La Pluie du Diable

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Pas toujours faciles, les pactes avec le Diable. A plus forte raison lorsque celui-ci prend plaisir à torturer un réalisateur ignorant encore que ses plus belles années sont derrière lui (Robert Fuest) et quelques stars qui se demandent encore ce qu’elles sont venues foutre dans La Pluie du Diable (1975). Welcome to hell !

 

 

Devenu culte pour une petite partie des fanas du cinoche horrifique, honni par tous les autres, The Devil’s Rain a tout du film maudit, de la marque infamante gravée dans la chair des malheureux passés sur son set. Si certains ont tout de même trouvé une carrière glorieuse (John Travolta faisait ici ses premiers pas dans un tout petit rôle, masqué qui plus est), et que quelques heureux sont parvenus à rebondir malgré la honte (William Shatner pour n’en citer qu’un), d’autres trouvèrent leur enfer personnel avec La Pluie du Diable, qui les trempa à tout jamais. Il en est ainsi de Robert Fuest, apprécié en nos murs pour avoir shooté les deux Dr. Phibes avec Vincent Price, réalisateur jadis en passe de devenir un Master of Horror malheureusement transformé en sinistre loser aux yeux du gratin hollywoodien suite à cette rencontre avec Lucifer. Echec retentissant, démonté par la critique et très vite renié par son casting trois étoiles – Ernest Borgnine trouva le tournage déplaisant, prétendit que le tout fut financé par la mafia et qu’il ne fut jamais payé, tandis que Travolta ria du film quelques années plus tard – The Devil’s Rain fut le premier clou dans le cercueil d’un Fuest alors forcé de se retrancher à la télévision. La Pluie…, un film maudit ? On peut le dire, puisque la genèse de cette messe noire faite film soufra d’un tournage traversé par quelques accidents, et sacrément raccourci puisque passé de huit semaines à 14 jours. Et c’est sans compter l’impossibilité de fidéliser quelques poids lourds du genre au projet, ces Messieurs Vincent Price, Peter Cushing, Joseph Cotten ou Christopher Plummer ne restant que des fantômes jamais passé dire bonjour. Mais est-ce que leur présence aurait réellement changé le plomb en or ?

 

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Probablement pas tant les défauts de La Pluie du Diable ne se trouvent en aucun cas au niveau de l’interprétation, Borgnine faisant de l’excellent travail en gourou sardonique d’une secte satanique, tandis que Shatner, Eddie Albert, Ida Lupino ou Tom Skerritt semblent prendre l’affaire au sérieux, ignorant encore qu’elle leur mettra un petit coup dans l’aile. Quant à Fuest, les conditions difficiles dans lesquels il shoota cette averse diabolique n’ont pas entamé son talent : sur le strict plan visuel, The Devil’s Rain tient ses promesses et délivre un spectacle faisant honneur à son sujet. On ne sait trop si c’est la présence du prêtre de l’église de Satan en tant que conseiller qui permit une telle avalanche de séquences dérangeantes, mais force est de constater que les 85 minutes que dure le film apportent un sacré catalogue. Suppôts du Malin encapuchonnés privés de globes oculaires, transformation de leur chef en homme-bouc, flashback montrant l’inquisition brûler tout ce beau monde voilà 300 ans, vieillard pendu par les pieds après avoir été passé à tabac, demoiselle semblant enfermée dans un monde ténébreux, pentagramme gravé sur un torse et, last but not least, un grand nombre de figurants fondant comme de la cire. Un effet que Fuest semblait tellement apprécier que les dernières minutes du film ne montrent pour ainsi dire rien d’autre que ces liquéfactions… Volonté de mettre en avant un effet spécial flattant la rétine ou bonne occasion de meubler un peu ? Un peu des deux peut-être, d’autant que le script, indéniable point faible de l’entreprise, semble tenir sur un ticket de caisse.

 

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Comparable au mythe de Dracula dans sa structure, le scénar’ trompe donc le spectateur sur l’identité de son héros, donnant ce qui semble être le premier rôle à Shatner avant d’en faire un prisonnier torturé par les hommes à capuche vénérant Belial. A son frère incarné par Tom Skerritt de prendre la relève, devenant dès lors le preux chevalier du Bien parti donner la fessée hordes du Mal cornu. Et tout cela, bien évidemment, avec le soutien du Petit Jésus, de la Sainte Marie mère de Dieu, de l’âne et du bœuf. On pense donc à un certain Jonathan Harker, que tout le monde prend toujours pour la figure héroïque venue planter un pieu dans le coeur du poto Vlad Tepes, alors qu’il sera, on le découvrira bien vite, sa première victime. Pas très neuf, mais si rarement utilisé que la technique, plutôt cavalière, apporte un soupçon d’originalité. Mais c’est bien là la seule petite idée amenée par les trois scénaristes Gabe Essoe (Star Trek : Deep Space Nine), James Ashton (encore un pauvre type frappé par la malédiction La Pluie du Diable puisqu’il ne fera plus rien par la suite) et Gerald Hopman (qui restera en terrain maléfique en produisant Evilspeak), visiblement incapables de donner un peu d’énergie à l’ensemble. Résultat, The Devil’s Rain ne ressemble pas à grand-chose si ce n’est à une enfilade de sabbats, l’histoire étant à la fois trop décousue et sujette à faire du surplace, et trop tardivement compréhensible. Car en entrant directement dans le vif du sujet en montrant les amis du Diable s’en prendre à la famille de William Shatner, Fuest s’assure un départ en fanfare, mais perd également un public pas forcément ravi à l’idée d’attendre près d’une heure pour savoir de quoi il en retourne… Et entre-temps, on s’emmerde un peu, faut bien l’avouer.

 

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Bien qu’exagérées, les critiques négatives n’avaient pas totalement tort en parlant de film d’horreur raté puisque dans l’incapacité de faire frissonner réellement. Si ce n’est la fameuse scène d’introduction et sa menace invisible et étouffante, rappelant le superbe Course contre l’Enfer, La Pluie du Diable tient plus du défilé d’images plus ou moins dérangeantes que du summum de la flippe. Gros délire satanique et psychédélique, l’oeuvre damnée de Fuest rappelle ces cauchemars que l’on peut faire une fois fiévreux, désunis et sans réel sens, et s’adresse dès lors plus facilement aux cinéphiles en quête de curiosité qu’aux adorateurs de l’épouvante pure.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Robert Fuest
  • Scénarisation: James Ashton, Gabe Essoe, Gerald Hopman
  • Production: Louis Peraino
  • Titre Original : The Devil’s Rain
  • Pays: USA
  • Acteurs: Tom Skerrit, Ernest Borgnine, William Shatner, Ida Lupino
  • Année: 1975

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