Nosferatu.com

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Nosferatu.com… Tout est dans le titre en réalité – qui désigne ici le blog de Jérémy, héros du film et passionné par le vampirisme : la tradition immémoriale d’un mythe fondateur, mariée à la modernité numérique de notre ère, à ses réseaux et à ses canaux. Le plan liminaire du film – en amorce, un crucifix brandi par un chasseur de vampires qui progresse dans les couloirs d’une usine désaffectée – prend alors valeur militante. Comme une double profession de foi finalement, portée en étendard par le réalisateur Julien Dève : revitaliser le motif primordial du non mort dans les espaces de notre modernité, et entretenir la flamme d’un fantastique à la française qui s’assume fièrement. Tel est bien le sens de cette note d’intention mise en avant dans le communiqué de presse : « faire un [Rec] made in France« , objectif homothétique aux souhaits de Julien Dève, qui « rêve d’une french touch du cinéma fantastique« . En réalité, cette french touch existe déjà depuis des lustres (malgré les idées reçues), mais nous ne refuserons pas une nouvelle infusion de sang et de jus de chauve-souris.

A l’origine, un court-métrage au titre éponyme (millésimé 2014) – proposé d’ailleurs en bonus sur le DVD : 10 mn pour conter l’aventure de Jérémy et de son cadreur Marco, à la recherche de vampires dans une usine abandonnée… Minimalisme de l’argument, huis clos anxiogène, épilogue tragique et esthétique du rush non dérushé : autrement dit, un cinéma fondu dans les moules du found footage, format idoine à cette horizontalité du temps grâce à laquelle chaque cinéaste en herbe peut espérer sortir quelque chose de sa caméra, même fauché comme les blés. Ulule bouchera les trous de la cagnotte… En l’espèce, la question est donc toujours la même : le court Nosferatu.com méritait-il cette mutation en long Nosferatu.com (1h10), ce développement plus dense d’un synopsis forcément minimal ?

 

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Oui pour être clair, car le found footage est cette forme privilégiée de l’époque comme l’ont bien compris Julien Dève et sa bande : proximité augmentée (« une histoire de vampire qui se déroule juste à côté de chez vous, quelque part perdu dans la campagne normande » souligne le dossier de presse), et esthétique inesthétique de l’image brute qui veut imiter la réalité vraie et se confondre avec elle (« essayer de rendre la chose réelle, crédible« ), surtout à l’heure où plus personne n’est dupe de rien… Bref, traquer l’essence de la trouille dans une image évidemment dégueulasse, via une caméra branlante, des cadrages bancals, des regards caméra respirant la peur, les halètements de héros aux abois, des mises au point atroces, un montage brut de décoffrage et des noirs tous les deux mètres. En gros, feindre d’ignorer toute affèterie froufrouteuse et tout maniérisme de mise en scène, dans une démarche ultra vériste et sensitive de la peur : « T’es pas dans un film là ! » s’exclame Jérémy à l’endroit de son cadreur Marco, qui prend les choses trop à la légère. CQFD.

 

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Au scénario, Julien Dève étoffe donc son court-métrage en y adjoignant de nouveaux personnages et en révisant l’argument initial : cette vidéo mystérieuse qu’a reçue Jérémy après la disparition d’un certain Franck Hammelin, dans une usine laissée à l’abandon… Notre équipe de ghostbusters décide donc de se rendre sur les lieux en quête d’indices, et peut-être même de vrais nosferats. La phase préparatoire est plutôt à la déconnade, puis c’est la partie exploration du cadre en mode urbex, via trois caméras (trois équipes) qui cheminent nuitamment dans les ruines de cette usine immense … jusqu’au moment où Adeline installe sa caméra sur les lieux pour son émission de téléréalité, L’Amour est Partout : pour faire vite, un gentil couple doit apprendre à se connaître (et plus si affinités on suppose) dans un décor insolite… Oui, le found footage est bien symétrique aux codes de la téléréalité, qui fouille l’interaction amoureuse ou haineuse dans les cœurs de ses candidats. La fin est différente bien sûr, mais elle justifie les mêmes moyens. Evidemment, les choses dérapent sévèrement puisque le lieu est en effet hanté par nos amis les vampires… Nos aventuriers imprudents et la naïve Adeline parviendront-ils à sortir indemnes de cette friche industrielle, et maudite ?

 

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Bien sûr, les péripéties qui ponctuent Nosferatu.com ne font pas dans le spectaculaire, le found footage jouant davantage sur l’ambiance et la tension que sur l’action : une porte qui claque, un bruit tonitruant qui déchire le silence, des signes kabbalistiques peints en rouge sang sur les murs, une mauvaise blague en forme de jump scare, une ombre furtive passant au deuxième plan… Mais Julien Dève insuffle un peu de cette énergie et de ce rythme qui manque si souvent au rayon : en effet, le film est plus énervé que le tout-venant et souffre moins de ce remplissage qui galvaude le genre. En d’autres termes, l’horreur surgit vite, les créatures déboulent rapidement dans le récit, et leurs apparitions sont efficaces, voire flippantes, dans la manière dont Julien Sève agence le tout ; l’action est toujours claire dans Nosferatu.com, notamment pendant le dernier quart – très jeu vidéo dans son filmage : point de vue à la première personne, héros calibre au poing qui shoote du monstre à tire-larigot, avant de… mais no spoil. Cette façon de rhabiller les vampires en purs contaminés y est aussi pour beaucoup (promptitude de leurs déplacements, rage meurtrière), sans que Julien Sève ne trahisse le mythe, respectueux de quelques invariants : canines proéminentes, photophobie, pieu dans le cœur pour flinguer la créature … Bref, de l’art de faire du neuf dans un vieux pot, et d’exploiter les potentialités anxiogènes d’un monstre presque antique dans une forme pleinement contemporaine : contrat rempli dans Nosferatu.com.

David Didelot

 

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  • Réalisation: Julien Dève
  • Scénarisation: Julien Dève
  • Pays: France
  • Acteurs: Anthony Lefebvre, Loïc Menage, Adrien Leboulanger, Leslie Fleutry
  • Année: 2016

 

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