The Big Bird Cage

Category: Films Comments: No comments

Que voulez-vous, on ne peut rien y faire : les prisons construites brique après brique par Roger Corman dans les années 70 ont beau être des nids à cafards où l’on mange de la bouillie dégueulasse, quand on ne s’y fait pas torturer dans des caves humides, on est toujours les premiers à y réserver notre couchette. Parce que les filles y sont toujours charmantes, parce que cette vieille gueule de Sid Haig a toujours une bonne blague bien grasse à raconter et parce qu’on ne s’y fait jamais chier. Pas de raison que ça change pour The Big Bird Cage (1972), délire volontiers parodique d’un Jack Hill toujours bien assis sur son trône de petit prince de l’exploitation…

 

 

Envahies par une horde de faiseurs de Séries B où des nanas en mini-shorts se trouvaient malmenées de la première à la 90ème minute, les Philippines étaient le coupe-gorge par excellence pour les actrices en devenir. Demandez donc à la brune incendiaire Anitra Ford (le génial Messiah of Evil) ce qu’elle en pense, elle qui, dans le rôle de Terry, s’en va siroter une bonne liqueur dans un bistro si branché que la chanteuse du soir est Pam Grier – Blossom à l’écran – et que c’est à Sid Haig himself de tenir la guitare. Sauf que derrière ces chants d’oiseaux et le grand sourire du barbu se cachent de violents révolutionnaires, pas gênés lorsqu’il s’agit de tirer dans le tas et de kidnapper Terry, otage parfaite et joli brin de fille que Haig, ici nommé Django, violerait bien sur la banquette arrière. Pas un gros problème pour la donzelle, nymphomane assumée et demoiselle très fière d’avoir été culbutée par tout ce que le pays compte de politiciens. Se rendant compte que sa prisonnière ne lui rapportera pas grand-chose, les puissants du coin préférant la voir disparaître en vue d’éviter un scandale extra-conjugal, Django l’abandonne aux forces de l’ordre, suffisamment bêtes pour penser que la malheureuse est en vérité une complice du rebelle et qu’elle mérite donc de passer par la case zonzon. On connaît la suite : Terry sera balancée dans la géhenne du cinéma d’exploitation selon Roger Corman et Jack Hill, avec tout ce que cela comporte de figures obligatoires du genre. Comprendre que la cantine sera fréquentée par la blondinette en manque de mâles, la blackette grande gueule, la psychopathe de service, le garçon manqué prêt à distribuer des roustes et la vilaine traîtresse résolue à dévoiler des informations au méchant directeur, dans l’espoir de revoir un jour sa marmaille restée à la maison. The Big Bird Cage, c’est un peu comme un retour dans son foyer préféré pour l’amateur de WIP, forcément heureux de retrouver les indispensables séquences d’évasions musclées, de tortures (une fille pendue par les cheveux), de combat de boue pour les captives et le passage sous la douche où les formes les plus aguicheuses sont gaiement savonnées.

 

 

Car gai, The Big Bird Cage l’est beaucoup plus qu’un The Big Doll House ou un Femmes en Cage, Jack Hill ne cachant jamais que son intention première est ici de parodier le genre en douce. Si quelques séquences amères s’infiltrent ça et là, comme une tentative de viol en réunion ou l’arrivée de politiciens dans la prison pour profiter des taulardes, l’ambiance se veut globalement à la détente. Et à la moquerie, le pénitencier étant surveillé par des gardes homosexuels, parfaits surveillants pour des fifilles que l’on sait par expérience capables de séduire leurs tortionnaires lorsque le besoin s’en fait sentir. A Vic Diaz, tronche croisée dans un grand nombre de B-Movies shootés aux Philippines comme Savage ! ou Les Machines du Diable, de faire le show, atténuant sa cruauté par ses petits rires de grande folle et désamorçant les moments les plus malsains par ses bons mots. Ainsi, alors que Terry manque de subir un gang rape par les locaux, Diaz soupire que « ce n’est jamais à moi que ça arrive, ce genre de choses… » Fallait oser. Tout comme il fallait oser envoyer Sid Haig, au départ présenté comme un dissident craint par les forces en place, dans la gueule du loup en le forçant à se déguiser en maton gay, et dès lors la proie d’un Diaz plus occupé à séduire le nouvel arrivant qu’à tenir ses incarcérées à l’oeil. Des moments savoureux, le duo Diaz/Haig crevant nettement plus l’écran que celui unissant le vieux Sid à Pam Grier. La faute au rôle réservé à la panthère, certes toujours badass et du genre à s’épiler le maillot au hachoir, mais devenue une figure positive – elle était pour rappel une sale gosse ou carrément une vilaine dans Big Doll House et Femmes en Cage – moins amusante à suivre que le reste des troupes.

 

 

On préfère en effet traîner avec Terry et ses nouvelles amies, dont la choupi Candice Roman, dont la carrière n’ira malheureusement pas bien loin, toutes plus tarées les unes que les autres. Et par conséquent plus imprévisibles. On ne voit par exemple pas venir cette séquence, instantanément culte, les montrant attacher Diaz au sol pour le violer. Mais plus attiré par les torses velus que par les poitrines rebondies, le bon Vic ne parvient pas à faire gagner quelques centimètres à sa merguez, poussant Candice Roman à lui tailler une pipe avant de le chevaucher, tandis qu’une autre, pour faire cesser les cris de terreur du malmené, décide de s’asseoir sur son visage et le forcer à lui faire un petit cunnilingus des familles. On ne voit pas ça tous les jours, et Jack Hill en sera remercié mille fois. Tout comme on le bénira d’avoir refilé le rôle du directeur de la taule à Andres Centera, sorte de Bela Lugosi local roulant les R dans un cabotinage de chaque instant, et un personnage déjanté ne jurant que par le moulin qu’il a fait construire au milieu de son camp de la mort. En bref, The Big Bird Cage est peut-être un enfer pour les colibris qui y sont détenus (et encore, elles semblent bien s’éclater entre elles, les filles), mais un véritable paradis pour l’amoureux du vrai cinoche grindhouse. Celui qui va à cent à l’heure, sort les pétoires et déchire les chemisiers, et assume tellement son côté putassier qu’il a décidé de rire de lui-même. Le bon esprit, quoi.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation: Jack Hill
  • Scénarisation: Jack Hill
  • Production: Cirio H. Santiago, Roger Corman, Jane Schaffer
  • Pays: USA, Philippines
  • Acteurs: Anitra Ford, Pam Grier, Sid Haig, Candice Roman
  • Année: 1972

 

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>