Ôgon Batto

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Devinette : si demain l’Atlantide était miraculeusement repêchée du fin fond de son bassin, qu’y trouverions-nous ? De jolies Atlantes aux culs de sirène ? Un Jason Momoa au torse bien huilé ? Une réserve sans fin de fish-ticks amoureusement préparés par ce bon vieux Captain Igloo ? Tout faux, dans les ruines de la cité des mers se cache en vérité Ôgon Batto, squelette aussi doré que capé faisant partie du cercle très select des tout premiers super-héros jamais imaginés. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que le gazier aime bien rigoler…

 

 

Il existe de ces films improbables sur le papier… et qui le sont en fait tout autant une fois plaqués sur nos téléviseurs. Prenez Ôgon Batto par exemple : production de 1966 connue des amateurs pour avoir en son sein le légendaire Sonny Chiba, cette bande héroïque gentiment désuète est à peu près aussi folle condensée en un résumé de trois à cinq lignes qu’étirée de tout son long sur nos écrans. C’est que dans ce super hero movie made in Japan, Nazō, un génie du crime d’une autre planète déguisé en un marsupial doté de deux paires d’yeux (ça ne s’invente pas) et dont l’une des mains est remplacée par une pince d’acier décide de mettre le dawa sur Terre en nous balançant sur la gueule une météorite. Au même moment, une troupe de scientifiques, menés par le Sonny en personne, découvrent l’Atlantide, dans laquelle est caché un sarcophage égyptien, caisson de luxe dans lequel se repose un squelette au faciès d’or et fringué comme un mousquetaire. Et le bonhomme de se réveiller lorsque les sbires tout de noir vêtus de Nazō déboulent en groupe et s’en prennent aux savants ! Il se nomme Ôgon Batto, a le rire sardonique facile, est gentil comme tout malgré son look de super vilain et ses pouvoirs tous liés aux chauves-souris, et il promet bien évidemment de donner la fessée à Nazō et son armée, entre autre composée d’un homme très velu nommé Jackal, d’une sorcière capable de prendre l’apparence d’autrui et d’un vil commandant à la tronche à moitié brûlée venu cabotiner comme un malade. Pas la peine de dégainer les jumelles pour voir quelques fans de Super Inframan ou Hanuman contre les 7 Ultraman s’essuyer le coin de la bouche…

 

 

Et pourtant, Ôgon Batto, tout fou soit-il, ne tombe jamais pleinement dans le délire régressif, bête et méchant comme les exemples cités il y a deux lignes de cela. Malgré ses idées farfelues et les looks très « autres » des divers personnages ici croisés, l’affaire ne tombe jamais dans la connerie pure et dure, dans le ringard risible pointé du doigt par les hordes moqueuses d’une certaine cinéphilie française. Merci au réalisateur Hajime Satô, artisan des plus capables qui éloigne son projet des Séries Z hystériques et shootées à la vas-y comme j’te pousse en Chine ou Thaïlande dix ans plus tard. Beau noir et blanc, rythme imparable, cadrages irréprochables, comédiens bien dans leurs pantoufles, décors variés : Ôgon Batto est d’une classe supérieure par rapport à ses petits frères à venir. Même les scènes de baston, si elles accusent évidemment un coup de vieux, s’en tirent avec les honneurs, Satô prenant visiblement du plaisir à tournoyer autour du bon Ôgon, peut-être pas à la pointe niveau chorégraphie et sans doute pas un ancêtre de Donnie Yen en la matière, mais plein de bonne volonté. Ardu de ne pas la trouver sympathique, d’ailleurs, notre pipistrelle d’or. A la fois lugubre de par son habitude à se gausser comme un vieux démon et ses airs le rapprochant fatalement plus des bad boys à la Skeletor que des preux chevaliers toujours très parfumés à la Musclor, Ôgon est indéniablement un héros d’un autre temps, certes, mais aussi un héros unique. D’ailleurs, créé en 1931, soit à une époque où la chauve-souris était largement rentrée dans les esprits comme le symbole du Mal (merci Lugosi) et des agresseurs nocturnes, The Golden Bat peut se vanter de jongler avec les clichés, faisant des cruels revenants d’hier les figures de bonté de demain. Une habitude au Japon, où les protagonistes positifs, s’ils ne se font pas toujours aussi macabres, ont fréquemment une part de noirceur en eux…

 

 

Nostalgiques du copain Goldorak, et curieux cherchant à savoir d’où viennent les Power Rangers et autres sentaï du Soleil Levant, Ôgon Batto est fait pour vous. Et devrait égayer votre soirée à grand renfort de rayons lasers dessinés à même la pelloche, de gigantesques foreuses sortant du sol et crachant des missiles par les yeux, de figurants au service du Mal trop occupés à sautiller d’un coin à l’autre de l’écran pour se servir des armes à feu qu’ils ont dans les mains et de méchants pas gentils du tout qui étranglent les petites filles et balancent des blouses blanches dans le vide. Franchement, que demander de plus ?

Rigs Mordo

Merci à l’ami Laurent pour le prêt du DVD !

 

 

  • Réalisation: Hajime Satô
  • Scénarisation: Susumu Takaku
  • Pays: Japon
  • Acteurs: Sonny Chiba, Osamu Kobayashi, Kôji Sekiyama, Emily Takami
  • Année: 1966

2 comments to Ôgon Batto

  • freudstein  says:

    Aaarghh!j’achète de suite!!! SAN KU KAI forever!

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