Halloween 2018

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Michael Myers nous les aura toutes faites : bonne séquelle (Halloween 2), suites médiocres ou carrément pourries (les opus 4 et 5), gros bordel pelliculé (le sixième), remake (le Rob Zombie), prolongement plutôt strange de celui-ci (toujours par Zombie). En 2018, le William Shatner diabolique appuie sur le bouton reset et retourne à sa première nuit des masques, ce nouvel opus nous faisant le coup de la suite à l’original, venue zapper tout ce qu’il y a entre les deux. Un tour déjà joué dans les 90’s via Halloween, 20 ans après (si ce n’est que celui-là ne reniait pas le Halloween 2 de Rick Rosenthal), belle renaissance déforcée quelques années plus tard par une résurrection à la con… Est-ce qu’en 2018 le vieux Michael fait bien de réinitialiser son existence toute entière sous l’emblème d’une Blumhouse régnant désormais sans partage sur l’industrie horrifique ? Franchement, ouais !

 

 

Aussi paradoxal que cela puisse paraître, de nos jours il n’y a pas plus tendance que de taper dans le grabataire et se réclamer des Grands Anciens du fantastique, au point de leur faire un nouvel enfant en balayant d’un revers de la main tous ses autres frères et sœurs, désormais considérés comme de sinistres bâtards. La technique du retcon comme on dit, déjà à l’oeuvre dans nos étagères depuis quelques années (Texas Chainsaw 3D y recourut) et désormais la nouvelle lubie des studios, qui vont jusqu’à causer d’un potentiel ancrage au premier Robocop, entre autres. Hollywood, après avoir remaké à tour de bras, nous la joue donc back to basics, sans trop que l’on sache si c’est là une preuve que les fanboys ont pris le pouvoir et que c’est désormais eux que doivent séduire les studios – une suite à La Nuit des Masques et non aux reboots de Rob Zombie ayant tout de la tentative de drague d’une niche bien précise. Peu importe au final, l’important étant le résultat final, en lequel étaient placés de grands espoirs. Il faut dire que pour l’horror addict vénérant les premiers coups de couteau de The Shape, l’annonce avait de quoi faire son petit effet, celle-ci alignant les gros noms pour s’attirer la sympathie des vieux de la vieille. Jamie Lee Curtis reprenait un pied-à-terre à Haddonfield, tout comme un Nick Castle engagé pour porter à nouveau la tunique bleue, tandis que John Carpenter accourait pour récupérer un bifton facile… pardon, pour fêter les 40 années de son intemporel classique. De quoi rassurer les déçus des versions white trash du chanteur de White Zombie, et ne pas faire fuir trop vite les allergiques aux productions Blumhouse. Ni tous ceux, plutôt nombreux, qui se demandaient ce que venaient foutre dans l’allée aux citrouilles le comédien Danny McBride et le réalisateur David Gordon Green, duo à l’origine de comédies comme Votre Majesté ou Délire Express. Qu’on se rassure, ces deux-là ne sont pas venus pour rigoler et comptent bien faire comme si le 31 octobre 1978 était hier.

 

 

Au risque par ailleurs de tomber un peu trop vite dans le fan-service, la paire McBride/Green se sachant tellement attendue au tournant par une horde de fanatiques portant des t-shirts « Haddonfield babysitter’s club 1978 » qu’elle s’empresse de prouver qu’elle fut également biberonnée au sein de John Carpenter avec un générique d’ouverture citant ouvertement celui d’Halloween premier du nom. Le petit jeu citationnel ne s’arrêtera bien sûr par là, et les plus attentifs remarqueront la présence de PJ Soles – l’une des victimes du premier film – au casting et plusieurs clins d’oeil, pour ne pas dire coups de coude briseurs de côtes, disséminés tout le long de ce nouveau volet. A commencer par un jeu de miroir plutôt intéressant entre Laurie Strode et sa némésis Michael Myers, la première prenant fréquemment la place qu’avait le second quatre décennies plus tôt, devenant la figure inquiétante plantée à quelques mètres d’une salle de classe ou la silhouette disparue aux pieds d’une fenêtre après une dangereuse chute. Le cinéphile ayant bien révisé ses classiques saisira le parallèle au vol, et appréciera cette caractérisation de la vieille Laurie, peut-être pas aussi inquiétante que le tueur masqué hantant ses nuits d’automne, mais loin d’être un modèle de sanité pour autant. Grand-mère incapable d’avoir une relation normale avec sa descendance, qu’elle a privée d’enfance pour la préparer à un éventuel retour de Myers, alcoolique notoire, vieille folle barricadée dans sa résidence, dont le jardin est décoré par des mannequins défigurés par les décharges de chevrotine qu’elle leur impose : Mamie Strode n’est plus que l’ombre d’elle-même, dépossédée de la naïveté et la pureté qui étaient siennes dans les seventies. La vie de Laurie s’est arrêté le 31 octobre 78, et chaque nouvelle journée n’est guère plus qu’une extension de cette nuit d’horreur, qui ne prendra fin que lorsqu’elle et Myers régleront leurs comptes. Pareil de l’autre côté de la lame : immobile et taiseux depuis les évènements, Michael semble n’être qu’une coquille vide attendant que son heure vienne, que celle-ci marque son dernier souffle ou le consacre à nouveau roi noir de Samhain.

 

 

Plus que jamais, Laurie et Michael sont les deux faces d’une même pièce, deux figures tragiques vouées à se heurter et s’entretuer à nouveau. Malins, McBride et Green n’en font néanmoins pas trop en la matière et nous évitent le couplet voulant que si Laurie se planquait dans un bunker au fin fond de l’océan pacifique, Myers parviendrait encore à la retrouver en faisant la brasse papillon. Et si les retrouvailles ont bien lieu, ce n’est pas tant du fait du meurtrier, qui, fidèle à lui-même, semble se foutre de tout et avance en semant la mort autour de lui et ne reconnaît peut-être même pas Strode, mais de plusieurs forces extérieures, toutes désireuses d’assister à la rencontre entre ces deux légendes, à des fins journalistiques ou par obsession pour Myers. Pas con, et une manière comme une autre de faire virevolter quelques satellites à l’espérance de vie plus que précaire autour du noyau Myers/Strode, si puissant à l’écran qu’il en efface toute forme de vie humaine aux alentours. C’est là que le bas blesse et que cet Halloween new age se trouve handicapé : en dehors de ses deux icônes, ce nouveau chapitre manque de protagonistes mémorables, tous ne semblant présents que pour faire grimper un bodycount élevé (environ vingt meurtres, ce qui est beaucoup pour un Halloween) ou incarner des versions au rabais des adolescentes de l’original. Difficile par exemple de se prendre d’affection pour la petite-fille de Laurie, copie conforme de celle qu’elle était voilà quarante ans, refus de picoler ou de s’envoyer un pétard inclus. A ce petit jeu, pas sûr que Halloween, 20 ans après aurait de leçons à recevoir…

 

 

Mais pour le reste, Halloween 2018 prend plutôt la posture des gagnants et lève les bras fièrement, heureux de pouvoir compter sur son respect de l’esprit des origines une réalisation soignée (joli plan-séquence voyant Myers rentrer dans une maison, y massacre son occupante en hors-plan, puis ressortir dans la rue auprès des enfants déguisés et en quête de bombecs). Sans pour autant oublier que de l’eau a coulé sous les ponts et que le genre s’est fait plus virulent avec le temps, Green, s’il n’oublie pas que Myers est un putain de ninja, donnant aussi à son monstre un caractère plus physique et brutal. On pourrait d’ailleurs faire un jeu à boire de toutes les séquences où il finit par fracasser un crâne avec ses grosses paluches ou contre le mobilier. Au point que l’on pense fréquemment au côté plus bestial de la période 2007/2009, Green n’hésitant pas à liquider un gosse en guise de premier massacre visible à l’écran, ici mixé à une mise-en-scène old-school et remettant le suspense à l’avant-plan, à la Big John justement. Le meilleur des deux mondes en somme, et un nouveau chapitre capable de ravir les fans de la première heure (même la réinvention du main theme est réussie) et en donner à un jeune public pour son argent. Allez, allons-y franchement : Halloween 2018 est sans conteste l’un des meilleurs slasher sortis ces dernières années. On sera par contre moins enthousiastes quant à la suite déjà annoncée et en préparation, big success oblige : à trop tirer sur la corde…

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation: David Gordon Green
  • Scénarisation: David Gordon Green, Danny McBride, Jeff Fradley
  • Production: Jason Blum, Malek Akkad, Bill Block
  • Pays: USA
  • Acteurs: Jamie Lee Curtis, Judy Greer, Will Patton, Andi Matichak
  • Année: 2018

 

2 comments to Halloween 2018

  • Nazku Nazku  says:

    C’est une bonne surprise et un bon slasher. Faut dire aussi qu’on attendait plus grand chose de cette franchise. Espérons simplement que la suite sera à la hauteur (j’ai un doute).

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