Luther The Geek

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Si Troma s’est fendu du film de volatiles ultime en 2006 avec Poultrygeist, la maison-mère du Toxic Avenger n’en était pas pour autant à son coup d’essai au niveau de l’horreur calquant son rythme sur celui du chant du coq. Car oui, après un Eventreur de New York et son assassin faisant le canard, Luther The Geek (1989) fait les présentations avec un dérangé qui se prend pour un poulet… Un film où l’on marche sur des œufs ?

 

Ne jamais sous-estimer les réunions de famille et les repas où se croisent les générations, ils sont souvent plus instructifs qu’ils le paraissent. Demandez donc au producteur et scénariste du légèrement culte De si gentils petits… monstres! (1980), Carlton J. Albright, ce qu’il en pense, lui qui dénicha le sujet de son premier et unique film comme réalisateur en écoutant ses enfants critiquer leurs copains de classe. Des geeks selon eux, terme qu’ils emploient bien évidemment pour souligner le fait que leurs camarades sont des nazes avec qui il vaut mieux ne pas traîner, ne serait-ce que pour ne pas voir sa réputation ternie. Taquin, le patriarche Carlton demande à ses marmots s’ils connaissent l’origine et le sens réel du mot geek, se fendant ensuite d’un petit cours d’histoire. Et les gamins d’apprendre qu’un geek, ce n’est pas qu’un type impopulaire montant son PC lui-même pour y jouer à World of Warcraft en s’envoyant dans les esgourdes la bande-son de La Colère de Khan. A la base, l’appellation était en effet réservée à ces phénomènes de foire arrachant la tête des poulets avec les dents, dans l’espoir de réunir quelques sous voués à disparaître dans les poches du vendeur d’alcool le plus proche, les geeks de l’ancien temps étant généralement définis comme des accros au whisky. Sans surprise, c’est ce modèle qui intéresse Albright et lui souffle une nouvelle idée de scénar’. Celle de Luther The Geek, barjo se croyant dans une basse-cour puisqu’il coquerique après avoir liquidé les malheureux plantés sur sa route. Pas le genre de détail qui vous offre une prestance à la Michael Myers… Ca tombe bien, Luther The Geek n’est pas La Nuit des Masques, et Albright n’est pas John Carpenter.

 

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Pour être tout à fait honnêtes, la présence du métrage sur le catalogue de Troma nous laissait déjà imaginer que la volaille ici présente tiendrait plus facilement du bucket de chez KFC que du filet minutieusement préparé par un cordon bleu devant lequel on s’agenouille au Guide Michellin. La finesse ne sera pas attablée avec nous, en somme, et les chances de mordre dans un cartilage de temps à autres sont plutôt fortes, Luther faisant définitivement partie de la division campy. Et ce malgré la dimension psychologique que se devait de revêtir une pelloche auscultant la matière grise d’un taré. Pour justifier les actes de Luther, on nous explique donc que, petit, il vivait dans une foire et voyait donc l’un de ces freaks arracher des caboches de poulet à la force de la mâchoire tous les jours, au point que cela finit par lui donner envie de mordille du bec lui aussi. Mais les cous de poussins, ça va cinq minutes, et ses dents, cassées depuis qu’il fut bousculé par quelques rednecks, Luther se verrait plutôt les planter sur la nuque de Monsieur Tout-le-monde. Trois victimes, un séjour en psychiatrie, la perte de ses tifs et vingt années plus tard, il semblerait que celui qui se trimballe désormais un physique à la Michel Blanc soit prêt à retrouver une existence tout ce qu’il y a de plus classique. Si l’on en croit sa psychiatre qui joue très mal, Luther est fin prêt à retrouver le monde moderne, en dépit du fait qu’il ne s’exprime qu’en gloussant et qu’il s’est constitué un dentier en acier en taule. Bah, à chacun ses petites excentricités après tout, et ces broutilles ne doivent en rien empêcher ce pauvre homme de goûter à une vie éloignée des froids barreaux et des purées de radis dégueulasses des pénitentiaires. Mais comme s’il voulait donner tort aux incapables qui ont vu en lui un chaton domestique, Luther sort les griffes dès sa sortie d’asile, volant des lunettes de soleil dans un supermarché et cassant des œufs pour en gober le jaune. La bonne conduite, c’est déjà de l’histoire ancienne, Luther s’en allant même arracher la jugulaire d’une vielle femme sur un banc. Et pas n’importe-quelle vioque mais la grand-mère la plus clichée du monde, en fait une jeune actrice portant la perruque et la robe typique des bobonnes du troisième âge, telles qu’elles étaient imaginées dans les cartoons des années 50. Ce qui a pour effet de donner l’impression que notre dérangé ami s’en prend à la mamie de Titi et Grosminet

 

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Ca commence donc très fort et on saisit pourquoi Luther The Geek s’est payé une place de choix dans les locaux de chez Troma, Lloyd Kaufman, dans sa présentation servant de bonus au DVD de chez Uncut Movies (qui fêtent actuellement leur vingtième anniversaire, donc happy birthday à eux !), voyant même dans le travail de Carlton Albright l’une des premières tentatives de mélange entre horreur et comédie. L’humour ici niché serait donc des plus volontaires, et Albright aurait pris exemple sur Toxic Avenger ? Pas si sûr. Certes, avec son cinglé se prenant pour Charlie le Coq et le détail du râtelier de métal forgé dans un institut psychiatrique (super crédible…), le réalisateur s’éloigne du thriller à papa et s’engouffre dans la Série B débridée. Mais, malgré des talents de metteur en scène médiocres et impersonnels, le Carlton s’essaie tout de même à la tension et à la noirceur, certains accès de rage de Luther ne prêtant pas à rire (le tabassage d’une pauvre brunette), tandis que le dernier quart d’heure mise nettement sur le suspense. Quant à la conclusion, elle laisse supposer une dégringolade mentale pour les protagonistes ayant survécu à leur rencontre avec le vil dindon. Pas vraiment les traits de caractère habituel du low-budget conscient de sa connerie et cherchant surtout à enchaîner les tueries, et à multiplier les plans nichons de jeunettes peu farouches. Albright, s’il ne parvient pas à hisser son seul effort derrière la caméra quelques niveaux au-dessus des slasher sans le sou de la deuxième moitié des années 80, a dans tous les cas le mérite de tenter quelque-chose de différent. Oui, Luther The Geek est gore (gorges mâchouillées, torse si profondément labouré que l’on y voit un coeur palpiter…), mais le bodycount ne dépasse pas les cinq morts et ces plans riches en gros rouge ne masquent jamais l’intention première d’Albright : miser sur l’angoisse et le malaise que Luther répand autour de lui, plutôt que sur ses crimes.

 

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Bien sûr, en bon producteur, Albright n’oublie pas qu’il a un cahier des charges à respecter s’il veut séduire une audience qui sait ce qu’elle cherche dans pareil direct-to-video. Et c’est probablement le plus naturellement du monde qu’il envoie sous la douche ou au plumard avec son boyfriend la belle Stacy Haiduk, dont l’opulente poitrine ne pouvait rester cachée bien longtemps. On ne s’en plaindra pas… Mais on le sent, l’ADN de Luther The Geek ne se trouve pas dans ses saillies saigneuses ou sa lubricité, mais dans la tension et la combativité de personnages mis face à un être… exceptionnel, on va dire. De bonnes intentions malheureusement ruinées par le manque d’expérience de la troupe. Ce que l’on parle de comédiens au mieux ternes ou d’un Albright piètre scénariste, surtout lorsqu’il s’agit de donner un peu de corps à ses personnages, pour la plupart des cons finis. Passe encore que la jeune adolescente décide de rester planquée sous un lit durant trois quart d’heure, alors que sa pauvre mère est attachée au-dessus d’elle et que Luther a pris la voiture pour s’éloigner, ce qui leur laisserait potentiellement le temps de filer en douce. On peut après tout légitimer ce manque de réaction par la peur que doit ressentir une jeune fille en découvrant qu’un Jean-Claude Duss diabolique traîne dans les parages. Plus compliqué de pardonner le flic venu aider la petite famille, qui fonce traquer Luther sans demander de renforts auparavant. Une erreur qui lui en coûtera, cela va sans dire.

 

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Un peu trop grotesque pour être pris au sérieux, mais trop intéressant pour être considéré comme totalement décérébré, Luther The Geek se montre dans tous les cas divertissant et a le bon goût de ne jamais s’éterniser. 80 minutes et l’affaire est entendue, laissant derrière elle quelques gorges arrachées et le souvenir d’un maniaque indéniablement original. Vu que ces Messieurs d’Uncut Movies le proposent désormais à un prix défiant toute concurrence (7€ sur leur site, 5€ en convention), on ne trouvera aucune raison de ne pas rentrer dans ce drôle de poulailler.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Carlton J. Albright
  • Scénarisation: Carlton J. Albright
  • Production: David Platt
  • Pays: USA
  • Acteurs: Edward Terry, Joan Roth, Stacy Haiduk, Jerry Clarke
  • Année: 1989

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