Rockill (Rocktober Blood)

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C’est dans les marécages plein de rednecks violeurs que nous avions laissé Ferd et Beverly Sebastian, couple de faiseurs de bandes d’exploitation rencontrés au détour des éditions DVD des deux Gator Bait chez Artus Films. Peut-être lassés de patauger dans la boue, les amoureux quittaient en 1984 leurs bouseux violents pour un chanteur de heavy metal… tout aussi violent, à dire vrai. C’est toujours préférable pour un slasher comme Rocktober Blood, qui préfère les descentes de manche à la Van Halen aux inquiétants synthés de John Carpenter.

 

La nostalgie de la VHS ne profite pas à tout le monde. Prenez par exemple Rockill, titre bien de chez nous cachant en vérité Rocktober Blood : sorti en pleine percée du slasher chez Vestron, on aurait pu penser que ce petit massacre sur les terres de Black Sabbath serait devenu, avec le temps, une petite madeleine de Proust, de ces titres pas super folichons mais que les vieux de la vieille évoquent avec l’oeil brillant. Pour le coup, c’est manqué, ce heavy metal movie parvenant à être encore moins célébré chez nous que les déjà plus ou moins obscurs Black Roses, Trick or Treat ou Rock’n Roll Nightmare. Faut dire que contrairement aux States, les verrues d’acier de Motörhead et les riffs griffeurs de Judas Priest n’ont pas créé un tsunami de nuques longues en France, mais plutôt une petite vague de vestes à patchs. La logique est triste mais bien réelle : le hard restant globalement un phénomène limité dans nos contrées, les films posant avec cartouchières et bracelets à clous ne peuvent prétendre à la même portée commerciale que chez l’Oncle Sam. A plus forte raison lorsque le résultat en lui-même n’est pas terrible… Ce qui est bien évidemment le cas de Rockill, mais pouvait-il réellement en être autrement d’une pelloche sortie du four des Sebastian, tribu hautement sympathique mais pas vraiment connue pour être sur un pied d’égalité avec les plus grands ? Certes, le premier Gator Bait se défendait encore bien, et les fanas du cinoche grindhouse des années 70 trouveront probablement leur compte dans leurs premiers méfaits, mais il reste difficile de parler de valeurs sûres à leur égard. Inutile de préciser que question slasher, Rocktober Blood ne peut donc pas prétendre avoir le sac à outils aussi garni que celui des méfaits de, mettons, un Joseph Zito ou un Paul Lynch.

 

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A leur décharge, les Sebastian n’ont jamais eu l’appui des gros studios, et leurs petites pelloches désargentées, c’était en famille qu’ils les façonnaient, Rockill voyant d’ailleurs leur fiston y faire l’acteur. Mieux vaut donc savoir rester enfoncé dans son canapé devant une Série B dans tout ce qu’elle a de plus fauché, et même se montrer tolérant à un niveau défiant toute concurrence question script écrits avec des moufles. Que Rocktober Blood soit visuellement assez laid et ne profite pas de comédiens tutoyant les dieux, on peut le comprendre au vu de la maigre trésorerie avec laquelle Beverly et Ferd doivent composer. Que leur scénario soit soigneusement rédigé ou fait à la va-vite en enchaînant les conneries grosses comme un poing de boxeur, cela ne coûte pas plus cher dans un cas que dans l’autre. Difficile dès lors de leur excuser ce scénario tout sauf finaud et pas à une contradiction près… L’idée de base n’est cependant pas plus mauvaise qu’une autre, les Sebastian se penchant sur le cas de Billy « Eye » Harper, hurleur populaire qui grille un jour le mauvais fusible et se met à assassiner son producteur et son assistante. Si Terror on Tour (1980) a déjà dégainé la carte du serial-killer venu du monde des hardos quatre années auparavant, le thème reste suffisamment frais et dans l’air du temps pour séduire. Et puis, Billy Eye fait un méchant vraiment pas gentil pour le coup : dans un rire sardonique, il décide même de s’en prendre à Lynn, chanteuse pour laquelle il a écrit une chanson et qu’il agresse désormais avec son opinel. Heureusement pour la brune diva, l’agent de sécurité entre dans le studio d’enregistrement et c’est à lui que décide de s’en prendre le musicien, qui s’en va courser le gardien. Coupure nette vers un type portant un masque de monstre encapuchonné et dansant sur scène, nous offrant par la même occaz’ une séance de breakdance à faire honte à un unijambiste. Nous sommes deux ans après les faits, nous annoncent les Sebastian via un panneau, et plus précisément à une petite sauterie organisée pour le Rocktoberblood Tour, tournée voyant le groupe de Lynn partir sur les routes en vue d’électrifier les oreilles des bons petits Américains. Un présentateur sniffeur de coke est bien évidemment dépêché sur place pour immortaliser l’évènement, et nous apprendre que cela fait déjà un an que le cruel Billy a été exécuté pour avoir liquidé 25 personnes. 25 ?! Nous n’avons pourtant vu que deux meurtres, m’enfin…

 

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Bien entendu, la star de la soirée n’est autre que Lynn, à qui le passage sur la chaise électrique fait par l’ancien leader de son groupe a bien profité, puisqu’elle est désormais catapultée frontwoman des chevelus. Ce qui ne semble pas au goût de tout le monde, car en coulisse la belle est agressée par un type portant le même masque que le danseur de pacotille. Comme les Sebastian ne sont pas du genre à ménager leur suspense, le vil bonhomme dévoile son identité alors que le premier quart d’heure du métrage n’a pas sonné : il n’est autre que Billy Eye ! Stupéfaction pour Lynn, épargnée par le tueur (lors d’une scène qui ne nous sera pas montrée, on retrouve juste la demoiselle en pleurs au sol) mais pas au bout de ses peines puisqu’il va la harceler au téléphone ou dans les bois. Et comme de juste, tous ses amis ont bien du mal à croire qu’un mort soit sorti de sa tombe pour emmerder la cocotte… Rocktober Blood est donc de ces slasher misant sur la fébrilité mentale de sa final girl, et sur la possibilité que ce soit au final elle la tarée zigouillant à tour de bras. Car comme de juste, les cadavres finiront par pleuvoir, une première amie de Lynn finissant noyée dans un jacuzzi puis démembrée vivante (tiens, elle était pas noyée il y a deux minutes?), tandis que la seconde se prendra un coup de fer à repasser brûlant sur la gorge. On ne pourra pas reprocher à Rockill d’y aller mollo question brutalité, et si Beverly Sebastian savait tenir une caméra correctement et s’était assurée que les scènes soient correctement éclairées, on aurait peut-être pu profiter de séquences gore mémorables. Las, le résultat a l’écran est particulièrement laid et plongé dans la pénombre, rendant difficile la dégustation de ces quelques actes de sauvagerie. Rocktober Blood, un slasher où il n’y a rien à voir et dont il faut encore moins espérer ?

 

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Pas tout à fait, car si sur le plan formel c’est le zéro pointé – mais soyons honnêtes et admettons que ce côté crade et quasi-amateur participe au charme des productions de ce (ca)niveau – la personnalité de Billy Eye vient apporter un peu de nouveauté. Alors que la majorité de ses condisciples prennent exemple sur Michael Myers et Jason Voorhees et se font tueurs de peu de mots, le chanteur compte bien rappeler qu’il a de la voix. Ainsi, lorsqu’il n’éclate pas d’un rire tonitruant, il passe quelques coups de fil à Lynn, lui assurant qu’il rêve « de voir couler sur son visage le sang chaud de sa chatte ». On a la classe ou on ne l’a pas. N’empêche que l’aspect lubrique de la menace apporte un soupçon d’identité à Rockill, tout comme le fait que le meurtrier agit la majeure partie du temps à visage découvert (dommage, ce masque de la Faucheuse avait son petit charme). Et puis, conscients qu’il leur faut un final pétaradant contrastant avec la mollesse du deuxième acte, dans lequel Lynn ne fait que prendre des douches (pas totalement inintéressantes, ces douches, certes…) et se plaindre qu’elle se sent suivie, les Sebastian frappent un grand coup lors du tant attendu concert. Outre une bande-son de premier choix (c’est le groupe Sorcery à la flying V et aux baguettes), on appréciera cette idée folle voyant la fameuse Faucheuse arriver avec un pied de micro en forme d’épée, ce qui lui sert à éventrer et décapiter les danseuses autour de lui, lançant leurs entrailles à une foule en liesse. Tellement cool qu’on en oublie qu’une fois que les membres du groupes se rendent compte que cet invité inattendu tente de butter leur hurleuse Lynn, ils continuent de jouer comme si de rien n’était ! Et lorsque le maniaque en chef se prend un coup de guitare électrique qui… ben l’électrocute, le bonhomme, alors en train de chanter, tient la note et continue son concert  malgré son futur statut de trucidé ! On saluera la professionnalisme, mais on reconnaîtra aussi que tout cela n’est pas bien finaud. Le genre de détails qui nous laissent avec l’impression que les Sebastian ne peuvent s’empêcher de ruiner leurs propres efforts d’une manière ou d’une autre… N’empêche que le fana de metal old-school y trouvera probablement son compte, et que Rocktober Blood, malgré son statut de slasher bien trop elliptique et mal fagoté, divertit suffisamment pour que l’on accepte de headbanger avec lui. Horns up !

Rigs Mordo

 

 

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  • Réalisation: Beverly Sebastian
  • Scénarisation: Beverly Sebastian, Ferd Sebastian
  • Production: Beverly Sebastian, Ferd Sebastian
  • Titre Original : Rocktober Blood
  • Pays: USA
  • Acteurs: Tray Loren, Donna Scoggins, Cana Cockrell, Renee Hubbard
  • Année: 1984

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