La Louve Sanguinaire

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Malgré notre satanée époque des réseaux sociaux où tout va vite, trop vite, chassant les plaisirs d’hier à grands coups de publications inutiles d’aujourd’hui, le souvenir de Neo Publishing reste particulièrement vivace chez les amateurs de cinéma bis, catalogue de qualité oblige. Mais si on se souvient toujours de leurs festins cannibales, de leurs carnages fulciens ou de leur sadisme à la mode giallo, on oublie vite qu’ils profitèrent de La Louve Sanguinaire et de sa pleine lune pour s’adonner à de sanglants ébats…

 

 

Pas la peine de sortir les pinces à tétons et le fer chauffé à blanc pour que le réalisateur Rino Di Silvestro (le Women In Prison Condamnées à l’enfer) avoue tout : oui, La Louve Sanguinaire, qu’il a shooté en 1976, ne fut pas un projet facile à mener à bien. La faute en bonne partie à son aspect schizophrénique, Di Silvestro désirant à la fois faire une œuvre psychologiquement forte, pour ne pas dire profonde, et une pure bande d’exploitation capable de grossir un peu les comptes en banque. D’où un La Lupa Mannara vendu comme un film de loup-garou, ou plutôt de louve-garou, mais tenant plutôt du psychokiller movie puisqu’il y sera surtout question du quotidien meurtrier de la folle à lier Daniela (la Française Annick Borel, Blood Orgy of the She-Devils). Agressée sexuellement alors qu’elle n’était encore qu’une enfant, la blonde incendiaire (elle a un joli corps, Annick…) se met effectivement à mordre mortellement toute personne sexuellement trop active, tout en tentant d’échapper à la police pour ne pas retourner dans l’hôpital psychiatrique dans lequel elle était enfermée. Point de doute, La Louve Sanguinaire a plus de points communs avec ces productions suivant le sombre quotidien de tueurs en série, à la Maniac ou Cannibal Man, qu’avec le fantastique velu façon La Nuit du Loup-Garou ou The Wolfman, la supposée appartenance de Daniela à la race des lycanthropes n’étant qu’un argument commercial. Certes, le grand public s’est détourné depuis quelques années déjà des légendes de l’épouvante, mais le spectateur foulant du pied la moquette tâchée de foutre des cinémas de quartier ne s’est pas encore lassé des vampirettes et des goules d’antan, pour peu qu’elles soient accompagnées d’une large dose d’érotisme. Voir les filmographies de Jess Franco et Paul Naschy pour s’en convaincre, celle-ci se transformant volontiers en de monstrueuses orgies où les canines en plastoc viennent mordiller le téton pointu…

 

 

Néanmoins, il ne s’agit pas pour autant de tromper le client sur la marchandise, et si La Lupa Mannara promet une renarde affamée sur ses affiches, mieux vaut qu’il y en ait une dans le produit fini aussi. Di Silvestro imagine pour ce faire une intrigue parallèle épaississant encore un peu plus les troubles mentaux de son héroïne, désormais très troublée par sa ressemblance frappante avec une ancêtre jadis brûlée vive par l’inquisition, parce qu’elle aurait un peu trop de poils aux pattes, si vous voyez où l’on veut en venir… L’occasion pour l’auteur d’y aller de son petit tribut à un cinéma Hammerien ou Universalien dans l’âme, avec ses envoyés de Dieu et ses villageois sortant les fourches pour traquer la louloute, une folle furieuse changée en bête après avoir dansé nue au milieu d’un cercle de feu. Du gothique donc, mais de l’Europe des seventies, peut-être plus espagnol qu’italien dans l’esprit, c’est-à-dire plus pâle que celui des Anglais ou de Mario Bava et consorts, sans cette théâtralité typique du genre tel qu’il était alors connu et en définitive moins poli, mais avec paradoxalement un côté assurément plus vivant de par son aspect improvisé. Car il ne fait nul doute que la préparation de La Louve Sanguinaire n’était pas tout à fait la même que celle de ses ancêtres, et qu’il n’y avait pas d’équivalent au légendaire Jack Pierce sur le plateau. Voir pour s’en assurer la démone en question, qui si elle s’en sort à peu près niveau faciès (malgré son gros museau tout noir) se trouve garnie d’un duvet mal dispersé et d’une paire de boobs à s’en péter une côte de rire. Il valait en effet mieux la cantonner au rôle de simple rêverie tourmentant la Daniela de 1976, qui en plus de son incapacité à avoir une vie sexuelle normale depuis qu’une brute lui tomba dessus dès le plus jeune âge, commence donc à se demander si elle ne serait pas la réincarnation d’une wolf woman des temps passés. Et c’est tout naturellement qu’elle finira par sombrer dans la folie pure en surprenant sa sœur (Dagmar Lassander de Apocalypse dans l’Océan Rouge et Une Hache pour la Lune de Miel) en plein coït avec son fiancé, que Daniela finira par attirer dans la forêt pour le séduire… et lui arracher la jugulaire avec les dents. Une camisole de force et au lit ? Guère suffisant pour maintenir une furie qui ne manquera pas de s’échapper, et croisera sur sa route vieux pervers, ados batifolant dans le foin, une barje venant lui faire des bisous sur les cuisses et une troupe de violeurs.

 

 

Toute bisserie sanglante soit-elle, et elle fait du bon boulot en la matière en montrant des ciseaux s’enfoncer dans une nuque ou une tête fracassée à la hache, cette petite bobine pleine de fourrure sous les aisselles concentre surtout ses efforts sur la psychologie de sa meurtrière. Parfois avec une volonté de surlignage un peu trop présente d’ailleurs, puisque Di Silvestro, sans trop que l’on sache si c’est pour clarifier la situation et faire une piqûre de rappel à une audience peut-être inattentive ou si c’est là une occasion de jouer la montre, ne manque jamais une occasion de faire causer docteur du ciboulot et flic pressé de réétudier le dossier. Aussi bavard qu’inutile pour le spectateur ne s’autorisant aucune pause-pipi, et une verbalisation jamais nécessaire puisque la belle Annick Borel redouble d’efforts pour donner corps à sa démence. Sacrée performance que la sienne, aussi crédible lorsqu’il s’agit d’être une malade fiévreuse, au regard halluciné et prête à sauter à la gorge du premier venu, que lorsqu’elle mute en une sauvage tentatrice (quel mâle pour lui résister ?) ou en fragile et naïve fille à papa. Ne nous y trompons pas : si Di Silvestro fait du bon taf’ derrière la caméra en proposant ça et là quelques plans mémorables (malgré quelques fautes de goût, tels ces zooms peu nécessaires), c’est bien à Borel de porter le film tout entier sur ses frêles épaules, tant toute émotion passe par son jeu affolé. Elle semble d’ailleurs le seul personnage réellement doté de sentiments dans le tourbillon La Louve se déchaîne (premier titre français lors de son exploitation par chez nous), car si ce n’est un père inquiet, le reste des troupes ne semble se définir que par le vice, que l’on parle de celui d’un vieux beau ramenant Daniela chez lui pour la violer ou de cette cinglée adepte des léchouilles intimes. Mal à l’aise avec ses besoins charnels, auxquels elle ne parvient à donner corps que dans la violence la plus animale, Daniela est malheureusement pour elle entourée de personnages très sexués, tels des miroirs la ramenant constamment à son incapacité en la matière. Et donc un déclic lui permettant de passer de la faible blondinette à la carnassière affamée.

 

 

Ultime tour d’un destin cruel (et attention, ça va spoiler un peu), c’est alors qu’elle rencontre enfin l’amour en dernière bobine, auprès d’un cascadeur respectueux et se voyant bien finir ses vieux jours à ses côtés, que Daniela reçoit la visite d’un trio de violeurs, qui en font leur proie d’un soir et tuent son homme d’un coup de couteau dans le bide. Jadis un danger pour un peuple tantôt innocent (les gosses couchant dans la grange, la doctoresse qu’elle attaque dans sa voiture) tantôt néfaste (le vieil obsédé), Daniela mute en une guerrière de rape and revenge, une Punisher au féminin guère hésitante lorsqu’il s’agit de broyer ses ennemis ou leur foutre le feu. (fin des spoiler) Di Silvestro, s’il ne parvient pas toujours à éviter les pièges d’un cinéma bis à petit budget, s’en tire néanmoins avec les honneurs et insuffle à La Louve Sanguinaire ce qui peut faire défaut à certains de ses camarades de chambrée : une âme. Celle d’une Annick Borel n’étant jamais parvenue à se hisser au rang de Scream Queen made in Europa pour cause de filmographie trop succincte (dix films au compteur, ça fait peu…) mais prouvant ici qu’elle n’avait rien à envier à certaines actrices plus cotées et pourtant pas plus envoûtantes.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation: Rino Di Silvestro
  • Scénarisation: Rino Di Silvestro
  • Production: Diego Alchimede, Mickey Zide
  • Titre Original : La Lupa Mannara
  • Pays: Italie
  • Acteurs: Annick Borel, Howard Ross, Dagmar Lassander, Tino Carraro
  • Année: 1976

2 comments to La Louve Sanguinaire

  • Roggy  says:

    J’ai une petite tendresse pour ce film de « loups-garous » au féminin et Annick Borel n’y est certainement pas pour rien…

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