The Scarecrow Slayer

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Sans avoir cassé la baraque, The Scarecrow (2002) vendit assez de palettes de DVD pour que ces doux brigands de chez The Asylum donnent le feu vert pour une séquelle, The Scarecrow Slayer (2003). Avec une fois encore plein de teenagers zigouillés à la faucille, des prises de karaté et un second degré de tous les instants ? Oui, mais aussi un un soupçon de romance tristounette faisant de cette suite qui sent bon le vieux foin un slasher pas loin d’être dépressif.

 

 

Actif est probablement l’adjectif le plus adapté à David Michael Latt, producteur de près de 240 Séries B (des Sharknado, du Supercroc, du 2-Headed Skark Attack et ses suites, du Transmorphers et on en passe niveau mockbusters mongoloïdes), scénariste à ses heures et même monteur de Stuart Gordon au détour de King of the Ants. Plus discret comme réalisateur, le bonhomme ne s’est fendu en vingt années que de huit petits titres. Plutôt étonnant pour un artisan du low budget, ces gars-là étant du genre à pondre 36 films en une année, et 14 versions fauchées des succès de l’été en un claquement de doigts. Latt aurait-il été refroidi par l’accueil, il est vrai glacial, reçu par son The Scarecrow Slayer, dont la moyenne sur IMDB reste coincée à un terrible 1/10 ? Certes, ça ne veut pas dire grand-chose, mais on peut comprendre que le gaillard ait préféré s’en tenir à la production et enchaîner les sous-King Kong ou rajouter de nouvelles rangées de dents acérées à ses requins à six ou huit têtes : ça lui rapporte quelques billets verts sans avoir à se baisser et, au moins, ce n’est pas lui que l’internet tout-puissant viendra pointer du doigt lorsqu’il s’agira de se trouver un coupable pour justifier le ratage d’un gros Z mal fagoté. Est-ce à dire que ce Scarecrow Slayer est aussi minable que ce que l’on veut bien en dire ? Non, même si, en bon DTV sans le sou des familles, il enchaîne les bévues et se paie même le luxe de refiler l’un de ses pires rôles à un Tony Todd à qui le septième art n’a pourtant plus vraiment souri une fois sorti de Candyman. On ne sait d’ailleurs pas trop si le célèbre boogeyman, tombé dans le direct-to-video crétin bien avant tous ses camarades faut-il le rappeler, joue mal un alcoolique ou s’il avait quelques verres dans le pif quand il a tourné ses scènes, le pauvre parvenant ici à se faire voler la vedette par une banale final girl, Nicole Kingston, apparue dans seulement sept films avant de retrouver un anonymat bien mérité. Ca la fout mal pour notre légende du fantastique 90’s, tout de même…

 

 

Leurs chemins se croisent en tout cas dans une ferme entourée par un champ de maïs, où le vieux Tony donne une interview en sirotant son whisky. Pour info, le film n’a commencé que depuis cinq petite minutes et nous sommes déjà forcés de mettre le son à fond, Mister Todd marmonnant dans sa tasse de booze et murmurant plus qu’il ne parle réellement, racontant sans enthousiasme qu’il fut jadis témoin du meurtre de son père, empalé sur une fourche par un épouvantail maléfique. Le même que celui du premier film ? Nope, le tas de paille vengeur imaginé par le Français Emmanuel Itier ne sera pas de la partie, Scarecrow Slayer préférant remettre les compteurs à zéro et se présente comme un reboot plutôt que comme une suite véritable, ne reprenant de son aîné que le principe des épouvantails aspirant les âmes des malheureux décédant à leurs pieds. Pendant que Tony, à priori une figure locale connue pour ne plus avoir tous les boulons correctement vissés, raconte tout ce qu’il sait sur ces tas de tissus meurtriers, une bande de jeunes (dont la Nicole Kingston) débarque dans son champ pour la classique épreuve de l’initiation. Forcés par de jeunes militaires à aller filmer un épouvantail dans le champ de maïs, deux geeks et leurs petites copines posent donc le pied sur la propriété de Tony Todd. C’est à cet instant que vous perdrez probablement un tympan pour avoir foutu le volume trop haut avant cela, l’une des donzelles, une blonde riant à des blagues si pourries que même Gad Elmaleh n’irait pas les plagier pour ses spectacles, hurlant si fort que votre TV risque fort faire un salto arrière. Fort heureusement, le temps de Tony Todd est compté, le vieux fermier tirant sur l’un des jeunes, immédiatement réincarné en épouvantail et parti pour commettre le massacre attendu. Le Candyman étant sa première victime, nous pouvons donc remettre le son à un niveau normal… et nous rendre compte que Scarecrow Slayer ne mérite pas sa réputation de vilain bouton au bout tout blanc ayant un jour poussé sur les joues grasses des vidéoclubs.

 

 

Bien que plutôt à la rue techniquement – prise de son dégueulasse, photographie moche, effets spéciaux minables (ouch la chute d’une fenêtre que fait l’héroïne!) et incrustations dans des fonds verts loin d’être au point – et comme souvent avec le Z plein d’acteurs jouant à peine mieux que votre petit neveu quand il vous refait le dernier épisode de Games of Throne dans votre salon, Scarecrow Slayer profite tout de même d’une qualité inattendue pour le genre : la sensibilité. Tout faiseur maladroit qu’il est, David Michael Latt, sans pour autant se couper totalement de la dimension divertissante et volontairement stupide inhérente aux slasher sans fric, parvient en effet à insuffler un peu d’âme dans son affaire. Sans aller jusqu’à dire que l’on sent poindre une larmichette, on prend tout de même note de la peine éprouvée par les personnages, le meilleur ami et la girlfriend du défunt changé en épouvantail sanguinaire ne sachant tous les deux comment gérer le drame. Et ils n’osent bien évidemment pas détruire franchement leur nouvel ennemi – et donc ancien ami -, qui en retour tue à peu près tout le monde mais ne va jamais s’amuser à leur labourer la tronche à la serpe. Peut-être pas de la grande caractérisation, et aux yeux de certains l’ensemble prendra des airs de drama de bas-étage, mais force est de constater une séduisante ambiance de deuil emmitoufle ce direct-to-video, étranglé entre ses velléités artistiques (ça expérimente un brin au niveau visuel lorsque les persos se font aspirer leurs âmes par les amis des corbeaux) et son besoin de coller au côté fun du premier film. Latt s’assure donc que ça charcle un minimum (torses fendus, corps coupés en deux, pendaisons, caboches écrasées…) et que l’humour soit de la partie (notamment au travers de ces marines du dimanche, plus balèzes pour se la péter sévère que pour agir efficacement), tout en insufflant une légère dose de tragédie à l’ensemble. Au point que son épouvantail, s’il continue de faire du kung-fu quand il en a l’occasion, devient une créature plus pathétique que jadis, abandonnant sa faculté à balancer des vannes (logique, l’âme à l’intérieure n’est pas celle du premier volet) pour devenir un amoureux déçu de voir son love interest fricoter ailleurs. En somme, tout foireux soit-il sur bien des plans, Scarecrow Slayer est plus intéressant qu’il en a l’air, et peut même délivrer quelques bonnes idées, tel cette baston entre épouvantails. Ne comptez donc pas sur nous pour mettre le feu à ce ballot : nous ne sommes toujours pas fâchés avec la franchise et c’est de bon coeur qu’on lui mettra la moyenne.

Rigs Mordo

 

 

 

  • Réalisation: David Michael Latt
  • Scénarisation: David Michael Latt, Joel Newman
  • Production: Emmanuel Itier, Tanya York, Scott Pfeiffer
  • Pays: USA
  • Acteurs: Nicole Kingston, Tony Todd, David Castro, Scott Carson
  • Année: 2003

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