Forbidden World (Mutant)

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Là-haut, tout là-haut, à des milliers d’années-lumière, pendant que Dark Vador et Luke Skywalker tentent de régler leurs petits problèmes familiaux, Roger Corman prend des notes en cachette puis refait la guerre des étoiles sur des champs de bataille autrement plus miséreux. A un point tel que le Forbidden World (ou Mutant, selon les versions) qu’il produit doit laisser tomber ses velléités de sous-Star Wars pour mieux bifurquer vers le sous-Alien. Au vu du résultat, il est permis de parler de sage décision.

 

 

 

Le vieux Corman n’a jamais fait mystère de sa méthode, depuis reprise par l’intégralité des producteurs de Séries B ou Z de la planète : le plus important dans un film, outre un blase flattant les tympans, c’est son affiche. L’amour au premier regard, voilà ce sur quoi table le bon Roger depuis un demi-siècle, bien conscients qu’une fois dans la salle le gros des spectateurs n’osera jamais crier au divorce et venir pleurer à la caisse pour un remboursement. On ne sera donc pas étonnés de découvrir que le sublime artwork de Forbidden World (1982) et sa grosse mite ailée fondant sur une demoiselle en détresse (elles le sont toutes, dans le dur monde des B-Movies) faussent volontiers la réalité d’un low budget dont la bestiole tient plus du mélange entre l’Alien selon Ridley Scott, un têtard et une flaque de goudron. On nous avait déjà fait le coup avec La Galaxie de la Terreur, dont le poster promettait monts et merveilles finalement introuvables dans le produit fini. Soyons néanmoins honnêtes : on nous avait certes menti sur la marchandise, mais celle-ci n’en était pas moins particulièrement goûteuse, et son bon souvenir donne plutôt envie de laisser sa chance au Mutant d’Alan Hozman (Retaliator avec Robert Ginty). Pas la plus mauvaise des idées puisque cette planète interdite est plutôt accueillante, malgré ses faux airs de déchetterie de l’écurie Corman. C’est que ça sent la récup’ dans le coin, avec ré-utilisation de certains couloirs de Galaxy of Terror, le placement de quelques plans piqués à des productions passées, des costumes déjà utilisés ailleurs et une histoire s’assumant comme une version spatiale de L’Attaque des Crabes Géants. On reconnaîtra là l’influence de Jim Wynorski, grand amoureux devant l’éternel des petites pelloches de SF sorties dans les années 50 et ici à l’origine du récit, même s’il ne le scénarise pas et laisse sa place à Tim Curnen (Ghost Warrior).

 

 

Bref, Forbidden World est bien une production de chez New World Pictures et sent le recyclage à plein nez. Une habitude chez Roger Corman, et personne ne s’émouvra en découvrant que l’échange de rayons lasers sous la constellation du cygne est entièrement tiré de Battle Beyond the Stars. Ni que cette première séquence est un attrape-gogo pensé pour attirer les quelques naïfs pensant encore qu’ils vont croiser la Princesse Leïa ou une cousine à elle dans cette nébuleuse low cost, le côté Guerre des Etoiles s’arrêtant là. Après, c’est direction Alien toutes, avec l’arrivée sur une planète aride d’une sorte de mercenaire ou flic de l’espace (Jesse Silent Running Vint), venu régler les problèmes d’un groupe de scientifiques maladroits. C’est que les coquins se sont emmêlés les tubes à essai et ont créé une sale bestiole cherchant à se nourrir de leurs tissus. Panique à bord ? Par intermittence alors, car si nos laborantins se gueulent dessus et montrent quelques signes de nervosité, ils vont aussi manger leurs tartines au calme, s’en vont baiser comme si aucun danger n’était à signaler et ces demoiselles vont même se payer un peu de bon temps au sauna. C’est qu’il serait dommage de louper une occasion de dénuder le casting féminin, constitué de Dawn Dunlap (Night Shift) et June Chadwick (la série V, This is Spinal Tap)… Et on n’oublie certainement pas que si le féru de petits budgets ajoutera un jour la VHS de Forbidden World à sa collection, c’est dans l’espoir que celui-ci aille plus loin qu’un certain Huitième Passager dans le registre de l’exploitation putassière, que l’ensemble soit plus mal élevé que le film de Ridley Scott.

 

 

Hozman ne se loupe pas en la matière : Mutant nous montre ce que ces dames cachent sous leurs combinaisons spatiales dès qu’il le peut, donne l’occasion à son space marshal – le plus souvent accompagné d’un robot bien utile pour jouer les pilotes – d’utiliser ses canons à neutrons, fait apparaître sa vilaine gloumoute assez régulièrement (même s’il la cadre en gros plan, histoire qu’on ne remarque pas trop à quel point elle ressemble à une version mongoloïde du Xénomorphe) et saute même les pieds joints dans le seau aux entrailles. Car question gore putride, Forbidden World n’a guère de leçons à recevoir tant il n’hésite jamais à scruter les corps en décomposition, réduits à des tas de liquides visqueux, à des flaques de bidoche humaine servant tout juste de potage à une monstruosité venue renverser la chaîne alimentaire. Et même lorsqu’il remplit le cahier des charges et balance à la gueule d’un pauvre type l’indispensable facehugger, ici un vieux morceau de rumsteak, Hozman en profite pour montrer un crâne pété comme une simple coquille d’oeuf. C’est pas fin pour un sou, et tous ceux qui crient leur tristesse infinie de voir le grand prix de Gerardmer offert cette année à Puppet Master : The Littlest Reich essuieront sans doute quelques larmes supplémentaires devant cette boucherie bête et méchante. Nous, ça nous va parfaitement.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation: Allan Holzman
  • Scénarisation: Tim Curnen
  • Production: Roger Corman, Mary Ann Fisher
  • Pays: USA
  • Acteurs: Jesse Vint, Dawn Dunlap, June Chadwick, Linden Chiles
  • Année: 1982

6 comments to Forbidden World (Mutant)

  • freudstein  says:

    J’adore ce film!!! loué plusieurs fois en vidéoclub avec « LA GALAXIE DE LA TERREUR ».
    j’apprécie particulièrement la période NEW WORLD du début des années 80,ce mélange de sf,
    d’érotisme avec une bonne rasade de gore!(miam!)
    le film parait fauché,mais compense le manque de moyen avec les ingrédients cités plus haut.
    Bref,le prototype parfait du bon petit z comme je l’aime!

  • Burzum  says:

    A titre perso j ai préféré INSEMINOID…bien plus engagé et violent. Culte

  • freudstein  says:

    Ouais,INSEMINOID,j’aime bien aussi,peut-être le meilleur Norman J.Warren.
    Après,FORBIDDEN WORLD à un aspect plus comic book alors que INSEMINOID se rapproche plus
    d’un fumetti à l’italienne avec son aspect craspec et sexe,mais bon ça reste aussi très sympa à se mater!

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