Le Droit de Tuer

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Il nous est tous arrivé au moins une fois dans nos petites vies rangées d’assister à une incivilité à laquelle nous aurions aimé mettre un terme à la force de nos semelles. Mais est-ce par peur ou à cause de notre satanée conscience, nous ne faisons jamais rien. Mais les films de vigilante sont là pour nous venger, car de conscience et de peur ils sont dénués.

 

Ces dernières années, les fans de vigilante (ou films de justiciers si vous préférez) ont été bien mis en avant. Entre Death Sentence, Harry Brown, Outlaw, Hobo with a Shotgun ou The Horseman, on ne sait que choisir et on finit par se dire que la délinquance ne doit pas faiblir pour que tous ces films germent dans les esprits de leurs géniteurs. Mais c’était déjà pareil dans les années 70 et 80 avec des films comme le bien-nommé Vigilante de William Lustig ou la série des Death Wish avec Charles Bronson ou, justement, Le Droit de Tuer, alias The Exterminator. Un peu oublié avec le temps, le film est remonté à la surface en même temps que l’élan de nostalgie qui a touché les cinéphiles ces dernières années, permettant même au film de ressortir en Blu-Ray chez l’éditeur anglais Arrow, pourtant spécialisé dans les films d’horreur. Le film est chez nous plus connu des nanardeurs, non pas parce qu’il fait partie de cette catégorie mais parce qu’il met en scène Robert Ginty qui, lui, a joué dans plus de mauvais films sympathiques qu’il n’en fallait !

 

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Comme souvent dans le genre, The Exterminator met en scène des vétérans d’une guerre, dans ce cas-ci celle du Vietnam. John Eastman (Ginty, donc) en est un et est plutôt paisible. Même sur le front, il ne semblait pas le meilleur soldat du monde, son cul étant sauvé par son pote Jefferson (Steve James, vu dans American Ninja, Les Guerriers de la Nuit ou Vigilante). Mais lorsque ce dernier se fait agresser si violemment qu’il en tombe dans le coma et finit paralysé, John voit rouge et se dit qu’il serait temps de passer la seconde. Il commence alors une entreprise de démolissage de voyous et gangsters en tous genres, ce qui finit forcément par attirer l’attention de la police, du flic James Dalton (un habitué des films de genre, vu dans le Frayeurs de Fulci ou le Pieces de Juan Piquer Simon) en premier lieu. Eastman va donc devoir faire gaffe à ses fesses s’il veut pouvoir nettoyer la ville encore longtemps… Les similitudes scénaristiques avec Un Justicier dans la Ville (alias le premier Death Wish) sont assez frappantes, on peut même arguer sans peur que c’est à peu de choses près le même film. La seule réelle différence venant du fait que le film de Bronson fait nettement moins série B que celui-ci, réalisé par James Glickenhaus, à qui l’on doit The Protector avec Jackie Chan.

 

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Un petit peu comme Hobo with a Shotgun pour taper dans les films récents, Le Droit de Tuer possède un petit coté comic-book. Les persos sont volontairement caricaturaux, que ce soit les voyous ou les gangsters qui prennent leur déjeuner non loin de leur piscine, entre deux corruptions et rails de coke. D’ailleurs, l’accent sur leur cruauté est bien mis en avant. Si le début se fait classique et que nous ne sommes guère choqués par les agissements somme toute classiques des malfrats qu’on nous met sous les yeux, cela change vite. Pédophile torturant une prostituée en lui brûlant les seins, bande de jeunes volant et frappant une vieille… Autant dire que des efforts sont donnés pour que le spectateur soit pris d’une rage destructrice, d’une envie de dessouder toute la racaille qui peuple le film. Mais après tout, n’est-ce pas là le principe de ces films ? Nous montrer d’immondes pourritures qui se feront dessouder joyeusement par notre justicier en service, qui viendra nous laver de nos pulsions meurtrières et violentes. Des héros qui incarnent parfaitement la catharsis, la libération de toute forme de brutalité et de colère qui gronde en nous. Merci Robert Ginty !

 

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La pochette du film nous promet monts et merveilles. Un justicier portant un masque de moto et tenant un fabuleux lance-flamme. Nous nous imaginons déjà en train de rire aux éclats en voyant nos gredins des villes carbonisés, courant dans tous les sens avec le dos enflammé. Mais la pochette se fout de notre gueule. Oui, Robert Ginty porte un casque de moto, dans une seule scène. Et oui, il utilise un lance-flamme à un moment. Mais il ne tue personne avec, l’ustensile ne lui servant que pour un interrogatoire. Bon, il fait quand même cramer un mec avec une allumette et un peu d’essence, mais ce n’est pas pour ça qu’on venait, à la base. C’est un peu le gros problème du film, les exécutions sont vite expédiées et assez peu sanglantes. On ne demandait pas une torture de deux heures à chaque fois, au contraire, mais un minimum de tension, un peu de gore. La seule scène tenant ses promesses est celle de la machine à broyer la viande dans laquelle Ginty envoie dormir un gangster. Mais pour le reste, vous n’aurez que des coups de feu à vous mettre sous la dent. C’est dommage car lors de sa scène d’ouverture au Vietnam, le réalisateur nous montre une décapitation bien crapouille, avec effets et maquillages de Stan Winston à la clé. Alors forcément, on s’attend à un spectacle généreux en gros effets et l’on est un peu déçu de la suite…

 

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L’autre gros problème, c’est que le film est un peu longuet. Entre deux scènes où l’exterminateur extermine mollement, on se tape une enquête policière qui ne nous intéresse pas, comme dans la plupart des bandes du genre. Il faut toujours que l’on nous balance une histoire de flic dans le truc et, si c’était bien fait, pourquoi pas, mais c’est rarement le cas. Ces scènes semblent à chaque fois présentes pour allonger un peu le film et pour montrer que les réalisateurs ne sont pas d’accord avec les agissements de leurs héros et qu’au fond, l’auto-justice c’est pas bien. Ils s’achètent une conscience, en somme. Ou plutôt ils font leur possible pour qu’on ne puisse pas leur retomber dessus en les accusant de prôner la violence. Notons que certains films récents ne s’embarrassent pas avec tout cela, il suffit de voir Harry Brown ou Outlaw pour s’en convaincre, ceux-ci étant nettement plus immoraux et moins ambigus. En définitive, The Exterminator n’est pas franchement le Vigilante-flick que l’on se ferait toutes les semaines. Limite, le voir une fois suffit amplement. Alors bien sûr, l’aspect rétro fait plaisir à voir, tout comme une esthétique qui nous ramène aux quartiers crasseux des cinémas de quartiers et des bordel, des rues qui ont quitté le cinéma depuis bien longtemps. Le Droit de Tuer n’est donc pas nul, au contraire, il eut même suffisamment de succès pour avoir une suite, toujours avec Ginty. Mais si vous voulez vous faire un vigilante de l’époque, préférez les Death Wish ou Vigilante, un peu plus réussis, bien que moins glauques et violents également.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation et scénario: James Glickenhaus
  • Titre original: The Exterminator
  • Producteur: Mark Buntzman
  • Pays: USA
  • Acteurs: Robert Ginty, Christopher George, Steve James, Samantha Eggar
  • Année: 1980

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