Le Cerveau de la Planète Arous

Category: Films Comments: No comments

« Un cerveau vide est la boutique du Diable » dit le proverbe. Mais selon Le Cerveau de la Planète Arous (1957), un bien plein et de la taille d’un veau ne serait guère meilleur, voire même un danger pour la planète toute entière. Planquez vos neurones, voilà un big bad brain.

 

 

 

Si pour un réalisateur ayant fait son trou dans la SF dans les 50’s, bénéficier de la présence de Ray Harryhausen sur son film lui assurait des effets d’enfer devant lesquels on s’agenouillerait toujours six décennies plus tard, cela signifiait aussi être effacé et oublié au profit d’un marionnettiste de génie modelant cyclopes et chevaliers squelettes dans la plasticine. Il en est ainsi de Nathan Juran, vaillant général des armées du fantastique, relégué au second plan parce que le soldat Ray, sniper d’excellence, visait le spectateur entre les deux yeux avec ses créatures en terre glaise et lui permettait dès lors de remporter ses plus belles batailles. C’est oublier un peu vite que le Juran n’a pas trimballé son objectif que sur 20 Million Miles to Earth (1957), Le Septième Voyage de Sinbad (1958) et First Men in the Moon (1964), et qu’on lui doit également le classique Jack the Giant Killer (1962) ainsi que quelques Séries B bien de leur époque. Tels The Deadly Mantis (1957), Attack of the 50 Foot Woman (1958) ou encore The Brain from Planet Arous (1957), tous devenus des petits films cultes les années passants, surtout auprès des nostalgiques des vilaines bêtes un peu craignos sur les bords, et de cette époque bénie où les amoureux pouvaient se bécoter dans des parkings à ciel ouvert tandis que pieuvres géantes et lézards de 20 mètres ravageaient des métropoles de papier. Le bon vieux temps… Si ce n’est pour un Juran pas tout à fait satisfait de ces passages dans le joyeux monde du low budget, au point de se faire créditer Nathan Hertz sur 50 Foot Woman et Arous, deux méfaits qu’il préfère ne pas assumer. Serait-elle si pourrie, cette arrivée sur notre belle planète bleue de Gor, un cerveau géant, flottant et translucide fuyant sa planète Arous, où il est considéré comme le plus vil des criminels ? Bien sûr que non, et si l’on ne baigne pas dans les mêmes eaux que celles d’un 20 Million Miles to Earth ou d’un Sinbad, nous sommes bien loin de faire trempette dans ce que les années 50 ont pu produire de pire.

 

 

Certes, le cinéphile avant tout attiré par la présence de Juran au générique et s’enfilant Le Cerveau… après être passé par le magnifique septième voyage du copain Sinbad aura la sensation de sortir d’un confortable jacuzzi pour aller s’encastrer dans une bassine d’eau froide. Qu’on se le dise, il y a un monde entre les budgets des Harryhausen movies et celui de cette sortie Marquette Productions, petite boîte à l’origine de trois pelloches seulement (dont le Teenage Monster déjà chroniqué dans la crypte). Et si vous espérez retrouver des gloumoutes en stop-motion dans les parages, la déception risque de se faire cruelle, Gor ne risquant pas d’être invité à la fiesta des créatures intemporelles organisée par King Kong, et c’est en toute logique qu’il ira plutôt siroter un grog à la sauterie des craignos monsters avec les bestioles sorties des usines Corman. Mais trêves de langues de putes : si les effets accusent quelques flétrissures, ils gardent aussi le charme propre aux petits films de ces années-là et évitent le ridicule la majeure partie du temps. S’il ne semblait pas en mousse et ne rebondissait pas au sol comme un simple ballon de basket lorsqu’il est frappé avec une hache, Gor pourrait même devenir l’extra-terrestres les plus cool de sa promotion. Trop timide, il préfère trouver refuge dans la carcasse du scientifique Steve March (John Agar, The Mole People, Tarantula…). Parce que ça arrange bien la production, dès lors autorisée à laisser son cervelet se reposer dans sa loge, économie de flouze bienvenue. Mais aussi parce que le script le demande : Gor, brigand échappé d’une prison d’Arous et désireux de devenir le maître du Monde, décide d’entamer sa conquête par la Terre et compte utiliser le corps de Steve pour montrer sa puissance et créer une armée. Et si plus tard il peut retourner sur Arous pour y prendre sa revanche, ça ne le dérangera certainement pas… Des plans que compte bien contrecarrer Vol, autre flying brain venu d’Arous pour récupérer sa cible et l’emprisonner à nouveau. Dans sa lutte, le gentil ciboulot sera secondé par Sally, petite copine de Steve inquiète de voir son futur époux se comporter de plus en plus comme un goujat…

 

 

Car désormais manipulé par Gor, Steve a abandonné ses bonnes manières, n’hésitant plus à donner des coups de talons dans la tronche de son chien ou déboutonner le chemisier de Sally comme une bête affamée. Si The Brain from Planet Arous a tout du B Movie typique des fifties (quelques scènes tournées aux fameuses Bronson Caves, alien caoutchouteux un peu ringard, intrigue pleine de militaires et de savants bavards, menace atomique à tous les coins de rue), il se distingue néanmoins de la masse par un script mieux foutu que 95 % de ses petits copains du même cycle. Il n’était ainsi pas bête d’introduire Gor au plus tôt, la grosse citrouille se présentant quelques minutes après le début des hostilités, le film plantant ses enjeux au plus vite et créant dès lors une dynamique que peuvent lui envier de nombreux camarades de chambrée. Il n’est ainsi jamais question pour Vol et Sally de localiser le melon transparent ou de deviner quelles sont ses intentions, mais bien de le prendre au piège et de ne pas lui montrer qu’ils sont au courant de ses machinations, Gor pensant que l’entourage de Steve n’a pas remarqué l’entourloupe. Si la conclusion ne se montrera pas à la hauteur de ce joli suspense, car beaucoup trop simple et donnant l’impression de pouvoir survenir aussi bien à la soixante-dixième minute qu’à la vingt-cinquième, le résultat n’en est pas moins satisfaisant. Et puis Juran tient quelque-chose avec son monstre, intelligence supérieure – ce qu’il ne manque pas de rappeler toutes les cinq minutes, appelant les humains « les sauvages » – sentant poindre en lui les plus bas instincts lorsqu’il s’infiltre dans le corps du pauvre Steve, au point de désirer ardemment coucher avec Sally. Et si ce n’était plus l’extra-terrestre qui contrôlait la dépouille de Steve mais bien celle-ci qui le viciait peu à peu ? Dommage que le scénar’ n’aille pas plus en avant dans cette direction, trop soucieux qu’il est de compiler quelques passages obligés pour satisfaire le fana de science-fiction, qui en aura pour son pécule avec ces stock-shots d’avions explosant en plein ciel ou ces déflagrations atomiques, Gor étant capable de vous faire sauter le caisson d’un simple clin d’oeil. Mais ne prenons pas la posture des fines bouches : The Brain from Planet Arous remplit sa part du marché et ne méritait certainement pas d’être renié par son géniteur…

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation: Nathan Juran
  • Scénarisation: Ray Buffum
  • Production: Jacques R. Marquette
  • Titre original : The Brain from Planet Arous
  • Pays: USA
  • Acteurs: John Agar, Joyce Meadows, Robert Fuller, Kenneth Terrell
  • Année: 1957

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>