Eyes of the Werewolf

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Quelques années avant de se fendre du fabuleux Werewolf in a Women Prison (2006), Jeff Leroy tâtait déjà de l’homme-loup au détour de Eyes of the Werewolf (1999), une production qu’il réalise pour le compte du zédard ultime qu’est David Sterling. Enfin, qu’il réalise ou pas d’ailleurs, puisqu’est surtout crédité au même poste un certain Tim Sullivan. Le début des problèmes ?

 

 

 

S’il est moins populaire dans les milieux miséreux d’Hollywood que le vampire, créature moins cheros à balancer sur les écrans puisque comptant pour tout effet une paire de quenottes en plastique, c’est assez fréquemment le loup-garou se taille tout de même un chemin jusqu’aux Z les plus amateurs. Le poil fait vendre, en vérité je vous le dis, et David Sterling, entre deux Camp Blood, décida qu’il était temps d’aller voir dans la niche de Lon Chaney Jr. s’il y reste un os à ronger. De là à dire que Eyes of the Werewolf est un classique film de grand méchant loup, tendance The Wolfman avec ses bois brumeux, son pauvre mecton touché par une malédiction, Paul Naschy style, et de vieilles bâtisses dans le plus pur style gothique façon Hammer, il n’y a qu’un pas… Ne rêvons pas donc, puisque David Sterling oblige, le budget doit avoisiner celui de vos courses du samedi matin, ne permettant pas à l’ensemble de taper dans le werewolf movie à l’ancienne, avec reconstitution et tout et tout. Du coup, le réalisateur/scénariste/acteur et probablement cantinier Tim Sullivan (Vampyres Femmes en tant que réal’, Demonicus comme scénariste, les deux premiers Camp Blood comme comédien) va bien évidemment jouer la carte du contemporain, quand bien même ses influences majeures sont déjà fort ridées. A savoir Les Mains d’Orlac et Les Chasses du Comte Zaroff, pas tout à fait des pelloches datant de la semaine dernière…

 

 

C’est d’ailleurs dans le jardin du fameux comte accrocs aux most dangerous games que tout débute, puisque quelques chasseurs poursuivent ce qu’ils pensent être un homme, qu’ils fusillent et décapitent dans la foulée. Ils l’ignorent car ils retrouvent un cadavre tout ce qu’il y a de plus typique, mais ils viennent en vérité de plomber un véritable loup-garou, dont les restes serviront à approvisionner une clinique privée en organes. Dommage que le bonhomme soit redevenu normal, ça aurait pu servir pour des greffes de poils dans le dos… Pour l’heure, c’est ses beaux yeux qui serviront à redonner la vue au chimiste Rich Stevens, dont les mirettes ont fondu suite à un mauvais mélange de produits toxiques dans son labo. Plongé dans le coma depuis des plombes, le scientifique se réveille donc avec des bandages et apprend qu’il verra au travers l’oeil d’un autre. Pas suffisant pour remonter le moral de ce pauvre homme, persuadé qu’il est un mauvais laborantin et que finalement, c’est un peu de sa faute s’il en est là et que c’était un peu con de mélanger du Coca Light et des Mentos. Heureusement pour Rich, il a la belle infirmière aux seins siliconés Sondra (Stephanie Beaton) pour lui remonter le moral. Et le moins qu’on puisse dire c’est qu’elle met du coeur à l’ouvrage puisque, quelques minutes à peine après leur rencontre, elle lui avoue déjà ses sentiments, auxquels Rich répond positivement. « Tu n’as pas idée de ce que tu représentes pour moi », dit-il à celle qu’il ne connaissait pas encore quelques instants auparavant. Il n’en faut en tout cas pas plus pour que notre nurse de charme tombe le haut et s’envoie en l’air avec son patient, malheureusement incapable de profiter visuellement du spectacle, bandages obligent…

 

 

D’une délicatesse douteuse, c’est une fois ces galipettes terminées que Rich apprend à Sondra qu’il est en fait marié, à la grande surprise de la rousse puisqu’elle n’a jamais vu l’épouse de son amant venir lui rendre visite lors de ses longues semaines de coma. Faut dire que le couple bat sérieusement de l’aile, et lorsque Rich retrouve son domicile en même temps que la vue, sa brune l’accueille on ne peut plus froidement. Et après s’être foutue de sa tronche, elle s’en va rejoindre une copine, selon ses termes. Bizarre bizarre… Sentant le coup fourré, Rich la suit discrètement et se retrouve chez son meilleur ami, sur le cou duquel se trouve une grosse marque de rouge à lèvres. Celui de la femme du convalescent évidemment, et celle-ci apparaît bien vite, à nouveau pour se moquer de son pauvre homme, lequel reçoit en bonus une rouste de la part de son ancien buddy, saligaud de première lui ordonnant de ne « surtout pas saigner sur la moquette ». Bref, y a des jours où on ferait mieux de rester dans son lit d’hôpital, même si celui-ci, en bonne production Sterling Entertainment, n’est jamais qu’une banale maison dont on a poussés tous les meubles hors du cadre. A la guerre comme à la guerre, et il en est ainsi de la production Z quasi-amateure…

 

 

Fort légitimement peiné par les trahisons auxquelles il doit désormais faire face, Rich laisse, on l’avait vu venir, sortir la bête qui sommeille en lui et se transforme en homme-loup. Quelques coups de griffes et de crocs plus tard, le voilà vengé, mais il est surtout pris en chasse par une agente du FBI. Heureusement pour lui que celle-ci, homosexuelle, est plus intéressée à l’idée de draguer Sondra que d’enquêter. Et heureusement bis que notre wolf guy s’est réveillé non loin de la bicoque isolée d’Androse, nain difforme (il a une de ces paires de palluches…) a priori versé dans l’occultisme si l’on en croit sa déco, faite de bougies, de cône pointu avec des étoiles gravées dessus et d’un crâne accroché au mur. Même s’il ne sert pas à grand-chose, Androse est en tous cas un soutien bienvenu pour un Rich de plus en plus déprimé. Heureusement que les potos sont là pour le soutenir, comme Siodmak (tu le vois, le clin d’oeil au film de la Universal ? ), voisin de notre héros branché théories du complot et petits hommes verts. Du coup, après enquête, tout ce beau monde découvre que c’est la greffe qui est à l’origine des transformations de Rich, dès lors décidé à faire payer leurs forfaits aux chasseurs des bois et au vil médecin.

 

 

Naviguant constamment entre le softcore et le vigilante lycanthrope, Eyes of the Werewolf a pour mérite premier de plutôt bien utiliser son script, voire même d’y aller de quelques bonnes idées que l’on n’aurait pas nécessairement imaginé dénicher dans pareille prod. Pas mal par exemple ce réveil de Rich, qui découvre des morceaux de chair humaine coincés entre ses dents sans comprendre d’où ils proviennent. Et plutôt touchante, cette conclusion voyant le wolfman en chef s’arracher lui-même les yeux dans un sursaut de lucidité, histoire de mettre fin à son bestial calvaire et ne pas blesser sa chère Sondra. Il serait mentir que de prétendre que l’on en attendait autant de l’affaire, surtout une fois que l’on s’est rendu compte que moins qu’un film de Jeff Leroy, les yeux du loup-garou sont surtout un essai de Tim Sullivan. Ce qui se sent à chaque instant, tant la générosité n’est pas la même que chez le bon Jeff, et le rythme nettement moins enlevé. Leroy se serait-il contenté des séquences avec le monstre, laissant à Sullivan le soin de faire avancer l’histoire et combler les trous ? On peut le penser. De là à dire que les séquences montrant l’animal en action sont de grandes réussites… Avec ses effets rudimentaires – lorsque le loup-garou mord sa proie, on devine que deux bras sont enfoncés dans une simple tête de gloumoute – et le visage mi-dépressif mi-en-biais du monstre, les scènes horrifiques, si elles ne manquent pas d’effets gore, prêtent évidemment plus à la gaudriole qu’au grand frisson. Mais tout cela n’est pas grand-chose face à la folie d’un script partant dans tous les sens, où le trafic d’organes sert de base à un drame entre conjoints et au sexe débridé avec une aide-soignante peu farouche. Difficile de ne pas s’amuser quoi, et carrément impossible de ne pas laisser s’échapper quelques sourires en découvrant le fossé séparant le sérieux absolu du film et son résultat à l’écran.

 

 

Car il paraît clair que Sullivan (qui s’octroie le rôle du vil docteur à la tête de la clinique maléfique) tente d’y aller de son petit drame horrifique, de faire de Rich une figure que pourrait plaindre le plus malheureux des hommes. Pas facile devant un truc visuellement super moche, ni face à ce défilé de mauvais acteurs, la palme allant tout de même au nain Androse (acteur porno à ses heures d’après nos recherches, et ce n’est pas de la blague), qui n’essaie même pas de faire semblant de savoir jouer la comédie. Et on ne parle même pas de la transformation de Rich en canis lupus, qui ferait passer celles de Paul Naschy pour des sommets d’ingéniosité. A voir néanmoins pour s’en payer une bonne tranche, même si dans le genre il est plutôt conseillé d’aller se constituer prisonnier dans Werewolf in a Women Prison, meilleur à tous les niveaux.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation: Tim Sullivan, Jeff Leroy
  • Scénarisation: Tim Sullivan
  • Production: David Sterling
  • Pays: USA
  • Acteurs: Mark Sawyer, Stephanie Beaton, Kurt Levi, Jason Clark
  • Année: 1999

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