Commando Ninja

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C’était il y a quelques mois, en février 2018… Un incroyable trailer avait alors surgi de nulle part sur TuTube, qui nous fit bander comme des ânes nous autres mammifères primaires : 3 mn 17 au compteur, un logo imitation Cannon à l’entame, et la promesse d’un actioner absolument fou, comme une suite ininterrompue de punchlines définitives, de rafales hyper sanglantes, de héros bodybuildé, de ninja rouge maquillé en predator, de voyage dans le temps, de (veloci)raptors même, avec katanas, M16 et shurikens en accessoires essentiels. En fin de B.A., les mecs osaient même présenter une ligne de figurines dévolue aux personnages du film, spot publicitaire façon Action Joe, Action Man ou Big Jim (pour les plus vieux)…

 

 

 

Bref, le trailer folingue de Commando Ninja esquissait la toile peinte d’un univers mental pleinement 80’s, et l’horizon bien connu d’un cinéma d’action viriliste et populaire, placé sous l’égide des Schwarzenegger et compagnie… Dans un rayon très voisin, Le Réserviste de Mathieu Berton avait déjà fait le taf, mais nous n’allions pas refuser une nouvelle infusion. En bref, un hommage hommageux à la mitrailleuse lourde, une offrande loufoque sacrifiée aux Commando, Predator, Rambo 2 et autres ninjas movies de la période. Commando Ninja : le Robowar des années 2000, le Strike Commando de la new generation ? Si seulement… En pareille matière, la question serait toujours la même cependant : n’aurait-il pas fallu s’arrêter là ? N’aurait-il pas fallu borner son plaisir à ces trois minutes parmi les plus exaltantes de l’année ? Initialement prévu comme une simple bande-annonce, puis comme un court-métrage, Commando Ninja aurait-il dû rester en l’état, ou mériterait-il vraiment un développement en film, une mutation en long-métrage ? L’attente était donc fébrile dans les chaumières, et le mot est faible !

 

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Une campagne Kikstarter plus loin (32 000 euros récoltés !), trois années de production plus tard, et le soutien de David Sandberg en prime (le bien barré Kung Fury en 2015, qui mangeait aux mêmes râteliers que Commando Ninja), le film débarquait sur les écrans ce vendredi 21 décembre 2018 : au premier jour de l’hiver donc, mais jour brûlant comme la braise pour nous autres, ce qui n’a rien à voir avec le réchauffement climatique. Au final, un court long-métrage (68 minutes), entièrement tourné dans le sud de la France (aux alentours de Montpellier), et ce pendant 35 jours de guérilla nous dit le pavé de presse : on veut bien croire le pavé de presse, tant l’on sait les difficultés logistiques et fiduciaires d’un tel projet… N’empêche, les mecs balancèrent gratos leur film sur YouTube, dispo en version française, anglaise et… polonaise. Les mecs ? Oui bien sûr, mais surtout le maître d’œuvre et réalisateur du film, Ben(jamin) Combes. Qui ? Benjamin Combes, monteur vidéo de formation qui débuta dans le documentaire et le sport, avant d’obliquer vers l’univers du jeu vidéo en réalisant trailers et autres spots pour la multinationale Ubisoft (sur des licences comme Assassin’s Creed et Tom Clancy notamment). Visiblement, le démon du cinoche lui titillait la tripe – coupable déjà de quelques courts-métrages -, et en 2018 il franchissait alors le Rubicon : produire et réaliser son propre film d’action, faire aboutir un rêve de fan goinfré à la mitraille en forêt, et mettre en boîte « un long-métrage d’action-comédie hommage aux blockbusters des années 80 tels que Predator, Rambo, Mad Max« .

 

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Le gars ne croit pas si bien dire tant le pitch exhale l’odeur de la poudre, de la sueur et du sang : ainsi, l’histoire de Commando Ninja narre les mésaventures du major John Hunter, un Béret Vert ancien du Vietnam, moitié commando moitié ninja. Comprendre un soldat infaillible, rompu de surcroît aux immémoriales techniques du ninjutsu… Nous sommes en 1986, et le gars vit sa retraite paisible dans sa cabane au Canada, passant son temps à couper du bois. Mais un beau jour, les démons du passé rattrapent le mec : sa fille Jenny est kidnappée par une organisation secrète de ninjas, dirigée par un dictateur sud-américain (le colonel Kinsky) dont le rêve est de créer un nouvel ordre mondial, par delà les frontières du temps… Oui, ça ratisse très large et très loin question modèles, via un scénario gavé par l’entonnoir aux influences les plus séduisantes du cinéma 80’s. En réalité, tout doit tenir dans Commando Ninja, en un plan, une scène, ou une séquence ; toute une culture, tout un pan cinématographique de la décennie glorieuse. Si l’on voulait résumer, on dirait que le tronc s’appelle Commando, dont les branches primordiales seraient Predator (la Némésis de John Hunter, ce ninja rouge à la vision thermodynamique), Terminator (avec le soldat Kowalski transformé en une espèce de cyborg faux livreur de pizzas), Rambo 2 (l’iconisation outrancière du Dieu Testostérone, quand Hunter se prépare à l’affrontement), Mad Max 2 (l’épilogue post-apo situé en 1998, avec ses nouveaux barbares qui prendront cher) et le cycle ninjas de la Cannon – Sam Firstenberg en tête -, ou celui de Godfrey Ho – si l’on est mal luné.

 

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D’où cet esprit totalement ludique qui souffle sur le film, vrai jeu de pistes dont les règles sont présentés dès l’entame : la chambrette de Jenny, couverte de posters (Ninja III : The Domination : ça fait plaisir !) met en exergue les balises cinéphiles de Commando Ninja, dont nous retrouverons les déclinaisons dans la suite. Et les déclinaisons sont nombreuses, du patronyme de tel ou tel personnage (la fifille « Jenny » donc – Commando, le soldat « Hawkins » – Predator, le héros « Hunter » – l’un des premiers titres envisagés pour Predator…), jusqu’à cet éternel Val Verde, pays fictif d’Amérique latine inventé par le scénariste en blockbuster Steven E. De Souza, et cité dans Commando ou 58 Minutes pour Vivre. Le San Theodoros pour les musclés en quelque sorte. « Fan film » totalement assumé, excessivement parodique et ultra référentiel, Commando Ninja dépasse les frontières du « genre » néanmoins, se montrant plus ambitieux et plus audacieux que le tout-venant. La folie des grandeurs paie vraiment bien en l’espèce, et le film tient la promesse d’un exotisme tout autant géographique que temporel, qui « vous emmènera du Los Angeles des années 80 au Vietnam des années 60, en passant par l’Amérique Centrale et jusqu’au futur post-apocalyptique de 1998 ! » Sublimé par un jusqu’au-boutisme absolu dans la violence, un montage au cordeau (seul petit bémol, le combat un peu long des deux commandos ninjas…), une B.O. synthétique typiquement 80’s (Thomas Cappeau) et un acteur parfaitement bovin dans les rangers du héros (Eric Carlesi, à la carrure idoine), Commando Ninja vaut enfin pour des dialogues impayables et des répliques immortelles. La meilleure d’entre toutes, le dessert en un mot : « Merde… la gauche a dû repasser au pouvoir » déplore John Hunter au moment où il débarque dans un futur dévasté. Génial, point barre. Comme tout Commando Ninja, film le plus excitant de l’année pour bibi, qui attend maintenant la version longue avec une impatience de pucelle… Nous avons donc la réponse à notre question : non, le trailer n’avait pas menti, il n’était bien qu’un simple apéritif à ces agapes du gunfight, et c’eût été un crime de s’en contenter.

David Didelot

 

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  • Réalisation: Benjamin Combes
  • Scénarisation: Benjamin Combes
  • Production: James Secker, Tristan de Carbon
  • Pays: France
  • Acteurs: Eric Carlesi, Olivier Dobremel, Philippe Allier, Stéphane Asensio
  • Année: 2018

 

2 comments to Commando Ninja

  • Pourfendeur  says:

    Bonjour !

    Merci pour cet article, ça donne envie ! Savez-vous si une sortie physique en DVD est prévue ?

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