Demonoid – Les Doigts du Diable

Category: Films Comments: 2 comments

Avoir la main baladeuse, c’est mal. A plus forte raison lorsque l’on prête ses doigts à Lucifer, dès lors parti répandre la mort et la désolation sur son chemin, quand il n’en profite pas pour se faire un peu de flouze à Las Vegas. Welcome to Demonoid (1980), Série B venue du Mexique dont on ne sait trop si on doit accepter la poignée de main.

 

 

Le plus mauvais des étudiants en scénarisation pourrait vous le dire. Le plus important lorsque l’on rédige le script d’un film est de s’assurer qu’il débute sur les chapeaux de roue, pour hameçonner le spectateur dès le départ et le forcer à garder son cul bien assis dans la salle, et de torcher une conclusion satisfaisante qui ne lui donnera pas envie de hurler au remboursement. En résumé, la première impression est aussi importante que la dernière, et s’agit de ne pas se louper dans un cas comme dans l’autre. Une leçon parfaitement retenue par Alfredo Zacarías – réalisateur du The Bees avec John Saxon – puisque son Demonoid commence aussi bien qu’il se termine. Départ en fanfare donc, avec le triste sort de cette jolie blonde portant la capuche sataniste jaune poussin (ça fait pas evil mais c’est joli), poursuivie par quelques collègues plus branchés 666 que Jésus Christ dans une caverne éclairée à la torche. Mais alors que ces Messieurs devraient logiquement avoir le dessus sur leur proie, celle-ci parvient à les maîtriser en n’utilisant que sa main gauche, capable d’étrangler l’un de ses agresseurs à la seule force de ses cinq doigts. Les membres du culte parviennent malgré tout à la capturer – et lui arrache ses vêtements dans le même temps, sinon c’est pas drôle – et l’attachent à la paroi rocheuse de leur grotte avant de lui couper la paluche d’un bon coup de machette bien placé. Surprise : la papatte continue de se mouvoir, rampant au sol comme une version trashouille de la Chose de la Famille Addams. Les adorateurs du Démon la récupère et l’enferment dans une sorte de boîte en métal, juste devant une statue de Satan à laquelle il manque justement la main gauche. Pas la peine de vous faire un dessin, ni de vous expliquer en quoi cette mise-en-bouche rivalise d’excellence, tous les éléments que le bisseux est en droit de quémander se retrouvant ici compilés en quelques secondes à peine. Mais vous savez comment ça se passe : celui qui sprinte comme un dératé finit aussi par cracher ses poumons après dix mètres et passe le reste de la course à trottiner mollement. Est-ce le cas de ces Doigts du Diable, dont l’emprise ne serait pas aussi forte qu’espérée ? Oui et non.

 

 

Oui car de toute évidence Demonoid ne parvient jamais à retrouver la puissance de ses premiers instants, que la gratuité et le côté putassier rendent définitivement irrésistibles. Et face à un pareil lancement, la suite des évènements ne peuvent que sembler falots. Mais non car cette baisse de régime ne fait pas du film de Zacarías une bande ennuyeuse que l’on regarde d’un œil en faisant autre-chose. Fin connaisseur du cinéma populaire et de tous ses sous-genres pour avoir déjà réalisé une bonne vingtaine de productions à l’époque, le copain Alfredo prend le parti de taper un peu dans tous les genres et de mixer des épices aux arômes différents dans sa tambouille. Ainsi, après avoir fait la connaissance avec la secte vénérant Lucifer, on glisse doucement mais sûrement vers la pelloche d’archéologues trop curieux, découvrant quelques momies dans des sous-terrains et sautant les pieds joints dans une terriiiiiibleeeee malédiction dont les avaient pourtant mis en garde les locaux, par définition superstitieux. On connaît la suite : l’Indiana Jones de service et sa femme Jennifer (Samantha Eggar de Chromosome 3) vont ouvrir la boîte à tartine du Malin, et c’est l’esprit du chercheur que le Mal possédera d’abord, sans qu’il soit bien clair si Satan prend le contrôle entier du personnage ou s’il se contente de vicier son âme et en faire ressortir ce qu’il y a de pire. Dans tous les cas, l’époux de Jennifer devient une fieffé salaud et n’hésite pas à faire sauter la mine dans laquelle il travaillait avec tous ses employés à l’intérieur. Tout ça pour ensuite partit à Vegas lancer des dés et récolter un gros pactole, vu qu’il a désormais une chance de tous les Diables…

 

 

A partir de là, Demonoid rebondira comme une boule de flipper contre plusieurs sous-genres, passant rapidement sur un terrain de boxe, nous la jouant film d’action groovy avec une course-poursuite en voitures avant d’en arriver au film d’épouvante plus classique misant tout sur la tension. Une variété de tons plutôt en adéquation avec le script : une fois leur cervelet squatté par Belzébuth, les différents protagonistes laissent éclater leurs désirs les plus enfouis, que ce soit de devenir millionnaire en alignant des cerises sur le bandit manchot ou de muer en un boxeur d’exception parti foutre des roustes infernales sur le ring. Et il est logique que ces volontés et souhaits cachés soient différents d’une personnalité à l’autre. Dommage qu’un peu trop pressé par le temps (son film ne dure que 80 minutes), Zacarías précipite le sort de certains, déjà morts alors qu’ils viennent tout juste de subir l’influence du vilain cornu. Mais le propos n’est de toute façon jamais à l’étude psychologique, même si l’auteur prétend avoir eu l’idée des Doigts du Diable après avoir discuté avec un ami de la schizophrénie. Et si Demonoid a un but clairement affiché, c’est celui d’aller à cent à l’heure et empiler les thématiques qui faisaient mouche à ce moment-là. On retrouvera donc l’inévitable bras de fer entre le bon curé (Stuart Whitman de Night of the Lepus) et le roi des Enfers, L’Exorciste restant une valeur commerciale des plus sûres, quelques gros plans plus ou moins gore (plusieurs versions du film existent et se montrent virulentes à des degrés divers), une atmosphère mystique pas déplaisante et une certaine inventivité lorsqu’il s’agit de couper la main du Diable. Car lorsqu’il se lasse de la carcasse dans laquelle il est logé, Satan décide le plus simplement du monde de lui faire perdre un membre, laissant un train lui passer sur le poignet, la claquant contre une portière ou ayant recours à la chirurgie. De la suite dans les idées, en somme. Surtout lorsqu’il s’agit de conclure l’affaire sur un dernier plan cruel et plutôt osé. On n’en dira pas plus, nous contentant de lever le pouce à un Zacarías qui ne fait décidément pas les choses à moitié.

 

 

S’il ne parvient pas à faire honneur à son très coloré poster et à ses premiers instants,peut-être trop prometteurs pour être vrais, et qu’il ne peut donc prétendre au statut de classique, Demonoid n’en est pas moins une entrée méritante dans la catégorie dépeuplée des mimines maléfiques. C’est pas aussi fun que La Main qui Tue, qui viendra se limer les ongles sur les ossements d’ados enfumés vingt ans plus tard, mais ça devrait satisfaire le bisseux moyen, sans doute séduit par le caractère de cette petite production made in Mexico, où un rythme à l’américaine et une sensibilité plus européenne marchent… la main dans la main.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation: Alfredo Zacarías
  • Scénarisation: Alfredo Zacarías, David Lee Fein, F. Amos Powell
  • Production: Alfredo Zacarías
  • Titre Original : Demonoid
  • Pays: Mexique
  • Acteurs: Samantha Eggar, Stuart Whitman, Roy Jenson, Lew Saunders
  • Année: 1980

2 comments to Demonoid – Les Doigts du Diable

  • Pascal G.  says:

    Vu suite à ta chro et je ne l’ai pas regretté : très bonne surprise malgré quelques longueurs et un Stuart Whitman en mode sieste/je paie mes impôts.

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>