Leatherface

Category: Films Comments: 4 comments

C’est toujours lorsque l’on pense que la tronçonneuse du père Leatherface n’a plus une goutte de sans plomb dans le bide qu’elle se remet à vrombir. Peut-être pas comme au premier jour, l’engin toussotant depuis quelques années déjà, mais toujours avec la même volonté de se tailler un steak dans la cuisse des hippies égarés. Malheureusement, dans le cas du Leatherface (2017) de la paire Bustillo/Maury, ces doux instincts carnassiers ne suffisent pas toujours…

 

C’est toujours la même rengaine dans les recoins les plus insalubres du Texas : lorsqu’un nouveau Massacre à la Tronçonneuse est mis en chantier, les fans crient au loup et à la trahison par avance. Pour quelquefois user du rétropédalage en cas d’erreur, comme avec les sympathiques volets de Marcus Nispel et Jonathan Liebesman, mais souvent pour crucifier pour de bon les essais considérés comme loupés quand même. Et comme le mal-aimé car trop aventureux Texas Chainsaw 3D (2013) avant lui, le Leatherface sorti des fourneaux il n’y a pas si longtemps reçut son lot de crottes de nez de la part des plus dévoués à la cause TCM. Des mokos, Alexandre Bustillo et Julien Maury en ont de toute façon récolté d’autres, habitués qu’ils sont à faire face à une presse spécialisée pressée de régler ses comptes (L’Ecran Fantastique et son zéro pointé flanqué à leur Aux Yeux des Vivants) et aux horror addicts français, qui n’ont étrangement jamais vraiment été tendres avec le duo malgré son capital sympathie évident. Autant dire que la méfiance était donc de mise auprès d’une bonne partie de la population dite bis lorsque fut annoncé que ces gars-là prenaient en main la préquelle au célèbre Texas Chainsaw Massacre de Mister Hooper. L’amoureux de la gueule de cuir en a pourtant vu d’autres, le poto Leathy s’étant depuis bien longtemps perdu en suite cartoonesque, reboots officieux, remake officiel, épisode 0 de remake et suite directe du premier opus. Un joyeux bordel qui aurait dû habituer les troupes au changement. Rien n’y fera : Leatherface, dès ses premiers posters et trailer se fit gangbanger sur la toile, et on ne parle même pas des premières réactions lorsque les fichiers MP4 ou MKV tournèrent sur les sites tenus par de joyeux cinéphiles/mafieux russes. Là, c’était la fin du monde dans la ferme des Sawyer, et les réalisateurs français avaient visiblement commis le blasphème du siècle, coupables qu’ils sont de s’être attaqué de la pire des manière au mythe Texas Chainsaw Massacre. Comme par chez nous on n’a pas forcément le culte TCM, on a tenu à vérifier par nous-mêmes si les Maurillo ont bel et bien chié dans la boîte à outils.

 

 

Reste qu’il faut bien l’admettre : se lancer dans une préquelle des péripéties bourrines de Leatherface a tout du projet casse-gueule, le personnage étant de toute évidence de ces monstres profitant du sacro-saint « moins on en sait sur eux, plus inquiétants ils sont ». Alors revenir sur ses premiers pas et tenter d’expliquer les origines du mal ne semble au final guère pertinent, et même le Massacre à la Tronçonneuse : Au Commencement de 2006 ne s’y était frotté que de loin, la fameuse origin story étant expédiée en deux temps trois mouvements pour mieux en revenir à la structure classique de la série. Soit à du charcutage de jeunes vacanciers en plein road trip qui n’ont rien trouvé de mieux à faire que de se paumer au milieu de nulle-part. Qu’on aime l’idée ou pas, Leatherface a au moins le mérite de prendre de la distance avec cette structure usée jusqu’à la corde, et c’est justement l’audace du scénario de Seth Sherwood (Hell Fest) qui permit de séduire les deux frenchies et les faire entrer dans la danse. D’ailleurs, comme s’ils étaient pressés de se débarrasser des passages obligés de la saga, ils débutent ce huitième opus sur la fameuse scène du repas, le petit Jed, quelques années plus tard nommé Leatherface, fêtant son anniversaire avec sa famille de consanguins. Mais alors qu’il s’apprête à profiter de son gâteau à la crème chantilly, sa daronne Vera (Lili Taylor, Conjuring, Hantise) lui met en main sa future meilleure amie : une tronçonneuse. Le but ? Que Jed devienne enfin un vrai homme en découpant un voleur de bétail, pris en flagrant délit et fait prisonnier dans la ferme des Sawyer. Trop jeune et impressionné par le sang, le petit abandonne alors qu’il tranchait la jambe du malheureux, poussant son grand-père à finir le boulot d’un bon coup de marteau. En quelques secondes, Leatherface a déjà compilé tous les éléments indissociables de TCM, et tissé ses premiers liens avec le film culte du regretté Tobe. Ce qui est fait n’est plus à faire, et les auteurs peuvent passer à une suite nettement moins convenue. Jed, poussé par ses frères, attire une jeune fille dans un traquenard. Tuée sur le champ, l’adolescente était la fille du shérif Hartman (Stephen Dorf, La Nuit du Jugement), policier le plus virulent de la région et ennemi juré des Sawyer. Ne pouvant prouver qu’ils sont à l’origine de la perte de sa gamine, il envoie Jed dans un hôpital psychiatre pour jeunes gosses turbulents, seule manière qu’il a de se venger de Vera, qu’il tient à priver de l’un ses fils.

 

 

Dur dur pour la mère indigne de récupérer son petit, d’ailleurs : histoire de protéger les marmots de leurs familles à problèmes, les gérants de l’institut ont changé les noms de tous leurs patients. Jed serait-il devenu Bud, énorme gaillard taiseux, capable de briser un crâne à la seule force des mains ? Serait-ce Jackson, jeune premier en apparence calme et bienfaisant mais probablement plus dangereux qu’il n’y paraît ? A moins que ce soit Ike, vil garnement cherchant des noises à tout le monde ? A l’infirmière fraîchement arrivée Lizzy de le découvrir, la pauvre étant prise en otage par les trois loustics et la blonde meurtrière Clarice, la bande s’évadant de l’asile pour enchaîner les carnages à l’air libre. Alors qu’il semblait prendre le chemin d’un Vol au-dessus d’un Nid de Coucous, idée séduisante s’il en est, Leatherface bifurque d’un coup d’un seul vers le road movie, fait d’étapes sanguinaires et de mauvaises rencontres. Original à l’échelle d’un TCM, mais pas nécessairement une fois repris dans le contexte de l’horreur moderne : si les influences revendiquées du tandem sont Terrence Malick et le Sofia Copppola de Virgin Suicides, on pense surtout au Rob Zombie de la deuxième moitié des années 2000. Tant par la présentation d’une figure maléfique lors de son enfance chahutée et le passage par la case hosto psychiatrique, comme dans Halloween (2007), que par la suite des évènements, voisine de The Devil’s Rejects (2005). A un Captain Spaulding près, tout est là, de la tarée aux boucles d’or en passant par les massacres gratuits, le tout sous un soleil de plomb et en usant d’un langage volontiers ordurier, avec du fuck au kilo. Pourquoi pas, après tout ? Et l’idée de masquer l’identité de Leatherface, si elle est chevaleresque, pourrait aboutir à un suspense intéressant. Malheureusement, il n’en sera rien : non seulement on devine dès sa première apparition quel adolescent finira par tronçonner du jeune con dans les années 70, mais en plus celui-ci n’est jamais crédible dans le rôle. La faute à un passage trop brusque d’une mentalité à une autre, le retour à la mythologie Chainsawienne semblant forcé. On sait que Maury et Bustillo n’ont jamais été contre les changements de tons brutaux, et qu’ils aiment faire la navette entre la poésie glauque mais douce et la véhémence la plus sèche, et cela marchait d’ailleurs particulièrement bien dans leurs films made in France. Mais la pilule est cette fois plus difficile à avaler, et plus qu’une œuvre ambitieuse tentant différentes palettes de couleurs, on a surtout la sensation d’assister à un bras de fer entre deux auteurs désireux de transporter Massacre à la Tronçonneuse dans de nouvelles contrées, et des producteurs à l’inverse décidés à ne pas rajouter une ligne à la recette de leur ratatouille.

 

 

Le très bon Blu-Ray sorti chez Metropolitan ne trompe d’ailleurs pas quant aux divergences de point de vue rencontrées entre réalisateurs et pontes de chez Millenium : alors que les Français avaient rendu un premier montage avoisinant les deux heures, les producteurs ont ramené la durée du film à 87 minutes. De malheureuses coupes visant à booster le tempo du métrage, dès lors sacrément rythmé, mais aussi trop creux. On n’aurait par exemple pas craché sur une exposition plus longue dans l’institut psychiatrique, les différents tarés nous étant présentés en deux ou trois lignes de dialogues. Largement insuffisant pour donner du corps aux protagonistes, et encore moins pour impliquer durablement le spectateur dans les vilainies à venir. Et Leatherface de se changer en un amas de séquences marquantes et déstabilisantes (Clarice veut forcer une autre fille à manger une souris, la même s’adonne à la nécrophilie) mais forcément déforcées par la faiblesse des personnages. Ca gicle, certes, et les papas de Livide ne comptent pas leurs efforts pour aligner les séquences gorasses, avec effets à l’ancienne s’il-vous-plaît, quitte à parfois tomber dans le grotesque (trois protagonistes, dont un obèse, se planquent dans la carcasse d’une vache, ça ne fait pas un peu beaucoup de monde?). Mais ça frappe un peu dans le vide, et ne peut de toute évidence tutoyer la puissance de l’original sur le plan de l’efficacité. Au vu des scènes coupées trouvables sur la galette – dont une fin alternative perturbante dans sa beauté morbide – on peut dire sans se tromper que le résultat aurait été tout autre si Bustillo et Maury avaient pu sortir leur director’s cut… Ne soyons pas excessivement négatifs cependant : grâce à sa belle facture technique et sa capacité à aller constamment de l’avant, Leatherface survit au manque d’implication que ne manquera pas de ressentir le spectateur. Et plus qu’une infâme daube venue s’essuyer les pieds sur le paillasson du père Tobe pour mieux le saloper, c’est à une tentative honorable et méritante, malheureusement pas arrivée à terme, que nous avons à faire.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation: Alexandre Bustillo, Julien Maury
  • Scénarisation: Seth Sherwood
  • Production: Christa Campbell, Lati Grobman, Carl Mazzocone et Les Weldon
  • Pays: USA
  • Acteurs: Vanessa Grasse, Sam Strike, Stephen Dorff, Lili Taylor
  • Année: 2017

4 comments to Leatherface

  • Roggy  says:

    Suite à de mauvaises ondes, je m’attendais à du très mauvais. Au final, le film est loin de l’être avec quelques bonnes séquences même malgré un scénario charcuté (notamment le début disparu qui aurait dû se concentrer sur l’enfance du héros). Si les producteurs les avaient laissé faire, ça aurait été sans doute beaucoup mieux. Dommage mais pas déshonorant on est d’accord.

  • Nazku Nazku  says:

    Tu es plus gentil que moi. Je me souviens vaguement de l’avoir vu l’été passé, un peu par hasard, et je me souviens surtout que je me disais qu’il était peu intéressant et plutôt mauvais.

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>