King Kong revient!

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Attention, chers amis des monstres si grands que l’Empire State Building pourrait leur servir de cure-dent : King Kong revient ! Enfin presque, car trop occupé à jouer à Jacques a dit avec Samuel L. Jackson dans le très fun Kong : Skull Island, le roi des singes nous a envoyé dans les pattes son cousin Coréen à moitié trisomique. Et c’est bien évidemment là que ça coince…

 

D’ailleurs, la fratrie Kong a plutôt tendance à tourner le dos à ce King Kong Revient !, Série B de 1976 emballée par Paul Leder en 14 jours, pour 23 000 dollars et en parant au plus pressé pour grappiller les miettes du King Kong produit par Dino DeLaurenti. Et on vous le donne en mille, une fois que la RKO apprit le pot aux roses, cette prod cheap à mort à la base nommée The New King Kong fut forcée de revoir son patronyme, sous peine de recevoir la visite d’une nuée d’avocats à la cravate bien serrée. D’où un changement sur la carte d’identité et l’arrivée du blase A*P*E sur les affiches, histoire d’éviter le courroux du véritable King… Enfin, sauf en Corée du Sud, où le bidule continue de se nommer King Kong’s Great Counterattack, preuve s’il en fallait une que ces gens-là n’ont pas peur des menaces à l’américaine. Mais qu’importe l’appellation : King Kong revient !, A*P*E ou King Kong eui daeyeokseup, le résultat est le même à l’écran dans tous les cas, et flirte volontiers avec la comédie, qu’elle soit volontaire ou non. Voire une certaine démesure grotesque, ce que laissait déjà entrevoir une affiche culte dans les milieux autorisés, sur laquelle le gros macaque écrase un paquebot avec la patte, étrangle un serpent géant et fait une prise à un squale aux dimensions titanesques. Et le tout sous les yeux d’une foule apeurée et prenant la fuite, sinon ça ne serait pas drôle…

 

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On peut reprocher bien des choses à Paul Leder, et nous ne nous en priverons pas d’ici quelques instants, mais il faut reconnaître que le réalisateur sait tenir les promesses faites par son beau poster. Ainsi, les premières minutes de A*P*E nous jetent dans le bain avant même que nous ayons eu le temps d’enfiler notre plus beau maillot : se présentant décidément pour de bon comme une suite au King Kong des origines, notre affaire débute sur un paquebot dans lequel le gorille de neuf mètres de long est fait prisonnier, en route pour Disneyland, nous dit-on. C’est Mickey qui va être content, tiens… Inquiet, l’un des marins redoute que le primate sorte de son sommeil et les fasse couler sous le poids de sa fureur, ce à quoi son capitaine lui répond que cela ne risque rien, le docteur l’ayant anesthésié assurant que le gros dodo durera cinq jours. Alors soit le médecin ne sait pas encore compter sur ses doigts, soit il s’est gouré dans les doses, mais le singe se réveille un quart de secondes après que le matelot ait terminé sa phrase. Sans surprise, le bateau prend la flotte immédiatement, et King Concon enchaîne immédiatement en s’en allant faire du catch avec un requin aussi énorme que lui. Comme de juste pour une production sans le sou, à l’écran ça a moins de gueule qu’à l’écrit, et la lutte entre les colosses laisse la place à un pauvre type flanqué d’un costume de gorille en train de faire valdinguer un poisson mort. Mais la Série Z est ainsi faite, et c’est pour ça qu’on l’aime. En pleine forme alors qu’il vient tout juste de sortir du lit, le Kong du pauvre s’en va ravager une ville en Corée du Sud, piétinant des maisons en carton si mal fichues que Godzilla lui-même aurait pitié d’elles et les contournerait… King Kong Revient ! commence fort, très fort, et quelques minutes plus tard, la rencontre avec le fameux serpent surviendra bien elle aussi, même si elle ne durera qu’une poignée de secondes.

 

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L’ennui, c’est qu’à sprinter comme un diable dès le début de la course, A*P*E s’essouffle après dix mètres et adopte très vite un pas de course sans doute plus confortable pour lui, mais moins trépidant pour le spectateur. Désormais, le film fera d’incessant allers-retours entre les méfaits du big bad gorilla, qui n’en finira plus de marcher sur des bâtisses en carton, et les séquences mettant en scène les humains. Avec d’un côté les militaires, nos amis les généraux n’en finissant plus de passer des coups de fil énervés aux commandants et vice-versa, et de l’autre l’amourette entre un reporter (Rod Arrants) et une actrice (Joanna Kerns), engagée pour tenir le premier rôle dans un film où elle semble se faire violer tous les trois pas.  Et la routine de s’installer tranquillement, seulement pourfendue par quelques singeries, comme le doux fuck que fait le monstre aux forces armées et ces plans on ne peut plus sexy sur le poitrail du macaque. C’est à dire une plaquette en plastique sur laquelle on a collé un peu de duvet et dessiné bon an mal an deux tétons. Willis O’Brien pouvait dormir tranquille. Heureusement que le final retrouve de la vigueur via une pluie de rochers s’abattant sur des tanks en plastoc, l’animal lançant ses gros cailloux ou des bidons vers l’écran pour justifier les effets 3D tournés à l’époque. De quoi remonter un peu la note et faire oublier ce gigantesque ventre mou à mi-parcours, mais nous laisser aussi avec la désagréable sensation que King Kong Revient ! ne tient pas sur la longueur et ennuie assez vite. On ne bouchera pas les narines pour autant devant le DVD des gars de chez Ciné2Genre, certes perfectible sur le plan technique (mais on sait que l’éditeur n’est pas des plus soigneux) – notamment au niveau de la vf, sujette à quelques coupures de son -, mais sauvé par un très bon bonus de 40 minutes par Philippe Eude.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Paul Leder
  • Scénarisation: Paul Leder, Reuben Leder
  • Production: K.M. Yeung, Paul Leder
  • Pays: USA, Corée du Sud
  • Acteurs: Rod Arrants, Joanna Kerns, Alex Nicol, Nak-hun Lee
  • Année: 1976

2 comments to King Kong revient!

  • Roggy  says:

    Ca a l’air très cheap et un peu pourrave sur les bords, mais comme tu dis, c’est aussi pour ça qu’on les aime ces bandes-là.

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