The Amityville Murders

Category: Films Comments: No comments

Puisqu’on cause pas mal Amityville ces derniers temps (coffret Bach Films oblige), il semblait logique de parler un peu de The Amityille Murders, originellement sous-titré A Haunting on Long Island : le dernier né de la « saga », et projet le plus sérieux parmi la flopée des annonces badass sacrifiées à la fameuse baraque ; cette Amityvillesploitation bien Z commencée à l’orée des années 2010, avec Amityville : Evil Never Dies par exemple (séquelle ultra fauchée au déjà très pauvre Amityville : the Legacy), cet Amityville High dans les tuyaux, et un Amityville Cop (!) dont on ne sait strictement rien pour l’instant.

 

 

 

Plus encore, en juillet 2017, le site Bloody Disgusting nous apprenait qu’Eli Roth était aussi sur le coup d’un mystérieux 1974, film censé être financé et distribué par Broad Green Street aux USA. A la réalisation et au scénario, le dénommé Casey La Scala – coproducteur d’Amityville : the Awakening. 1974 raconterait donc la tragédie criminelle et fondatrice de la famille DeFeo… comme The Amityville Murders. Bizarre quand même, d’autant que nous n’entendîmes plus parler dudit projet après cette info. Gageons que le truc est passé d’une main à l’autre (de La Scala à Daniel Farrands) et qu’il changea tout bêtement de nom à cette occasion. Le même film en un mot, du moins peut-on raisonnablement le penser, coproduit finalement par CinéTel Films (le triptyque I Spit on your Grave… mais aussi Sharkansas Women’s Prison Massacre de Jim Wynorski). Bref, tous les chemins semblent mener au 112 ces derniers temps… pour le meilleur (?) et souvent le pire.

 

 

Annoncé en postproduction dès 2017, The Amityville Murders eut d’abord la gueule d’une bande annonce, balancée dès février 2018 sur la Toile : ça donnait faim, c’est clair, mais nous gardâmes tout de même notre calme car chat échaudé craint l’eau froide comme on dit… Alors ? Le film n’est-il qu’une zéderie de plus dans la lente déconstruction du mythe, ou bien une fière alternative à Amityville II : le Possédé, malgré un budget qu’on soupçonne riquiqui ? Cochez la bonne case… en l’occurrence la seconde, car ce The Amityville Murders soutient belle comparaison avec son aîné, sculpté dans le même bois scénaristique pour commencer, et conformé comme un chouette rejeton du Possédé. D’abord, Diane Franklin le retour ! Celle qui nous la jouait sœurette incestée par son diabolique de frère dans Amityville II – et dont on avait pu chopper un petit entretien pour Vidéotopsie – revient au 112 Ocean Avenue ! Elle y interprète cette fois Louise DeFeo (la mère de Ronnie DeFeo Jr. donc, qui flingua toute la sainte famille avant que les Lutz n’emménagent). Et ce n’est pas tout, puisque Burt Young – le père mataf dans Amityville II – y fait aussi sa petite apparition (ici grand-père bienveillant de la famille DeFeo) ! Mention spéciale, donc, au casting réuni, car un film pareil ne tient pas sans une interprétation au top : John Robinson dans la peau du tueur (Elephant de Gus Van Sant) et Paul Ben-Victor dans celle du papa pas gâteau. Et puis le réalisateur, Daniel Farrands, n’est pas totalement étranger à notre petit monde, et encore moins à Amityville : le mec scénarisa et dirigea les deux épisodes de la série documentaire History’s Mysteries dévolus à l’affaire : Amityville : the Haunting et Amityville : Horror or Hoax (en 2000). Pas un hasard si l’on retrouve ledit Farrands coproducteur… d’Amityville : the Awakening, et réalisateur/scénariste de ce The Amityville Murders.

 

 

Bien sûr, le film n’a pas la même force de frappe ni le même potentiel traumatique que celui de Damiano Damiani (le temps a passé il faut dire), mais on retrouve les motifs qui rythmèrent un Amityville II de belle mémoire, sans les grandiloquences horrifiques de la possession, et sans la religiosité imprimée au Possédé : pas de prêtre par exemple, ni d’exorcisme emphatique à grands coups de chairs déchirées et de métamorphoses diaboliques. Farrands a visiblement choisi le réalisme relatif et la sobriété graphique pour son « Amityville » à lui, essayant de coller aux seuls faits de l’affaire. Based on true events, The Amityville Murders s’inscrit dans un contexte temporel très précis (qui commence trois semaines avant le massacre, le 26 octobre 1974) et plonge dans l’atmosphère culturelle des années 70 : la fin de l’ère Nixon, les prolongements symboliques de l’affaire Manson, le traumatisme suscité par L’Exorciste, la sacro-sainte fête d’Halloween (ou la notte delle streghe comme dit la grand-mère : Halloween à Amityville, un rêve réalisé !) et les préoccupations d’une jeunesse émancipée (sex, drugs, rock n’roll… et spiritisme). Voilà pour le cadre général, dans lequel la famille DeFeo se délite à vitesse grand V, brisée par la dépression générale et un pater familias tyrannique, violent et peut-être même de mèche avec la mafia… Points d’acmé à ce dysfonctionnement général, les séquences où le père tente d’étrangler le fils, et où le fils tente de tuer le père avec son fusil. Oui, The Amityville Murders sacrifie d’abord aux relations intrafamiliales, et à la déréliction d’une mère impuissante à endiguer la discorde qui gouverne son nid : un coup du Malin, dont « Butch » DeFeo serait le jouet, ou la colère repliée dans le cerveau malade d’un père pervers ? Les deux, puisque le Diable se cache dans les détails et sait profiter du malheur des gens pour étendre son empire…

 

 

N’empêche, le film joue moins que les précédents volets sur l’iconisation systématique de la célèbre maison, et sur la réitération de motifs qui firent le sel du mythe : la configuration intérieure des lieux semble respectée certes, de même que la célèbre silhouette extérieure, mais celle-ci n’apparaît qu’à la 17ème minute. Et même si les images conclusives – puisées dans les archives d’époque – procèdent de cette mythification de l’affaire et ouvrent même sur l’histoire des Lutz, le film prend deux ou trois chemins de traverse et s’affranchit quelque peu des attendus du spectateur, en creusant surtout les fondements psychologiques de la tragédie. Ceci dit, nous sommes tout de même en territoire fantastique, et les tiroirs s’ouvrent tout seul, des ombres inquiétantes impriment les corridors de la maison, des chuchotements et des râles courent derrière les murs, des coups sourds résonnent dans la baraque et la « petite pièce rouge » renferme toujours le cœur du Mal. De même, l’heure maudite est respectée (3H15), le Démon se balade toujours en caméra subjective, et Ronnie est en proie à d’abominables hallucinations (sa propre sœur qui lui prodigue la plus chouette des gâteries…). Dommage, d’ailleurs, que quelques gros effets entachent la retenue ambiante (lévitation et compagnie), qui jurent avec l’atmosphère générale et le ton conféré à The Amityville Murders.

 

 

Mais l’angoisse est tout de même bien là, dans un film scandé par un calendrier tragique jusqu’à l’épilogue sanglant, comme quelque chose d’inéluctable et de fatal jusqu’à cette nuit du 13 novembre : Farrands prend alors des libertés avec le témoignage de Ronnie DeFeo Jr. et les constatations policières, mais il capte tout de même l’aura maléfique qui dut gouverner cette nuit, en prenant d’abord tout son temps (les vingt-cinq dernières minutes du film) et en accrochant quelques plans bien flippants à toute cette ultime séquence (visions sanglantes et prémonitoires, ombres des esprits maudits qui hantent la demeure, et massacre appliqué de toute la famille, enfançons compris). Désormais, il ne reste plus qu’à espérer une distribution moins chaotique et moins fantomatique que celle d’Amityville : the Awakening. Le jeu en vaudrait bien la chandelle, car The Amityville Murders fait bellement oublier le purgatoire Z où fut retenue la célèbre maison pendant tant d’années… A bon entendeur.

David Didelot

 

 

  • Réalisation: Daniel Farrands
  • Scénarisation: Daniel Farrands
  • Production: Daniel Farrands, Eric Brenner, Lucas Jarach
  • Pays: USA
  • Acteurs: John Robinson, Chelsea Ricketts, Diane Franklin
  • Année: 2018

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>