Night of Fear

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Don’t go in the woods… alone ! qu’on leur avait dit, mais les blondes n’écoutent rien ! Les blondes ? Briony Behets d’abord (l’héroïne de Long Weekend), qui s’en fout carrément et chevauche tranquillou dans la campagne australienne, aux alentours de Sidney. Tant pis pour elle : un maniaque en salopette rôde dans les parages et elle comprendra trop tard son erreur… Oui, Night of Fear démarre sans ambages, mais pour un film de 54 minutes c’est encore préférable. Il faut dire qu’à l’origine, cet objet étrange fut conçu pour être l’épisode pilote d’une série TV d’horreur intitulée Fright, déclinable en douze chapitres… D’où le titre au générique : Fright – Night of Fear. Las, le projet effraya tant que les feuillets passèrent vite fait au concasseur. Shooté en quelques jours seulement, Night of Fear bénéficia néanmoins d’une sortie cinéma aux antipodes, en 1972. Mais passée sous les fourches caudines de Dame Censure, la chose fut interdite un temps en Australie.

 

 

C’est dire tout de même la sulfureuse réputation que traîne encore le film aujourd’hui, et la joie de le voir sortir chez nous ces temps-ci : merci Bach Films, dont la good news tombée sur nos prompteurs m’aura furieusement donné envie de remboîter Night of Fear. Voilà bien un incunable de la Ozploitation, film séminal à plusieurs titres sans même que Terry Bourke – réalisateur et scénariste – ne sut à l’époque qu’il allait envoyer tel bois dans les chaumières… Œuvrette du cru – tournée notamment dans le parc national Ku-ring-gai Chase, à quelques encablures de Sidney -, Night of Fear posait clairement les bases d’un genre qui allait faire florès dans la décennie, et même dans les suivantes : le survival dans la verte dira-ton, forestier, champêtre ou balnéaire de cadre, sous le soleil ou sous la pluie, qu’importe… Toujours avec son dingo dans le paysage cependant, et ses propres codes esthétiques et narratifs. Oui, rien que ça, avant même Massacre à la Tronçonneuse

 

 

Night of Fear est ainsi au fondement de personnages archétypaux, qui deviendront bientôt des stéréotypes : le taré tout crasseux vivant dans sa hutte forestière et attendant qu’une femelle de la ville vienne égayer ses journées… Carla Hoogeveen en l’espèce, qui n’est pas sans rappeler Marilyn Burns dans l’expression de la terreur, ou quand elle tourne de l’œil dans l’antre de la bête. On connaît bien la chanson désormais, mais Night of Fear dessine dès 72 cette dialectique essentielle au genre – Nature vs Culture – via cette partie introductive montée alternativement : le cinglé qui vivote avec ses rats pendant qu’un petit couple très urbain joue au tennis, ou ces amants qui batifolent dans la pelouse au moment où le tueur nourrit ses rongeurs à la viande rouge… L’anomie gouverne le survival, et dans un monde sans dessus dessous, l’homme est animalisé et l’animal humanisé (les rats du bonhomme ont leur propre petite maison). Plus de repères, plus d’ordonnance rassurante dans l’échelle des êtres, non moins que dans l’éthique des choses : photos érotiques accrochées au mur de la cabane, rites nécrophiles étranges (pléonasme euphémistique !), dernière gâterie (sanglante) que s’offre le maboule… Bref, le film ressemble à un digest du genre alors même qu’il l’invente… avec quelques autres. Même le motif du repas impie est vaguement évoqué dans Night of Fear… Troublant quand même. Bien sûr, l’épilogue transforme notre barjot en tueur psychopathe plus conforme à la vision classique du serial killer duplice, mais en 1972, nous n’en sommes pas encore à cette iconisation du « redneck » détraqué, fier de lui-même et ne cachant rien de son mode de vie. Ca viendra vite.

 

 

Et point n’est besoin que tout ce petit monde ne parle, ni que les personnages aient un nom : hurlements, soupirs et râles d’infortune suffiront bien, car c’est l’image qui raconte dans Night of Fear, pas les tunnels dialogués ni même les répliques à deux mots. D’aucuns pourraient en prendre de la graine d’ailleurs, qui aiment à s’épancher en loooooongues phrases… pour ne pas dire grand-chose. L’image qui raconte, certes, mais quoi ? La séquence liminaire annonce la couleur (le kidnapping d’une jolie cavalière) et le générique d’entame fait dans la compulsion d’images chocs, succession de plans flash-forward qui subliment la barbarie du cinglé : pas de suspense dans Night of Fear, l’intérêt n’est pas là. « L’histoire », enfin, évoque les déboires de cette autre donzelle que lutine son homme dans la verte, avant la catastrophe : obligée de cheminer dans la forêt, la femme est attaquée par le maniaque. Course poursuite dans les bois, nuit qui tombe, découverte du huis maudit puis dernier soupir… Point.

 

 

La substance du décor est déjà établie également, cahute dégueulasse planquée derrière les arbres et fétichisme morbide à tous les étages (une pierre tombale sur le seuil, une tête équine pourrissante, des rats empaillés sous vitrine…), qui contraste avec ces objets d’angélité dans la demeure. Bref, le mec ne tourne pas rond, et le décor devient alors paysage mental, bordel intégral que ne renierait pas la famille Hewitt ou le Mick Taylor de Wolf Creek, bric-à-brac chaotique comme métaphore spatiale de tous les désordres psychologiques. Au diapason du fond, la forme prend d’ailleurs les airs de l’expérimentation : cadrages tordus et alambiqués, gros plans disgracieux et étouffants, inserts aussi brutaux que bancals, effets sonores hypnotiques qui donnent au film la dimension d’un exercice de style radical et sincère. En réalité, « Night of Fear » est l’un des plus beaux antonymes du cinéma grindhouse 2.0 : du pur et du costaud, qui sent pour de vrai les racines, les souches et la viande ! Indispensable.

David Didelot

 

 

  • Réalisation: Terry Bourke
  • Scénarisation: Terry Bourke
  • Production: Rod Hay
  • Pays: Australie
  • Acteurs: Norman Yemm, Carla Hoogeveen, Mike Dorsey, Briony Behets
  • Année: 1972

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