Queen Crab

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La Série Z, un gros panier de crabes ? Avec Queen Crab (elle était facile, on sait), Brett Piper prouve en tout cas qu’il ne fait pas partie de ces faiseurs pressés tournant à l’aveugle, se contentant de torcher leur 587ème slasher forestier sans le sou (qui a dit David Sterling ?) pour pouvoir se payer leur paquet de Chocapic en fin de semaine. Brett est un auteur, un vrai, et le montre avec ce Creature Feature plein d’amour et jamais pince sans rire.

 

 

Et si le tort de cet éternel soldat de l’ombre qu’est Brett Piper, l’écharde dans l’orteil qui l’empêche d’être aussi cité que ses pairs par le fantasticophile bien informé, était de se servir de son âme de poète comme d’un GPS ? Alors que le reste de sa faction n’a de cesse de s’en remettre à l’équation (vilaine bête + nichons siliconés)² x gore au cube, formule usée jusqu’à la corde mais sacrée assurance d’avoir un petit divertissement au minimum passable dans l’assiette, Piper enclenche la marche arrière et sort des sentiers battus. En y laissant tout de même une roue, car la plupart de ses efforts contiennent tout de même une ou deux paires de poitrines bien fermes, quelques tronches explosées à grand renfort de sirop de grenadine et, bien entendu, de grosses bébêtes baveuses. Sauf que contrairement aux films de ses petits camarades, ces éléments ne sont jamais une fin en soi chez Brett, mais plutôt un médium lui permettant de varier les tonalités. On se souvient par exemple de l’évident aspect romantique du chouette A Nymhoid Barbarian in Dinosaur Hell, des contours plus psychologiques d’un Drainiac qui aurait pourtant pu s’en tenir à son statut de simple mélange entre Street Trash et Amityville, de la réflexion sur les artistes croisée au détour de Screaming Dead ou encore du soin apporté aux personnages de son Bite Me ! bourré d’insectes rigolos. Le soin, le mot est trouvé : Piper soigne tout simplement son travail, même lorsque celui-ci est produit par Mark Polonia et qu’il n’y aura donc même pas 100 000 dollars dans les caisses. C’est donc à environ 70 000 billets qu’est estimé Queen Crab, sorti en 2015 sans faire de vagues particulières, et même si l’ensemble ne peut évidemment pas prétendre avoir la patine de Deadpool 2 ou Justice League (remarquez, c’est parfois pas plus mal), chaque plan de ce monstrueux surimi fleure bon l’amour du travail bien fait.

 

 

Soyons néanmoins clairs d’entrée de jeu : Queen Crab reste une Série B glissant par instants vers le Z, avec tout ce que cela sous-entends de carences en tous genres. Non, les comédiens n’ont pas le magnétisme d’un Bill Murray ou la diction d’un Vincent Price, et un certain amateurisme se fait parfois sentir dans la prise de son, dégueulasse à l’occasion. Mais rien n’y fait : la mayonnaise prend grâce à un Piper dont les talents de scénaristes ne sont plus à prouver. Vu de loin, Queen Crab ne semble pourtant pas bien différent du premier bazar avec un animal maousse venu, et ses grandes lignes auraient pu être tirées d’une production Roger Corman des années 50. Alors qu’il tente de résoudre le problème de la faim dans le monde en faisant doubler de volume des vignes, un père de famille (Mark Polonia, pas mauvais pour le coup) trop absorbé par son travail de première importance oublie de faire attention à sa gamine Melissa, qui ne trouve rien de mieux à faire que de nourrir Pee-Wee, le joli crabe qu’elle a trouvé dans son jardin, avec les fameux raisins. Pas la peine de lancer Paint ou Photoshop pour vous faire un dessin, le petit Krabby évolue en gros Krabboss, tandis que les expériences du daron prennent feu par inadvertance et font sauter la bicoque et les parents de Melissa avec. Et l’orpheline d’être élevée par son shérif d’oncle (Ken Van Sant, vu dans Sharkenstein et Empire of the Apes, d’autres prod. Polonia, et qui aurait pu être roadie de Motley Crue il y a deux décennies vu sa dégaine), qu’elle quitte vingt ans plus tard pour retrouver son petit compagnon à carapace, désormais de la taille d’un beau gros camion. Egalement trois fois plus grand que sa maîtresse, Pee-Wee devient légèrement incontrôlable, au point qu’il s’offre quelques gueuletons dans le voisinage et finit par se faire remarquer par les autorités, relativement mécontentes de découvrir qu’un crabe géant court les rues et menace leurs paisibles existences passées à se bourrer la gueule au bar local.

 

 

Ce n’est donc ni la nouveauté ni l’originalité qui étouffent Queen Crab, que les allergiques aux monsters movies sortis de la galaxie DTV disqualifieront d’entrée de jeu en prétextant que cette affaire, ils la connaissent depuis Les Dents de la Mer, voire depuis Le Monstre des Temps Perdus si l’on veut causer gigantisme. Sauf que Brett Piper, on l’a vu, n’est pas franchement du genre à faire chauffer scanner et imprimante, ni à trop regarder par-dessus l’épaule du voisin, quand bien même celui-ci aurait les meilleures notes de la classe. Ainsi, il évite soigneusement de tomber dans le tout gorasse, se contentant de quelques giclées de sang et d’un cadavre rongé par la vermine à pinces, reléguant toutes les poussées de violence au hors-champ. Et s’agissant de ses jolies cocottes, il les laisse bien au chaud avec leur laine autour du coup, ne leur autorisant qu’à montrer leurs jolis maillot de bain. Pas de plans nichons, pas de mâchoires arrachées à grands renforts de faux sang jeté à l’écran par seaux entiers, et même pas d’humour franc du collier, car si quelques personnages sont bien sûr là pour y aller de leur petite pitrerie, on ne peut pas dire que Queen Crab joue dans la même cour qu’un Bite Me ! autrement plus rigolol. On verra dans cette absence de gaudriole, de nudité et de gros effets sanglants l’envie de se concentrer sur le monstre et uniquement sur lui, Piper semblant crier tout le long du film son amour pour ces bestioles trop souvent punies pour des fautes pourtant commises par l’Homme. La star, ça sera donc le crabe et ses petits, comme toujours créés en stop-motion, Piper étant un auteur échappé d’une autre époque. D’un monde meilleur ?

 

 

Oui dans le cas présent, car il est évident que l’on préfère reluquer les pattes d’un crabe en plasticine plutôt qu’une bouillie de pixels tirés d’une cinématique de la première console de Sony. D’autant que Piper l’anime plutôt bien, sa Queen Crab, certes un peu saccadée mais on ne peut plus charmante. Faut dire qu’en nous la montrant bébé dès la première scène, le réalisateur lui offre un capital sympathie évident et donne le ton du métrage tout entier : il ne sera ici jamais question de savoir si l’animal va tailler des gueules à la douzaine et si le badaud survivra à son passage, mais bien de découvrir si cette brave bête continuera de faire des bulles au fond de son lac à l’arrivée du générique. Vraie pelloche faite pour les amoureux des monstres toujours un peu tristes de les voir périr en dernière bobine, le film met principalement l’accent sur le lien, révélé comme psychique, entre une Melissa ne trouvant pas sa place dans le monde extérieur et la mimie Pee-Wee, crustacé férocement amical qui ne s’en prend qu’aux malotrus venus écraser ses œufs ou sa marmaille. L’état des lieux sera donc vite fait : Queen Crab n’a peut-être pas beaucoup de moyens, mais il a un coeur gros comme ça. Et c’est en cela qu’il se doit d’être célébré.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation: Brett Piper
  • Scénarisation: Brett Piper
  • Production: Mark Polonia, Brett Piper
  • Pays: USA
  • Acteurs: Michelle Miller, Kathryn Metz, Ken Van Sant, Richard Lounello
  • Année: 2015

2 comments to Queen Crab

  • Roggy  says:

    Crabes géants au menu et Brett Piper, pourquoi pas alors !

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