Scarecrow

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« L’Amériqueuh, l’Amériqueuh, je veux l’avoir, et je l’auraiiii » devait probablement claironner le Français Emmanuel Itier alors qu’il s’envolait pour Los Angeles, dans l’espoir d’y lancer une carrière cinématographique. Ce sera chose faite en 2002 avec Scarecrow, slasher fantastique venu ensanglanter les champs de maïs.

 

 

Aussi étonnant que cela puisse paraître, le cinéma d’horreur mainstream ne s’est jamais particulièrement intéressé à la figure de l’épouvantail démoniaque, le grand public ne croisant les tas de paille meurtriers qu’au détour d’un Batman ou d’un épisode de Chair de Poule. Heureusement que la Série B est là pour rattraper le coup, les Dark Night of the Scarecrow, Scarecrows, Night of the Scarecrow, Messengers 2 : The Scarecrow et autres Dark Harvest venant combler les trous. Dans la catégorie, le Scarecrow du french guy Emmanuel Itier fait figure de bon gagnant, ne serait-ce que parce que, contrairement à ses petits copains plantés dans les champs voisins, il fut à l’origine d’une petite franchises. Trois films tous sortis dans les 2000’s et à chaque fois cantonnés à la division DTV, Itier, en plus de réaliser et écrire le premier, devenant le producteur du second. Pas de quoi faire du mannequin de foin une star du genre prête à bénéficier un jour des bons soins de NECA avec figurines vendues avec trois têtes différentes et une quinzaine d’accessoires, mais largement suffisant pour en faire une figure des rayons les plus baveux de la location. Faut dire que le tueur de paille a de quoi faire fureur lors des soirées entre potes du samedi soir, Itier connaissant sur le bout des doigts les règles de la Série B. De fait, Scarecrow débute comme il se doit : avec trois glandus en train de fumer des joints dans un champ de maïs, se racontant des histoires effrayantes. Dont celle du pauvre Lester (Tim Young), adolescent incarné par un acteur approchant ou ayant déjà embrassé la trentaine, et emmerdé par un peu tout le monde. Traité de loser ou de nerd par tous ses camarades de classe, tous très décidés à faire du zèle lorsqu’il s’agit de le bousculer dans les couloirs, le malheureux ne peut guère trouver de réconfort chez ses professeurs – l’une d’elle lui assurant qu’il n’a aucun avenir – ou chez sa mère, white trash alcoolique se faisant culbuter par tout le quartier dans sa caravane. Seules petites bulles d’air dans ce dur monde, la passion pour le dessin du Lester et ses sentiments grandissants pour Judy (Tiffany Death Factory Shepis), dure à cuir n’hésitant pas à le défendre face aux vils harceleurs. Des bulles bientôt éclatées devant les yeux humides de Lester. L’une en découvrant que la cocotte a roulé un gros palot à l’un des salopards qui lui pourrissent la vie, l’autre en tombant sur l’amant du soir de môman, un redneck suffisamment éméché pour piétiner ses crayonnés et le passer à tabac. Voire même l’étrangler, Lester perdant son dernier souffle de vie sous un épouvantail, dans lequel il se réincarnera bientôt… Sans surprise, c’est à la faux qu’il se taillera une vengeance sur mesure.

 

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Vilains sportifs se moquant des moins populaires, cheerleaders légèrement connes sur les bords, shérif veillant sur sa final girl de fille et boogeyman increvable n’hésitant pas à vanner ses victimes à la mode Krueger : pas de doute, Itier a révisé ses classiques eighties et sait ce qu’attend le public qu’il cible. Soit une goutte de gore, une pincée de jolies filles (même si elles ne se dénudent jamais, étrangement) et des personnages décérébrés occasionnant quelques dialogues rigolos. A ce niveau, Scarecrow fait carton plein et vise juste en dépit de son tournage éclair – huit jours et l’affaire était emballée et pesée – et de légers soucis lors de celui-ci, comme l’arrivée d’un clochard aviné et violent, ou les problèmes rencontrés par Tim Young, diabétique tombant dans le coma en plein shoot. Malgré un statut de co-production entre The Asylum (les Sharknado, Atlantic Rim, Alien Predator) et York Entertainment (Aquanoids, Scream Bloody Murders, Dr. Chopper), notre épouvantail, au design plutôt réussi, avait donc toutes les chances de n’être qu’un banal slasher sans le sou, débitant du teenager sans passion à mi-chemin entre la moissonneuse batteuse et la grange. C’était sans compter sur la motivation d’Itier, qui sans prendre son entreprise au sérieux (il y joue même un cuisto constamment en colère) n’en compte pas moins ses efforts, donnant du rythme à son massacre aux outils fermiers tout en gagnant une belle production value en multipliant les décors. Champ, banlieue, école et salle de classe, fête estudiantine en bordure de piscine, cimetière : alors que le slasher à petit budget se limite le plus souvent à un ou deux sets, Scarecrow les multiplie. Tout comme il évite d’en faire le moins possible question meurtres, ici assez variés et allant de l’épi de maïs encastré dans l’oreille à la tronche plongée dans la friteuse, en passant par un démolissage à la poêle, un coeur arraché à main nue et diverses décapitations. On n’en espérait pas tant, pour être honnêtes…

 

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Cheesy juste ce qu’il faut, Scarecrow passe la ligne d’arrivée dans les temps et après avoir fait une belle course, le temps ne semblant jamais long et le fun étant de la partie dtout du long. Si Lester reste un Freddy-like, il a la bonne idée de frapper toutes les cinq minutes et y va de ses pirouettes dignes de la Shaw Brothers, Itier insufflant quelques influences HK dans son premier film. Très con, mais aussi très efficace et à l’image du produit fini : ça virevolte dans beaucoup de directions, mais ça cogne toujours juste.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Emmanuel Itier
  • Scénarisation: Emmanuel Itier, Bill Cunningham, Jason White…
  • Production: Emmanuel Itier, Tanya York, Steve Taylor
  • Pays: USA
  • Acteurs: Tim Young, Tiffany Shepis, Todd Rex, Jen Richey
  • Année: 2002

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