Capitaine Kronos, Tueur de Vampires

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Souvent considérées comme un simple bonus visant à prolonger une expérience sixties jugée comme largement supérieure, les années 70 selon la Hammer sont pourtant loin de démériter. Mieux : si la période ne fut pas la meilleure du studio sur le plan pécuniaire, elle vit les Anglais expérimenter, mixer les saveurs et saupoudrer leur cinéma gothique d’aromates psychédéliques (le sous-estimé et pas moins bon que ses grands frères Dracula 73), d’un petit regain de cruauté bienvenu (Le Cirque des Vampires), de bastons orientales (La Légende des Sept Vampires d’Or) ou même de pincées du film de cape et d’épées. Ce sera le cas sur Capitaine Kronos (shooté en 72 pour sortir deux ans plus tard), sur lequel la firme prouvait qu’elle pouvait encore montrer les crocs et pondre l’une de ses meilleures productions.

 

 

 

Qui a dit que sans Terence Fisher, Peter Cushing et Christopher Lee, la Hammer n’était plus que l’ombre d’elle-même et que ses essais sortis sans au moins l’un des membres de son trio gagnant ne valaient pas tripette ? Certainement pas le bouffeur de contes bien goth aux entournures un jour monté dans la charrette du Capitaine Kronos (l’Allemand Horst Janson), vaillant chasseur de vampires traversant l’Angleterre avec son assistant bossu Grost (John Cater, L’Abominable Dr. Phibes et sa suite) et la bohémienne qu’il a sauvé de la mort Carla (Caroline Munro, qu’on ne présente plus). C’est qu’elle est plus que belle, cette histoire voyant le preux chevalier venir en aide à un vieil ami, le Dr. Marcus (John Carson, Une Messe pour Dracula), rendu nerveux par les malheurs s’abattant sur sa bourgade, les jolies jeunes filles de la région étant retrouvées mortes et vieillies, comme si leur jeunesse avait été aspirée. Sans nul doute un coup de cet étrange personnage tout de noir vêtu, attendant dans les bois que les cocottes passent à proximité pour les hypnotiser et les mordre à la bouche. Selon Kronos et Grost ces méfaits viendraient bien sûr vampires, néanmoins pas tout à fait comme les autres. Point de marques dans le cou cette fois, et les démons semblent frapper de jour, ne perpétuant pas la tradition telle qu’elle fut élaborée par Mister Tepes. On l’a dit, la Hammer des seventies se voulait plus aventureuse et tournait le dos à sa mentalité des quinze dernières années, qui la voyaient suivre à la lettre le petit manuel des Universal Monsters et donc s’en tenir aux mythes fondateurs tels qu’ils avaient été inventés. Avec Capitain Kronos, les mythes sont tordus, adaptés et manipulés dans tous les sens, preuve qu’il n’y a pas que les goules nocturnes qui étaient alors en quête de sang neuf, le studio les employant traquant lui aussi la sève de jouvence.

 

 

C’est d’un Brian Clemens pourtant loin d’être un jeune premier – il a 40 ans au moment des faits – qu’elle viendra, ce scénariste de formation (on lui doit une palanquée d’épisodes de séries, comme Chapeau Melon et Bottes de Cuir, mais aussi le déjà audacieux Dr. Jekyll & Sister Hyde) se chargeant du script tout en faisant ses premiers et, malheureusement, derniers pas (si l’on excepte un épisode de Shooting Gallery vingt ans plus tard) en tant que réalisateur. Malheureusement car Clemens fait des merveilles au poste et se montre particulièrement imaginatif dans sa mise en scène, parcourue de quelques instants de grâce. Difficile par exemple de ne pas laisser s’échapper un frisson lors de la séquence montrant Caroline Munro endormie sur un divan, la caméra descendant à ras du sol pour laisser apparaître, sous le canapé, des pieds s’approchant de la James Bond Girl lentement. Et force est de reconnaître que l’ensemble sonne moins théâtral, pour ne pas dire vieillot, que la plupart des autres productions hammeriennes, Captain Kronos étant plus vivace, plus varié dans son découpage et plus inventif dans sa captation d’images. Les exemples ne manquent d’ailleurs pas pour souligner le talent de Clemens : voir ainsi la pendaison en intérieur dévoilée en ombres chinoises qu’aperçoit Carla de l’extérieur, le combat final au glaive au milieu de protagonistes figés, les épées projetées en l’air et se plantant dans le sol à quelques centimètres de l’objectif, ou enfin les jeux de l’amour entre Kronos et Carla, seulement visibles via quelques furtives lueurs. Au risque de paraître excessifs, par chez nous on n’est pas loin de penser que la Hammer tenait peut-être là le meilleur cinéaste un jour passé entre ses griffes, et qu’il est permis d’user son stock de mouchoirs en papier pour éponger nos larmes face à la disparition de Clemens des plateaux. On y a certainement perdu beaucoup… Captain Kronos n’en est dès lors que plus précieux encore.

 

 

Et ce malgré quelques petites carences détectables à droite ou à gauche pour qui sait plisser les yeux au bon moment. On peut par exemple reprocher à Horst Janson un léger manque de charisme, le comédien n’étant cependant guère aidé par le fait qu’il fut entièrement doublé, histoire d’effacer son accent allemand. Et il est évident que les scènes où l’on s’échange des coups de lame ont désormais pris un méchant coup de vieux, malgré une inspiration trouvée à la fois dans le western (les brigands venus chercher des noises à Kronos dans la taverne) et dans le chambara (les gros plans sur le katana utilisé par le héros et la vitesse avec laquelle il s’en sert). Rien de grave, et pas de quoi faire trébucher notre vampire hunter, figure principale d’un film dont on se souviendra surtout de sa menace tapie dans l’ombre, le vampire de service étant probablement l’un des plus inquiétants du fantastique de l’époque, pourtant assez généreux en chauve-souris aimantées par les nuques de jolies vierges. Un monstre si réussi et intrigant qu’il en efface le fameux Kronos, auquel il manque un soupçon de personnalité pour en faire un véritable James Bond du gothique, passant d’un bourg à un autre avec une nouvelle hammer girl sous le bras et en tranchant la gorge de nouvelles créatures de la nuit. C’était d’ailleurs là le plan initial de la firme : faire du capitaine une figure récurrente du septième art made in England. Une belle idée vite abandonnée suite aux résultats médiocres du film au box-office et, surtout, aux problèmes financiers alors rencontrés par le manoir aux monstres. Dans le genre râlant…

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation: Brian Clemens
  • Scénarisation: Brian Clemens
  • Production: Albert Fennell, Brian Clemens
  • Titre Original : Captain Kronos – Vampire Hunter
  • Pays: Grande-Bretagne
  • Acteurs: Horst Janson, John Cater, Caroline Munro, John Carson
  • Année: 1972

 

2 comments to Capitaine Kronos, Tueur de Vampires

  • Roggy  says:

    J’aime bien également ce petit film pas si connu qui aurait mérité une suite et un personnage récurrent, peut-être plus charismatique c’est vrai.

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