Warm Bodies

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En attendant de découvrir un film dans lequel la momie et la créature du lagon se mettent sur la gueule pour les beaux yeux d’une jolie petite blonde, nous allons partir pour des terres nettement plus douces. Celles de la nécrophilie. Hellyeah !

 

On peut faire ce qu’on veut, essayer d’éloigner cette triste idée de notre esprit, rien n’y fait, elle revient au galop, aussi vite que l’éclair qui réanima le monstre de Frankenstein. Car oui, il est très difficile de ne pas voir en Warm Bodies une tentative de surfer sur la vague de fantastique parfumé à la cerise qu’est Twilight. En injectant l’amour pour adolescentes dans le registre de l’épouvante, Stephenie Meyer a lancé un engouement pour les soaps horrifiques et attirer le regard des producteurs sur notre genre favori, désireux de le passer à la moulinette du politiquement correct, Hello Kitty style. Et comme le zombie se paye une seconde vie grâce aux succès de Walking Dead, d’une multitude de jeux-vidéos dans lesquels on peut les éclater ou de quelques bandes au succès surprise (Shaun of the Dead, L’Armée des Morts), il n’est pas très étonnant de voir nos morts-vivants préférés infiltrer un univers plus mielleux. Après tout, si cela peut initier quelques gamines à la nécrophilie, où est le mal ? Comme les aventures des vampires chiants et des loups-garous émotifs, Warm Bodies est tiré d’un livre, appelé Vivant dans nos contrées et écrit par Isaac Marion. Pour une fois qu’un mec écrit un bouquin pour filles, il trouve encore le moyen d’avoir un nom de gonzesse ! Tout ça pour dire que tout était réuni pour que de fieffés bisseux comme nous détestent le nouveau Levine de A à Z et qu’on espère passer rapidement à autre-chose. Mais il semblerait que nos petits cœurs se réveillent eux-aussi…

 

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L’horreur et l’amour font bon ménage et Jonathan Levine semble le savoir mieux que quiconque. Après avoir injecté un peu de cœur dans le slasher via son All the Boys Love Mandy Lane, voilà qu’il se met en tête de faire battre celui des zombies. Ou d’un zombie, du moins, nommé R (Nicholas Hoult). Un jeune homme, plutôt séduisant, qui a juste le souci d’être mort. Et de se faire pas mal chier, avouant bien vite que traîner la patte toute la journée sans avoir la possibilité de dormir est un brin lassant à la longue. Mais sa vie, ou sa mort, on ne sait plus trop, va être bouleversée le jour où il a la chance de croiser la belle Julie (Teresa Palmer, The Grudge 2) qui réveille en lui des sentiments oubliés depuis longtemps. En danger au milieu d’une horde de non-morts, la pauvre manque de se faire becter au moment où R la sauve, la tirant dans son repaire, un avion abandonné. Une relation qui défie les lois de la vie et de la mort va alors débuter, ce qui risque de ne pas plaire au papa de la jeune fille (John Malkovich) et aux squelettes, des zombies ayant atteint le dernier stade de la monstruosité…

 

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Alors que le précédent film d’horreur de Levine, Mandy Lane, s’amusait à décrire un spleen adolescent et des amours meurtriers, le voilà prendre le contre-pied total de son œuvre la plus connue chez nous en nous livrant une jolie petite bulle de savon. Le film qui fit connaître Amber Heard était particulièrement noir, montrant une version assombrie de l’amour, qui se mêlait à la violence et menait à une mort certaine. L’exact contraire de Warm Bodies, l’amour étant au contraire le seul chemin possible pour ramener à la vie les cadavres qui peuplent le nouveau monde. Car R commence à redevenir vivant, petit à petit, la présence de Julie à ses cotés le décontaminant et lui donnant de nouvelles couleurs tout en lui offrant des rêves. Et lui donner un but. R a désormais quelque-chose pour lequel se battre, qui le fait avancer, lui qui était résigné à son sort de mort-vivant, se contentant de discussions de trois mots avec son meilleur ami, un zombie chauve qu’il connaît à peine. Mais devenir à moitié-vivant n’est pas sans risque puisque R commence à changer, ce qui lui attire les foudres des autres zombies, qui finiront tout de même par changer à leur tour, l’amour et le bonheur se répandant chez eux comme une trainée de poudre. Ce qui ne fait pas plaisir aux squelettes, sans trop que l’on sache pourquoi d’ailleurs, qui vont dès lors se mettre à la poursuite de R et sa dulcinée. Enfin, si, on sait pourquoi ils sont fâchés, les osseux: parce qu’il faut bien apporter une certaine tension au film, lui donner un climax.

 

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Car la majeure partie de Warm Bodies est une petite comédie romantique tout à fait fréquentable pour les jeunes filles. R et Julie apprennent à se connaître, dans la joie et la bonne humeur. De jolis moments, agréables et qui réveillent les nounours qui sont en nous et qui risquent de décevoir les amateurs de barbaque. Ne cherchez pas de gore ici, vous n’en trouverez pas, vous vous êtes trompés de rayon. La charcuterie, c’est à gauche, ici c’est les friandises. Car Warm Bodies est sucré comme un bon fraisier et ne contient pas énormément de notions horrifiques entre ses beaux fruits juteux. Tout au plus quelques attaques de zombies avec du sang en CGI et les assauts des squelettes pourraient tomber sous la coupe du genre, mais rien qui puisse satisfaire les fans des films de Romero. Ici, ce sont les sentiments qui priment, pas les boyaux. Reste que quelques idées poétiques sont aussi un peu lugubres. R a la chance de tuer le petit-copain de Julie (joué par Dave Franco, le frère de James) et d’emporter des bouts de son cerveau avec lui, un repas qui lui fera absorber les souvenirs du garçon et lui permettra de mieux connaître Julie. Et de prendre conscience de sa monstruosité lorsqu’il arrivera aux derniers souvenirs du gus… Une belle idée, qui humanise les zombies, pas fiers de manger les vivants, une nécessité qui les empêche de périr et qui leur offre quelques souvenirs, chose qu’ils n’ont plus depuis longtemps…

 

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Vous l’aurez compris, Warm Bodies ne s’adresse clairement pas aux fans de zombies lambdas et est plutôt à conseiller aux romantiques. Même les amateurs de comédies risquent de rester un peu sur leur faim, le film offrant quelques sourires mais aucun rire franc. Mais si vous avez votre cœur en poche, vous pouvez tenter l’aventure de ce petit film très réussi, touchant, bien réalisé et à la bande-son bien choisie. Et puis, c’est pas tous les jours que des personnages tiennent un blu-ray de L’Enfer des Zombies de Lucio Fulci, édité par Blue Underground qui plus est ! Et oui, ça y est, Fulci va devenir tendance ! Ironique que le maître du gore à l’italienne soit mis en avant dans une romance adolescente, non ? Une romance, oui, mais nécrophile, quand même !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation et scénario: Jonathan Levine
  • Producteur: Mandeville Films
  • Pays: USA
  • Acteurs: Nicholas Hoult, Teresa Palmer, John Malkovich, Dave Franco
  • Année: 2013

 

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