Suffer Little Childern

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Le cinoche fantastico-horrifique déborde tellement de sales garnements qu’il faudrait probablement une armée de Super Nanny ou de Pascal le grand frère pour ramener toutes ces petites têtes blondes dans le droit chemin. Pas sûr que les stars du petit écran parviendraient à corriger la vilaine Elizabeth en lui faisant faire la vaisselle ou en la forçant à enchaîner les pompes dans le jardin, cependant : possédée par le Diable lui-même, il lui suffirait d’un regard pour les priver d’antenne. Vous l’aurez compris, Suffer Little Children contient du problem child au kilo.

 

 

Et si toute la beauté de la production shot on video ultra Z du début des années 80 ne se trouvait pas dans les films en eux-mêmes mais dans les incroyables destins des personnalités qui sont derrière ceux-ci ? Dans ces Monsieur et Madame Tout-Le-Monde un beau jour attaqués par la fièvre de la réalisation, prêts à plaquer le confort du métro-boulot-dodo et placer quelques économies dans une Série Z shootée au caméscope entre la table à manger et la planche à repasser. Prenez le cas de l’Anglais Meg Shanks : professeur dans une école de théâtre, il se met en tête de fonder sa petite société et de gagner un peu d’argent facile en tournant son petit horror movie dans son coin. Après tout, nous sommes en 1983, le marché de la VHS explose et le public n’est pas trop regardant, voire même capable de se contenter de petites choses tournées en vitesse dans un jardin en Espagne avec trois figurants et deux gouttes de ketchup pour tout effet. Tant qu’il y a du zombie et que pleuvent les coups de hachoir… Logique dès lors que Mister Shanks crée sa petite structure, Meg Shanks Productions – parce qu’on ne trouve pas midi à quatorze heures – et débloque quelques 7000 livres pour son Suffer Little Children (1984)… qui sera la seule et unique production de toute sa carrière. La faute au scandale entourant la sortie en VHS du bidule ? Peut-être, car en débarquant en pleine folie des Video Nasties et alors que Scotland Yard était plus occupé à traquer la cassette pleine de vils cannibales et de serial killer misogynes, il paraissait évident que ce homemade movie allait mal se faire voir des chasseurs de sorcières au service de Sa Majesté. Il faut dire qu’en engageant ses (très) jeunes étudiants, pour certains à peine âgés de dix ans, pour les envoyer mutiler des adultes avec des couteaux de cuisine, le tout dans une bâtisse particulièrement vétuste et squat habituel de junkies, Meg Shanks tendait le bâton pour se faire démolir la gueule avec. Et puis, en tapant dans la pelloche volontiers diabolique, et donc par essence un peu blasphématoire (malgré une apparition divine en fin de dernière bobine, on y reviendra), Suffer Little Children pouvait mal d’être distribué lors des liturgies les plus matinales. Mais soyons honnêtes : cette tentative isolée de Shanks et son réalisateur Alan Briggs est aussi l’un des pires machins que pouvait alors avaler un magnétoscope.

 

 

Le malheur débute dès l’arrivée d’Elizabeth dans l’orphelinat le plus minable du monde, uniquement décoré de posters de tigres et dont chaque planche de bois semble être un chausse-trappe menant vers une mort certaine. Gamine de sept ou huit ans, Elizabeth arrive donc avec un mot en main, celui-ci, que l’on suppose écrit par ses parents, expliquant que la petiote ne sait pas parler et qu’il serait bien brave de la part de l’institut de s’occuper d’elle quelques jours. Plutôt bizarre, mais les gérants de l’institution ont un coeur gros comme ça et acceptent de prendre la gosse sous leur aile, même s’ils se posent très vite des questions à son sujet. C’est que depuis son arrivée, les accidents s’enchaînent : une blondinette se fait fermer la porte au nez et s’en trouve blessée, un marmot tombe dans les escaliers, des bagarres éclatent sans raison et l’une des fillettes pète même un câble et attaque le maître des lieux avec un couteau. Il se dit même qu’un gamin se serait noyé à la piscine, mais vu que Shanks et Briggs ont pas de pataugeoire sous la main et certainement pas la permission d’aller tourner quoique ce soit dans un complexe sportif, on se contentera de l’apprendre de la bouche de l’un des surveillants de la marmaille. Bref, ça ne va pas fort au milieu de toutes affiches de félins à rayures, et Elizabeth a de toute évidence un démon dans le bocal, pour ne pas dire Satan planqué sous la jupe. Sorcière de première catégorie, elle parvient même à manipuler les cauchemars de deux camarades, dès lors attaquées par des zombies… avec lesquelles elles feront un pique-nique dans un jardinet qui n’a plus vu une paire de cisailles depuis 1924. Depuis devenues les esclaves d’Elizabeth, les deux gamines seront les premières fidèles de l’église satanique que la nouvelle venue crée peu à peu dans le grenier…

 

 

Suffer Little Children, un film de barjots ? Pas qu’un peu, puisque plus on avance dans l’histoire plus celle-ci prend un malin plaisir à se tordre, devenant de plus en plus psychédélique. Voir ces zooms incessants sur la visage d’une Elizabeth sardonique, tandis qu’un « technicien » (importants, les guillemets) allume et coupe la lumière toutes les demi-secondes. Oui, c’est de ce niveau. Et c’est bien entendu en pleine adéquation avec la tenue visuelle de l’ensemble, tourné via une caméra sans doute très fatiguée, avec quelques sauts à l’image, une absence totale de photographie et d’éclairage, et l’habituelle prise de son en direct qui vous empêchera de comprendre une phrase sur deux. Gênant dans le cadre d’une pelloche dont la première heure est tout de même largement consacrée aux questionnements d’adultes, qui froncent les sourcils en se demandant s’il faut priver Elizabeth de mousse au chocolat ou appeler un curé pour qu’il lui fasse tourner la tête façon toupie. Ou aux visite d’une prétendue rockstar, coiffée d’un beau mulet et portant la veste en cuir, brave gars soi-disant revenu d’une tournée au Japon et qui fait hurler de jouissance toutes les cocottes de ce dortoir cradingue. Elles n’auront pas néanmoins pas les honneurs de ses baisers sucrés, qu’il réserve à l’une des éducatrices des lieux. D’ailleurs, pour une super star apte à faire passer Madonna pour une banale gueuleuse avinée cantonnée aux couloirs du métro, il ne manque pas de temps libre puisqu’il vient passer tous ses aprems à organiser des teufs ringardes pour les mioches. Qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour une monitrice à forte poitrine, dont le passe-temps est d’aller s’asseoir dans une cour, arracher les feuilles des arbres, les jeter au sol et ricaner toute seule ? La femme parfaite, à n’en point douter. Et une sacrée preuve que Shanks ne sait pas comment meubler son bazar, dont les trois-quarts se résument à des discussions sans fins et rendues incompréhensibles par le fait que le mixage de la bande-son, bien sûr à chier, est largement au-dessus de celui des voix des comédiens, de leur côté moins mauvais que prévu.

 

 

Du coup, faut-il éviter cette mise à l’épreuve pour la rétine et les tympans, et tourner le dos au DVD de Suffer Little Children édité par ces fous furieux de chez Intervision, sous-label déglingo des déjà très audacieux Severin ? Car le Z sans le sous, d’accord, mais s’il ne s’y passe rien de plus que des réunions entre surveillants dans des bureaux vides… Heureusement, le dernier quart d’heure rattrape le coup, et plutôt deux fois qu’une. Déjà, Elizabeth ouvre enfin la bouche, nous faisant profiter de son joli timbre de bison enrhumé qui se serait coincé un Doritos dans la gorge, et parce qu’en répétant inlassablement « Suffer little children » (c’était donc ça!) avec son ton de gargouille elle fait gagner à l’ensemble quelques points question evil attitude. Ne crachons d’ailleurs pas dans le potage : tout nul soit-il, Suffer Little Children dispose d’une petite aura nauséabonde, avec ses enfants vénérant le grand cornu et décidant d’aller décimer des adultes qui étaient, pourtant, tout ce qu’ils avaient. Bien noir sur le papier, moins convaincant à l’écran il est vrai, mais on peut comprendre que le bidule fit les gros titres de quelques journaux outrés à l’époque. Les bigots facilement impressionnables seront néanmoins ravis de découvrir que c’est leur cher ami Jésus Christ himself que l’on verra remettre de l’ordre dans cette sinistre diablerie. Alors qu’Elizabeth, devenue adulte d’un coup d’un seul (pourquoi ? Aucune idée et très franchement, à ce stade tout le monde s’en fout), fait crucifier le chanteur, qui aurait mieux fait de rester sur la scène du Budokan, le barbu magique arrive et se met à les pointer du doigt, elle et ses amis. Pas besoin de plus pour calmer tout le monde et les faire hurler de douleur, Jésus, en plus de pouvoir marcher sur la flotte et transformer la Vittel en Maison Castel, étant à priori capable de shooter des rayons invisibles avec ses ongles. La classe, et une sacrée manière de conclure une bande déjà bien corsée jusque-là, que l’on décrira comme The Exorcist sous LSD et avec la tronche d’un vieil épisode de Strip-Tease. Pas tout à fait la came de tout le monde, et le bisseux cramponné à ses Mario Bava et passé à la caisse avec Zombie sous le bras pour la quinzième fois risque fort de ne pas y retrouver ses petits. Mais les drogués de l’horreur la plus misérable et en quête d’expériences nouvelles sauront offrir leurs veines à cette curiosité d’un autre monde. Nous, on est déjà accros.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation: Alan Briggs
  • Scénarisation: Meg Shanks
  • Production: Alan Briggs, Nick Meier
  • Pays: Grande-Bretagne
  • Acteurs: Ginny Rose, Nicola Diana, Colin Chamberlain, Jon Hollanz
  • Année: 1983

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