Célestine, Bonne à tout faire…

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Que fait Jess Franco lorsqu’il ne tourne pas une bande érotico-horrifique ou érotico-bizzaroïde ? Il tourne une comédie-érotique, pardi ! Il aurait d’ailleurs bien tort de s’en priver, Célestine, Bonne à tout faire… (et bonne tout court, d’ailleurs) étant l’occasion rêvée de faire de sa Lina Romay chérie une véritable déesse de l’amour.

 

 

Existait-il dans le petit monde du cinéma bis idylle plus fabuleuse que celle unissant Jess Franco et sa Lina ? Improbable tant leur longue histoire semblait tenir du parfait équilibre entre romantisme absolu et sexualité débridée. Preuve en est l’indéniable amour que portait Franco aux scènes voyant sa dame passer d’un partenaire à l’autre dans les nombreux films qu’ils tournèrent ensembles, autant de lettres d’amour du Jess à sa torride. Dans le lot, la plus belle est peut-être Célestine, Bonne à tout faire… (1974), sexy-comédie à l’humour pouet pouet mais à la fesse ferme, dans laquelle Célestine (Romay, donc), prostituée poursuivie par les bleus, trouve refuge dans l’interminable jardin du château du duc de la Bringuette. Accueillie par le jardinier Sébastien, dit Rapido ou Le Fulgurant pour sa capacité à baiser comme un lapin, la brune est immédiatement jetée dans la paille et violée, sans que cela la choque outre-mesure. A la grande surprise de Rapido, sa proie est en effet particulièrement consentante : Célestine, elle aime le sexe, et l’amour au sens le plus large. Embauchée par les de la Bringuette, la pute devenue soubrette, si elle mettra un peu d’eau dans les vases, va surtout s’affairer à remettre de l’ordre dans la sexualité de ses nouveaux patrons et collègues. Et tous y passeront ! D’un Rapido auquel elle apprendra à retenir ses coups au vieux duc (l’indécrottable Howard Vernon), impuissant pervers pépère auquel elle fera la lecture – cochonne, cela va sans dire -, en passant par la froide gouvernante, le gros et disgracieux Malou, le jeune vierge Marc à la tête trop pleine mais à l’entrejambe peu usé et, bien sûr, le Comte (Olivier Mathot), client fréquent du bordel où travaillait Célestine (il y était surnommé Langue d’Or!), malheureux de voir sa femme se donner à lui comme d’autres iraient à l’usine… Et ce une fois par mois seulement !

 

 

Plus qu’une blague bien grasse forte en gags d’un autre âge (Malou évite un fruit qui part s’écraser sur le visage de Rapido, les visites se succèdent dans la chambre de Célestine, forcée de planquer les uns et les autres où elle peut, Malou pense traire une vache mais presse en fait le sein de notre héroïne), Célestine, Bonne à tout faire… est avant tout une ode aux jeux interdits, aux batifolages nocturnes. La clef d’un mariage heureux, et d’une vie épanouie selon Franco, ravi de faire de l’incendiaire et un peu vulgos Célestine une pédagogue de charme, apprenant aux uns et aux autres comment devenir des athlètes de la couette et des techniciens de la paillasse. Hissée au rang de divinité du sexe et de l’amour, Célestine se mue en une Aphrodite répandant la jouissance autour d’elle, apprenant aux débutants comment satisfaire une femme, et aux plus timides (Pamela Stanford, impeccable en ingénue n’osant approcher son cousin) à laisser s’échapper l’animal sommeillant en elles. Franco ne fait d’ailleurs pas mystère du message quasi politique ici déployé : si les gens baisaient un peu plus, le Monde tournerait plus rond. Célestine, sauveuse des Hommes, un messie secourant l’humanité en visant sous la ceinture ? C’est en tout cas ce que laisse sous-entendre le final (attention, ça va spoiler, même si Célestine n’est pas tout à fait The Game), voyant la ribaude quitter les de la Bringuette, désormais tous épanouis (le duc bande à nouveau, la comtesse s’est fait chaudasse, Rapido tire désormais moins vite que son ombre, Stanford séduit son cousin et Malou s’est trouvé une partenaire en la personne de la gouvernante), pour mieux aller aider d’autres âmes en peine que sauveront quelques acrobaties au coin du lit. (Fin des spoilers)

 

 

Joli petit film, Célestine, Bonne à tout faire… survit aux affres du temps, au cabotinage exagéré (mais de fait hilarant) d’un Howard Vernon tout en grimaces et même à ses gags désormais vétustes (mais là aussi rigolos une fois pris au dixième degré), le spectateur ressortant des jupes de Célestine le sourire aux lèvres. Parce que le côté sexy est parfaitement maîtrisé, parce que Lina ferait perdre ses dents de fer à une braguette, mais surtout parce que la bonne humeur de l’affaire est si communicative qu’elle ne peut qu’égayer la soirée du bisseux esseulé. Un film qui nous fait prendre notre pied, quoi !

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation: Jess Franco
  • Scénarisation: Nicole Guettard
  • Production: Robert de Nesle
  • Pays: France
  • Acteurs: Lina Romay, Olivier Mathot, Pamela Stanford, Howard Vernon
  • Année: 1974

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