Mohica, Henry Bal, Frank Salsedo
  • Année: 1982

 

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