Ecorché Vif (Skinned Deep)

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Trimer pour réaliser les rêves des autres en mettant les siens de côté, ça va cinq minutes : s’il est un soldat d’excellence toujours prêt à partir au front pour mouler quelques vilaines bêtes pour satisfaire les pulsions de ses employeurs, Gabe Bartalos est aussi un créatif ne se contentant pas de l’imagination des autres. La preuve avec Ecorché Vif (2004), alias Skinned Deep, Série B à un poil de cul de l’aliénation la plus totale, et le sentier crado où Massacre à la Tronçonneuse et Basket Case marchent main dans la main.

 

En théorie, Gabriel Bartalos est le candidat parfait, celui que tous les producteurs tapant dans l’horreur sans trop de moyens mais pas franchement miséreuse non plus s’arrachent, sur seul foi d’un CV en béton. C’est qu’ils sont finalement assez rares, les pros des sfx pouvant se vanter d’avoir prêté leurs services à une bonne partie de la faune du fantastique sanguinaire, passant de Stuart Gordon (From Beyond, Dolls) à Sam Raimi (Darkman), de Jim Wynorski (Munchie) à Charles Band (The Creeps, même si c’est de la merde), de Tobe Hooper (Massacre à la Tronçonneuse 2) à Fred Olen Ray (Sideshow). Bartalos a pour ainsi dire tout connu des années 80 aux 2000, se retrouvant aussi bien sur de petites choses bientôt cultes mais rafistolées de toutes parts (Spookies), que sur des productions pétées de thunes pensées pour vendre du pop-corn (le Godzilla de Emmerich, Underworld). C’est néanmoins dans le B-Movie pur et dur qu’il fera carrière, devenant le bras droit de Frank Henenlotter (il le soutient dans toutes ses œuvres) et le créateur du maquillage du lutin malicieux Leprechaun, qu’il accompagnera sur toutes ses séquelles jusqu’en 2003. Bref, le bonhomme, aussi passé sur le set de Gremlins 2, est une aubaine pour tout movie mogul qui se respecte, une assurance d’avoir du boulot bien fait et professionnel pour des budgets allant du réduit au confortable. Et pourtant, Bartalos ne daigna pas tenter l’aventure avec un producteur, préférant la case guerilla filmmaking et la liberté totale que lui apportera une auto-production. Faut dire que le Skinned Deep sorti de sa matière grise a de quoi rebuter du monde, y compris les têtes pensantes de studios pourtant déjà foufous comme Full Moon, puisqu’à son programme se trouvent le Surgeon General, chirurgien ultra-violent avec un piège à ours en guise de mâchoire, le nain psychopathe Plates, spécialisé dans le lancer d’assiettes, le benêt Brain dont la cervelle est si énorme qu’elle en sort de son crâne et une vieille bique cachant derrière son large sourire de sombres intentions. Sans oublier cette sorte d’homme-poulpe minuscule, ayant trop vu la série Tortues Ninja puisqu’il imite le célèbre Krang et se cache, lui aussi, dans le bide d’un être robotique. Et comme de juste, tout ce beau monde ne se lance pas dans d’interminables parties de Monopoly, mais plutôt dans l’équarrissage d’une petite famille de touristes, épargnant tout de même la plus jolie cocotte de la tribu pour en faire leur nouvelle recrue, et une potentielle épouse.

 

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On l’a dit plus haut, on le redit maintenant : Skinned Deep, c’est la mixture parfaite entre le classique de Tobe Hooper, avec sa fratrie de dégénérés cannibales vivant à l’abri des regards et se roulant dans la crasse, et l’univers de Frank Henenlotter, fait de freaks à la gueule en biais pas toujours aussi salopards que leur physique peut le laisser supposer. A coup sûr le genre de projets aptes à vous faire baver sur l’oreiller des nuits entières, et dont Bartalos tire bien évidemment quelques folles séquences, au point de faire d’Ecorché Vif une tornade grindhouse où se percutent influences dépravées et idées joyeusement grotesques. Voir par exemple ce dernier acte, débauche gore montrant de vieux bikers débarquer sur les terres des maniaques avec la ferme intention d’en découdre (l’un des leurs s’est fait zigouiller par les bad guys auparavant), et auquel la mamy offrira des sigles des voitures explosifs qui réduiront en bouillie leurs caboches grisonnantes. Ou encore ce courageux passage montrant Brain courir à oilpé en plein Time Square, le tout sans autorisation d’y filmer quoique ce soit bien entendu, cette petite séance de sprint le zob à l’air se concluant par l’arrestation de l’acteur Jay Dugré. On ne recule devant rien dans l’équipe Bartalos, et on ne se refuse aucune idée. Après tout, pourquoi s’être lancé dans l’aventure de la prod indé si c’est pour retenir ses coups ? Au risque de partir dans tous les sens, le sympathique Gabe se lâche, autorisant son héroïne à dégueuler sur l’objectif, filmant une scarification réelle pour introduire le titre du film ou usant des CGI pour zoomer dans la cage thoracique d’un papy (Forrest J. Ackerman honore le film de sa présence) en pleine crise cardiaque. L’ennui, c’est que trop pressé de partir filmer un Warwick Davis plus cabot que jamais dans le rôle de Plates ou des égorgements plus ou moins graphiques selon les cas, Bartalos part au combat mal préparé et se loupe à plus d’une occasion.

 

 

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Misant tout sur son énergie, au point de ne se fendre que d’un seul et unique jet du scénario, notre auteur multi-tâches en oublie de réviser sa grammaire cinématographique, et Skinned Deep étant son tout premier boulot en tant que réalisateur, il sent malheureusement un peu trop la peinture fraîche. Se faire la main sur un ou deux courts, ou même juste y aller de ses expérimentations visuelles à l’abri des regards, n’aurait en effet pas été du luxe avant d’entamer Ecorché Vif, visuellement inégal. Les moins tolérants pesteront en effet à plusieurs reprises sur cette photographie indécise, tantôt très pro, tantôt très amateure ; ou devant ces ralentis fort peu esthétiques, censés mettre en valeur le Surgeon General mais le rendant paradoxalement plus ringard qu’autre-chose. Et puis d’une manière générale, Bartalos a bien du mal lors des scènes un peu mouvementées, tantôt dévitalisées, tantôt incompréhensibles (la course-poursuite en bagnole au départ, la gestion de l’espace en certains instants). Rien de bien grave, et ces bévues de débutants peuvent même apporter du charme à l’ensemble, tant elles soulignent la bonne volonté d’un metteur en scène si pressé de faire qu’il en a oublié d’apprendre. Pas l’idéal pour shooter une œuvre au dressage millimétré, et le débutant n’a sans doute pas le compas dans l’oeil en la matière. Mais parfait pour retrouver un esprit frondeur digne des plus belles années, soit les années 70 et 80, et faire de Skinned Deep un pendant fauché mais attachant au House of 1000 Corpses de Rob Zombie, avec lequel il partage quelques points communs. Surgeon General et Dr. Satan, même combat ? Un peu mon neveu, d’autant que Bartalos, comme Zombie dans ses bons jours (ses mauvais étant tous ceux l’ayant conduit à nous pondre son 31 tout naze), se révèle être un faiseur inspiré lorsqu’il s’adonne à l’épouvante atmosphérique, basée sur des décors travaillés et un aspect putride jamais pris en défaut (la découverte des sous-terrains plein de cadavres). De quoi donner envie de se pencher sur le cas de Saint Bernard, deuxième film de notre nouveau copain, débuté en 2013 mais toujours pas sorti à l’heure où j’écris ces lignes. Pas grave, on patientera.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Gabe Bartalos
  • Scénarisation: Gabe Bartalos
  • Production: Gabe Bartalos
  • Titre Original : Skinned Deep
  • Pays: USA
  • Acteurs: Jason Dugre, Warwick Davis, Karoline Brandt, Liz Little
  • Année: 2004

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