Mortal Kombat : Destruction Finale

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On vous l’a dit : voir les trombines de Scorpion, Sub-Zero, Baraka et compagnie revenir sur le devant de la scène à l’occasion de la sortie de Mortal Kombat 11 sur les dernières consoles nous a donné envie de faire quelques saltos avec les deux adaptations des nineties. Et si le premier opus tient toujours largement la route, il en sera bien évidemment autrement du second, déjà ringard dès le jour de sa sortie. Choose your destiny !

 

 

Ils devaient avoir le sourire chez New Line à l’été 1995 : leur coup de poker visant à placer Mortal Kombat dans les mains d’un quasi débutant en la personne de Paul W. Anderson fit d’eux les rois du box-office cette année-là. Alors que les précédentes adaptations de jeux-vidéos comme Super Mario ou Double Dragon s’étaient méchamment vautrées, la version cinoche du hit des bornes d’arcade resta première au boxo trois semaines durant. Un miracle ? Plutôt un alignement bénéfique des planètes : avec sa bande-son culte (dont les CD se vendaient par palettes entières), le succès grandissant du jeu-vidéo, un public pas encore totalement lassé des arts-martiaux sur grand écran et une certaine générosité au niveau des effets visuels (parfois ratés, mais nous étions moins difficiles en 95 qu’en 2015…), il était pour ainsi dire évident que Mortal Kombat allait rafler la mise. Et il était certain que New Line remettrait le couvert, proposant a toute l’équipe du premier de rempiler sur Mortal Kombat : Destruction Finale. Peu répondront finalement à l’invitation : Christophe Lambert préférera tenter sa chance sur un Beowulf ironiquement très influencé par le premier MK, Linden Ashby déclinera après avoir lu le scénario, Bridgette Wilson s’en ira sur le néo-slasher Souviens toi… l’été dernier, tandis que Paul Anderson, alors désireux de ne pas faire deux projets trop similaires à la suite, concentrera ses efforts sur ce qui deviendra son meilleur film : Event Horizon. Un choix judicieux de la part de tout ce beau monde, Annihilation étant de ces tentatives merdées à un point tel que même Robin Shou, de retour dans le rôle de Liu Kang, avouera ne pas aimer cette suite. Et quand on est incapable d’apprécier une production dans laquelle on a pu embrasser la belle Talisa Soto, c’est qu’il y a un sacré problème…

 

 

A première vue, John R. Leonetti (plus tard à la tête du nullos Annabelle) suit pourtant les traces de Paul Anderson : les décors sont taillés dans le même bois que ceux du premier, est maintenue cette volonté de respecter le look d’origine des protagonistes des jeux et même la bande-son ne fait pas d’écarts, gardant ce mélange entre tonalités techno et metal industriel, Scooter y côtoyant Rammstein, KMFDM et Pitchshifter. Diantre, la volonté de ne pas s’éloigner de l’original est telle que Destruction Finale (ou Annihilation en vo) débute là où se finissait son aîné ! Alors que Liu Kang, Raiden et leurs amis sont parvenus à vaincre Shang Tsung lors de la finale du Mortal Kombat scellant l’avenir de l’humanité, de fait victorieuse, le cruel Empereur de l’Outre-Monde Shao-Khan (Brian Cobra Thompson) fait son apparition et promet de mettre à genoux Raiden (James Remar remplace Totophe, et on y gagne pas au change…) et les siens. En passant, ce retournement de situation rend le premier film proprement inutile puisque, défaite au tournoi ou pas, Shao-Khan avait décidé d’envahir notre monde… Et il ne le dira pas avec des fleurs : à peine arrivé, le chauve musclé portant un masque de squelette abat Johnny Cage et fout une branlée à Raiden. Et après ? Ben pour être honnête on ne sait pas trop, et c’est bien là que Mortal Kombat : Annhilation dérape : avant de lancer la production du bouzin, ces têtes de linottes de producteurs ont oublié de s’assurer qu’ils aient un script à shooter. Vous nous direz que Mortal Kombat premier du nom ne brillait pas nécessairement par sa dramaturgie et n’était, l’un dans l’autre, qu’un carnaval de pirouettes entre pros de la bastonnade. C’est on ne peut plus vrai. Mais l’ensemble profitait tout de même d’un certain fond, d’une évolution chez les personnages, Liu Kang, Sonia Blade et Johnny Cage apprenant respectivement à être plus en paix avec eux-mêmes, avec les autres et à se montrer plus humbles. Et sans aller jusqu’à parler de caractérisation intense, car il ne faut pas non plus pousser, nos trois héros, malgré des dialogues à ras du sol, étaient plutôt sympathiques et avaient des raisons plutôt valables de partir au front. En tout cas autre-chose que « Ya un gros vilain qui veut tout péter alors on va lui coller la fessée de sa vie ». Annihilation sonne tout simplement creux, et son script se résume à un gigantesque jeu de piste, les personnages étant envoyés à droite ou à gauche sans plus d’explications que cela. « Va voir Nightwolf » ordonne Raiden à Liu Kang, sans que la rencontre avec l’Indien ne serve vraiment le récit, si ce n’est permettre plus tard à Liu de se transformer en dragon numérique si moche qu’il en ferait pisser de rire un bloc de terre de Minecraft. « Ca tourne mal, il va nous falloir l’aide de Jax, va le chercher » propose encore Raiden à Sonya, alors qu’il n’a jamais rencontré Jax dans le premier volet. « Il vous faut suivre ce chemin », conseille Sub-Zero à Liu et la belle princesse Kitana, avant de disparaître sans crier gare, son rôle de panneau de signalisation terminé. Et tout est à l’avenant, les uns et les autres tournant en rond dans le désert durant dix plombes, tombant sur un nouveau badguy à rosser tous les dix mètres, en attendant d’en arriver à la bagarre générale contre Shao-Khan, sans que les choses aient véritablement changé chez eux pour qu’ils puissent désormais prétendre pouvoir vaincre le tyran. Ah si, Raiden s’est coupé les tifs !

 

 

Mortal Kombat 2 navigue à l’aveugle du début à la fin et a toutes les peines du monde à justifier ne serait-ce qu’un quart de seconde l’ahurissante hystérie dont il fait preuve, l’ensemble n’étant qu’une queue sans fin d’affrontements dont la gratuité laisse pantois. Voir pour s’en convaincre les retrouvailles entre Scorpion et Sub-Zero, seulement présents durant trois minutes pour pouvoir dire que deux des figures incontournables de la mythologie Kombat sont de la partie. Leur incidence sur l’histoire ? Nulle, Scorpion se contentant de kidnapper Kitana pour ensuite voguer vers d’autres enfers. Et vu que la présence ou non de la princesse ne change strictement rien au déroulé des évènements… Du pur je-m’en-foutisme, que l’on trouve d’ailleurs à toutes les étapes de la production d’Annihilation. Ici, c’est les costumes qui semblent sortir d’une kermesse, quand ils ne sont pas de banals justaucorps de gymnaste pour ces demoiselle. Là, c’est les vannes navrantes de Jax, comic relief le plus navrant des années 90. A ma gauche, c’est le masque ridicule du pauvre Baraka, que l’on jurerait sorti d’un épisode de la série Chair de Poule. A ma droite, c’est les tics de réalisateur de Leonetti, qui force ses figurants à se comporter comme des demeurés et filme systématique au ralenti le moindre saut périlleux. Et au centre, des comédiens désincarnés (James Remar oublie de jouer neuf fois sur dix) ou qui, au contraire, en font des caisses et des caisses. Certes, le premier film ne se montrait pas toujours des plus fins en la matière, et Cary Hiroyuki Tagawa ne comptait pas ses efforts, quitte à en faire un poil trop par instants. Mais là, c’est le salon de la grimace et de la gesticulation ridicule, les sbires de Khan se comportant comme les plus ringards des méchants issus des premières saisons de Power Rangers. Le vieux Shao ne fait d’ailleurs guère mieux : malgré tout le respect que l’on porte à Brian Thompson, il ne parvient jamais à se donner la prestance d’un despote maléfique qu’il faut réellement craindre, ressemblant plutôt à un demi-demeuré se collant un crâne en plastique sur le visage pour faire mumuse. A sa décharge, pas facile d’avoir la classe lorsque les dix lignes faisant office de scénario vous présentent dans la première scène comme une brute épaisse surpuissante… puis comme un ado engueulé par son père parce qu’il n’a pas rangé sa chambre dans la scène suivante !

 

 

Pur accident industriel comme seules les nineties pouvaient nous en offrir, Mortal Kombat 2 trébuche à toutes les marches et n’a, à une ou deux cabrioles près, absolument aucune qualité. De quoi en faire comme de juste un objet fascinant, un catalogue d’inepties plus drôle que tout ce que le cinéma français a pu pondre comme comédie depuis dix ans. A chaque scène son petit truc marrant à noter (Scorpion attendant son heure dans le fond du décors, la réutilisation de la chute de Rain pour montrer celle de Baraka…), Annihilation pouvant même devenir un formidable jeu à boire. Pas sûr néanmoins que les gars de New Line aient gardé leur sourire du début : ces gars-là ont dépensé dans les 30 millions de dollar (ce qui fait le double du budget du premier film, pourtant plus pro à tous les niveaux) pour se retrouver avec un croisement improbable entre Robowar, Super Inframan et les Deathstalker produits par Roger Corman. Ca ne s’invente pas.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation: John R. Leonetti
  • Scénarisation: Lawrence Kasanoff, Joshua Wexler et John Tobias
  • Production: Lawrence Kasanoff, Thom Fleming, Gerrit V. Folsom
  • Titre Original : Mortal Kombat : Annihilation
  • Pays: USA
  • Acteurs: Robin Shou, James Remar, Talisa Soto, Brian Thompson
  • Année: 1997

2 comments to Mortal Kombat : Destruction Finale

  • Nazku Nazku  says:

    Le budget est le double du premier? Mais c’est pas possible?! o_O J’aurais dit le contraire tellement ce Mortal Kombat Annihilation est mal foutu! Tous les personnages ont l’air d’être des cosplays cheaps…

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