The Forest

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Winter is coming, et le survival aussi : couvrez-vous bien les amis, car cet hiver le danger ne viendra pas de l’espace mais de la cambrousse ricaine, ou australienne. Le vecteur tant aimé de nos frissons pastoraux ? Bach Films, qui édite ces temps-ci un Night of Fear sorti du caveau (1972), augmenté en bonus de The Forest : une mini production des primes eighties (1982), tournée en treize jours nous dit-on et réalisée par le tout petit Don Jones. Oui, le mec derrière l’assez fou Schoolgirls in Chains, entre autres…

 

 

 

Il faudra un jour revenir sur Don Jones – réalisateur ricain méconnu sous nos cieux, pourtant coupable d’une grosse sixaine de films un peu barrés dans les années 70 et 80, et qui furent plutôt bien représentés en VHS par chez nous : les vidéophiles auront peut-être planqués chez eux De Sang-froid, ou Le Carnage. Le Carnage ? The Forest justement, mais remaquillé façon Initial Home Video en 1988 ; un artwork surréaliste en jaquette, et puis cette accroche presque poétique de je-m’en-foutisme : « Il est fou, criminel, et très important il est cannibal !… [sic] » On n’en fait plus des comme ça… sauf si l’on retourne la K7 et si l’on prend note du synopsis : entre autres passages, « un cauchemar glacial relatant un voyage de camping qui devient un régal cannibaliste [re-sic]. » Eh oui, c’était l’époque où les flibustiers de la K7 et les boucaniers de la VHS faisaient rire, tout en nous permettant de voir quelques raretés… On était moins regardants question légalité bafouée, syntaxe bancale et néologisme pourri, et l’on prenait à peu près tout ce qui venait, sans tortiller du fion. Les choses ont bien changé depuis, mais il paraît que c’est le progrès… Ô tempora ! Ô mores ! comme dirait l’autre.

 

 

The Forest donc : en dessert de Night of Fear, le choix éditorial est on ne peut plus logique de la part de Bach Films, puisque le film est un petit survival des familles, produit archétypal de ce début des 80’s où tout était à peu près possible avec rien dans le morniflard. Sur le papier, ça bouffe donc la laine des premiers Vendredi 13, et ça creuse bien sûr le sillon tracé par les Don’t Go in the Woods and Co : bref, un double programme toute en cohérence… sauf que The Forest joue en division (très) inférieure, massacré d’ailleurs par ceux qui eurent la chance (?) de le voir. Tout commençait plutôt bien néanmoins, et le prologue plantait assez bien les clous d’une ambiance qu’on aime aimer par ici : sur les sentiers escarpés du Park national de Sequoia, en Californie, un couple de campeurs est trucidé au couteau de chasse par un maniaque bien de chez eux… Puis le récit : deux petits couples dont les nanas – Sharon et Teddy – décident de partir seules en camping, sur le même territoire. Leurs mecs, Charlie et Steve, ne sont pas très chauds cependant, et ils rejoignent vite leurs nénettes, soucieux qu’ils sont de leur bien-être… Nos campeuses crapahutent donc en pleine verte, ignorantes du danger alentour, pendant que leurs poilus les cherchent au milieu des arbres et des rochers. Et puis, à la demi-heure du film, surgissent dans le décor les fantômes de deux enfants, ainsi que celui de leur mère ! Bon… Témoins de ce paranomal incident, Sharon et Teddy regrettent alors l’absence de leurs musclés, faibles femmes qu’elles sont quand même. Qu’en aurait dit Osez le Féminisme ? Pas que du bien soyons-en sûrs. Et puis voilà qu’on nous balance direct la gueule du taré, un dénommé John, qui habite dans sa grotte et cause avec ses gosses défunts. Lors d’un flash-back explicatif, on apprendra le drame qui gouverna à son triste destin : surprenant son épouse au pieu avec son amant, le mari marri les tua tous les deux avant de fuiter en forêt avec ses enfants… lesquels mourront en milieu si hostile, avant de muer en spectres gentils. Depuis lors, John a pris goût à la chair humaine (oui c’est logique) et chasse le promeneur en son terrain. Inconscients du danger, Charlie et Steve trouvent refuge dans la caverne du maboule… Que la chasse commence, donc !

 

 

Bon, l’idée n’était pas si mauvaise que de vouloir mêler la tradition du survival basique à des motifs typiquement fantastiques. Partant, l’ambition était plutôt belle que de transformer les bois en lieu proprement hanté. En un mot, briser la routine d’un genre en lui conférant une aura surnaturelle. Oui mais voilà : encéphalogramme plat question flipouille, 0 suspense et 0 tension… pour 1000 blablas. Chœur du film qui commente les péripéties molles de nos personnages – lesquels se cherchent et se croisent à l’infini -, lesdits fantômes sont vite insupportables avec leur voix samplée, qui préviennent nos personnages des fureurs de leur père. On a vite envie de tarter cette marmaille décédée ! De même, on peut saluer l’envie de motiver les crimes du bonhomme par un drame passé un peu approfondi… Drame qui, dans sa conclusion, évoquerait presque le trauma du Nikos d’Anthropophagous. Mais presque seulement, tant The Forest met la pédale douce question rouge : ça saigne trop gentiment et ça ne verse jamais dans le gros bouillon puisque les meurtres sont d’une insolente pudeur, même quand Teddy est massacré au couteau… Frustrant. En réalité, le film distribue plus de bourre-pif et de coups de latte que de coups de surin dans les chairs… Foutage de gueule même : un morceau de barbaque cuit à la broche dans l’antre du tueur, et le tour est joué question régal cannibaliste !

 

 

Bien sûr, l’amateur patient retrouvera parfois ses petits dans le film : The Dark Side of the Forest comme le chante je ne sais trop qui dans la BO, comprendre une caméra subjective qui frôle les arbres et rase les frondaisons, la forêt soudain enténébrée, la touche redneck du cinglé (casquette vissée sur la tête et tee-shirt cradoque sur le dos), les courses poursuites entre les troncs, et l’avertissement solennel du ranger (Don Jones lui-même), que n’écoutent pas nos jeunes cons… Ca fait toujours du bien par où sa passe, sauf quand la BO – Bontempi style et chansons pop rock de dernière zone – casse affreusement la tronche, ou quand Don Jones décide inopinément de faire dans l’humour (le meurtre de l’amant, presque gaguesque). Petit plaisir tout de même, celui de retrouver Gary Kent dans la peau du cinglé (planqué ici derrière le pseudonyme de Michael Brody), qui traîna souvent ses guêtres chez Al Adamson au tournant des 70’s… Oui, ça fait bien peu.

David Didelot

 

 

Sur le papier, Don Jones fait partie de ces braves travailleurs du cinoche d’exploitation dans les poches desquels on glisserait volontiers un petit bonbon à la framboise, histoire de les féliciter pour leurs vaillants efforts. Mais dans la réalité, l’envie d’envoyer ce qui se révèle être un très mauvais élève au coin prend très vite le dessus. The Forest, en plus d’être un devoir copié sur celui du voisin Sean S. Cunningham (si le final ne vous rappelle pas la mise en scène du triste sort d’une certaine Madame Voorhees, c’est qu’il est temps de prendre des cours du soir), a tout du travail bâclé, fait à la va-vite sur le trajet du retour en bus. Pas tant d’un point de vue visuel, l’ensemble n’affichant pas une plus mauvaise forme que la palanquée de slasher tournés en vidéo sortis à la même saison, et Jones tente tout de même de satisfaire les gros durs qui n’ont rien trouvé de mieux à faire que de se tatouer un masque de hockey sur le gras du bide. Passages en vue subjective, gros plans sur la lame du maniaque de sortie (un ermite cannibale, typé redneck qui pisse dans des bouteilles de Pepsi pour ne rien rater du Superbowl), quelques saillies sanglantes (mais pas trop quand même) et meurtrier visible en ombre chinoise à l’arrière-plan. Le b.a.-ba du genre, et il y a peu de chances que The Forest soit un jour accusé d’avoir poussé le bouchon trop loin en matière d’expérimentations. Quoique, en envoyant campeurs malheureux et promeneurs sans boussole dans les pattes d’un trio de fantômes – deux gosses à la voix vocodée façon Jul et leur mère indigne -, Don Jones ose mixer des thématiques jusque-là rarement mariées, même si cela n’accouche, dans les faits, qu’à l’ordinaire jeu de massacre en milieu forestier. Et à une banale Série B, pour ne pas dire Z, chiante comme un aprem assis devant une compétition de Formule 1, et vivace comme une saison de Derrick passée au ralenti, le gros de notre affaire se contentant de randonnées sous le soleil Californien ou de pataugeages dans les rivières. Heureusement que quelques poussées de conneries viennent égayer ce survival en manque de Juvamine à l’occasion, comme lors de ce flashback incroyable où le mangeur de viande humaine tente d’assassiner l’amant de sa femme, se téléportant sans cesse devant lui avec une nouvelle arme en main. De quoi rire un peu, mais pas de quoi faire sortir The Forest de la benne à ordures où tombent les daubes de son style, ni même lui faire gagner sa carte de membre au club so bad it’s good.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation: Don Jones
  • Scénarisation: Don Jones
  • Production: Don Jones
  • Pays: USA
  • Acteurs: Dean Russell, Gary Kent, John Batis, Tomi Barrett
  • Année: 1982

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