Talisman

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Qu’on se le dise, David DeCoteau ce n’est pas que des Séries B rigolardes bourrées de Scream Queens siliconées ou des téléfilms familiaux plein de chats qui parlent avec la voix d’Eric Roberts. C’est aussi du Direct-To-Video tout ce qu’il y a de plus sérieux, remplis de vieux châteaux gothiques, de sorties au clair de Lune, de champs de tombes, de grigris démoniaques, d’anges déchus et… de jeunes vauriens en slip blanc. On ne se refait pas.

 

 

C’est la logique même : lorsque l’on a à son actif près de 150 réalisations, on se souvient de certaines plus que d’autres. Pour le laborieux de la Série B qu’est David DeCoteau, le Talisman qu’il shoote à la fin des années 90 restera une date, et plutôt pour de douloureuses raisons. Non pas que le résultat, disponible sur le catalogue de la Full Moon et en DVD chez Elephant Films, soit particulièrement dégueu ; c’est même là l’une des livraisons les plus avenantes du chauve à lunettes. Mais en chutant dans des escaliers et en s’y pétant le coude, le brave David partit pour un tournage compliqué, étendu sur huit jours, dont trois passés à l’hosto et le reste passé dans une chaise roulante à se gaver d’anti-douleurs et de caféine pour rester éveillé. Une horreur selon les propres termes du mec derrière Creepozoids, et de quoi balancer Talisman dans la benne des mauvais souvenirs. Ce serait d’ailleurs bien dommage tant cette version masculine de Suspiria – c’était en tout cas ainsi que DeCoteau voyait le projet -, écrite par ce rouage important de Full Moon qu’est Neal Marshall Stevens (scénariste de Hideous, Shrieker, Totem, Retro Puppet Master), fait office d’éclaircie dans le catalogue que se forgeait Charles Band à l’époque, principalement parcouru de DTV chiants comme la mort façon Le Cerveau de la Famille ou The Creeps.

 

 

Le script ne vend pourtant pas plus de rêve qu’un autre. Jeune garnement visiblement difficile – ce qui ne se voit pas dans le film car il est plutôt serviable et souriant avec toutes et tous – Elias (Billy Parish, si Edward Furlong, Mark Dacascos et Don ‘The Dragon’ Wilson pouvaient avoir un fils ensemble, ce serait lui) est envoyé dans une vieille école spécialisée dans l’éducation de vauriens de riches familles. Sur place, il se lie d’amitié avec l’ancien junkie Jake (Walter Jones, le Power Ranger noir d’origine, depuis devenu un régulier des Séries Z) et devient l’ennemi naturel du persécuteur de service qu’est le blondinet Burke (Jason Adelman, Carnosaur 2 et Uncle Sam). Et peut-être aussi le love interest de la taiseuse mais jolie Lilia (Ilinca Goia, Lurking Fear et Vampire’s Journal), fille de la sévère directrice de l’établissement, si inflexible qu’elle enferme les minots dans leurs chambres pour toute la nuit et ne leur sert qu’un seul repas par jour. La vie à la dure en somme, surtout lorsque tout ce beau monde se rend compte que l’Armaggedon – rien que ça – se trame en coulisse, la maîtresse des lieux et sa gamine usant de la magie noire avec un ange démoniaque (dont le look évoque une version maléfique de l’Oncle Fétide…) pour noyer l’humanité dans les ténèbres. Le coup classique pour ainsi dire, avec ses viles mégères totalement dévouée à Lucifer, et usant du fameux talisman en titre pour faire venir cette fameuse version evil du chauve dingo de la famille Addams. Histoire qu’il vienne répandre un peu d’hémoglobine – mais pas trop non plus, la Full Moon n’étant pas connue pour décapsuler des clitoris en gros plan – en sacrifiant du jeunot, leur arrachant le coeur à la seule force de ses mains enflammées !

 

 

Pas tout à fait aussi finaud que le classique de Dario Argento servant de modèle tout ça, même si ces velléités plus européennes profitent tout de même à Talisman, plus habité que le commun des productions Band de la période. Sans retrouver une splendeur gothique digne des Mario Bava ou de la Hammer, DeCoteau s’adonne néanmoins à une certaine poésie morbide que n’aurait probablement pas renié le Lucio Fulci des dernières années. Comprendre qu’au baroque intégral est ici préféré le morne et le ténébreux, les personnages évoluant dans des décors allant des vieux couloirs en pierre mal éclairés aux extérieurs humides, ceux des automnes les plus tristes d’Europe de l’Est. Un joli feuillage venu masquer les habituelles bévues du B-Movies tourné dans l’urgence et avec trois piécettes en poche, comme des effets visuels disgracieux, quelques tunnels de dialogues dont on ne voit pas le bout et des acteurs fadasses. N’empêche qu’on sent DeCoteau plus impliqué que d’ordinaire, sans doute très heureux qu’il est de payer son tribu à l’épouvante traditionnelle en zigzagant dans les sous-terrains caverneux ou les vieilles bibliothèques, le tout avec une photographie poussant plus en avant le côté volontairement cafardeux de l’ensemble. Puis tel un grand maître n’oubliant jamais de poser sa griffe au coin de son coucher de soleil de gouache, le vieux David (qui signe Talisman sous alias, mais c’est une habitude) se fait plaisir et oblige ses mâles à tomber la chemise et le pantalon, les forçant à faire des pompes en sous-vêtements quand ils ne s’envoient pas des baisers provocateurs à l’heure du souper. Une ambiance gay friendly qui ne surprendra personne, gratuite et forcée, mais un DeCoteau movie n’en serait plus vraiment un sans son défilé de caleçons incolores, non ? Ca nous fait penser que ça fait un moment qu’on a plus lancé une lessive dans la crypte, tiens…

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation: David DeCoteau
  • Scénarisation: Neal Marshall Stevens
  • Production: Jason Blum, Malek Akkad, Bill Block
  • Pays: USA
  • Acteurs: Billy Parish, Walter Jones, Jason Adelman, Ilinca Goia
  • Année: 1998

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