Le Jardin des Tortures

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En partant pique-niquer dans Le Jardin des Tortures (1967) de la Amicus, on savait que l’on reviendrait avec un bouquet d’histoires sinistres dans le panier. Mais avec sa tendance à se foirer de temps à autres (remember le pénible Frissons d’Outre-Tombes), le studio so british nous apprit à nous méfier de ses projets, parfois trop beaux pour être vrais. Heureusement pour nous, et s’il ne casse pas pour autant la baraque, Torture Garden fait plutôt partie des bonnes pioches.

 

En odeur de sainteté depuis qu’ESC a fracassé son cochon en porcelaine pour se payer les droits de ses productions – et vous le vôtre pour vous les offrir, car elles ne sont pas pour rien leurs éditions mediabook – la maison rivale de la Hammer truste les sites spécialisés et les accueils Facebook de tout cinéphile ayant dans sa liste de contacts quelques bisseux. Une petite tornade qui en ferait presque oublier que derrière la sympathie que l’on porte tous à la firme se cache tout de même une filmographie en dents de scie, contenant bien sûr quelques étincelantes pierres précieuses, mais aussi de vieux cailloux. Si elle n’est que rarement – voire même jamais – tombée dans la médiocrité absolue, la Amicus nous balança en effet quelques tentatives fadasses, au goût triste de l’eau tiède. La méfiance est donc de mise lorsque l’on se décide à rentrer dans Le Jardin des Tortures de Freddie Francis (L’Empreinte de Frankenstein, Dracula et les Femmes, Le Train des Epouvantes), le fana du cinoche gothique ne sachant trop s’il va se retrouver dans une clairière généreuse en séquences marquantes, ou un terrain vague n’ayant rien à offrir, faute de budget. Pour le coup, c’est un peu des deux, et Torture Garden entérine l’idée qu’un film omnibus ne peut qu’être inégal et faire le grand huit au fil de ses historiettes, montant par ici vers les sommets de l’épouvante avant de retomber dans les oubliettes du banal.

 

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Cette fois, point de vieil antiquaire dont la marchandise propulse les clients trop pingres au purgatoire, pas plus que d’asile servant de fil rouge à tous ces contes macabres, mais une attraction foraine présentée par le Dr. Diabolo (Burgess Meredith, le célèbre Mickey des Rocky) tout fier de présenter ses clients à Atropos. Soit une statue de cire (mais incarnée par l’actrice Clytie Jessop) tenant une paire de ciseaux qu’elle s’apprête à rabattre sur une ficelle. Un geste tranchant qui lui permet de montrer leur avenir, toujours cruel cela va sans dire, aux passant ayant accepté de débourser de folles sommes pour avoir un aperçu d’un futur de plus en plus incertain. Après quelques présentations d’usage, on débute avec la course à l’héritage menée par Michael Bryant, dandy venu rendre visite à son oncle avec des dettes plein les poches. Mais bien que soupçonné de cacher un gros trésor quelque-part dans sa bicoque isolée, le tonton n’a pas l’intention de prêter ne serait-ce qu’un cent à son neveu. Pas le choix pour ce dernier : il va falloir précipiter le vieux dans la tombe. Une fois libéré de ses obligations familiales, le vil Bryant cherche le magot et trouve un chat télépathe, qui lui promet moult richesses s’il lui apporte des victimes qu’il pourra dévorer. Comme un petit arrière-goût de Poe, avec ce félin diabolique que l’on a enterré vivant, certes pas derrière un mur mais entre quatre planches, même si l’on peut également reconnaître l’influence de Lovecraft dans le récit. Pas mal pour tout dire, et parcouru d’une aura plutôt evil, cette entrée en la matière place Torture Garden sous un jour assez glauque, laissant entrevoir une suite prometteuse.

 

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Pas de pot, l’affaire suivante a tout le mal du monde à tenir bon la barre. En effet loin d’être terrible, cette plongée dans le monde hollywoodien voyant une actrice, arriviste et prête à tout pour embrasser le succès, se demander si ses collègues sont bien des êtres humains. Car plus que de créer l’effroi, on a ici la sensation que la modeste Amicus en profite pour tacler les majors et les faire passer pour un ramassis de coquilles vides, ne se remplissant que de la popularité et l’admiration du public. Pas foncièrement désagréable, juste trop maigre sur le plan horrifique pour devenir inoubliable ou même soulever quelques poils. Le niveau remonte un brin avec la très courte romance entre un pianiste de génie et une belle blonde, une idylle dans laquelle intervient un piano visiblement possédé par l’âme de la mère du musicien. Simple mais efficace, le sketch survit à un final légèrement grotesque voyant l’instrument se mouvoir bon an mal an, et rappelle que c’est parfois dans les vieux pots qu’on fait les meilleures tambouilles :  si rien n’est neuf ici, la recette fonctionne toujours aussi bien.

 

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Et en guise de final, on retourne dans l’univers de Poe pour une rencontre au sommet entre deux collectionneurs du légendaire écrivain. Et deux acteurs tout aussi mythiques : Jack Palance et Peter Cushing, le second détenant des manuscrits inédits et récents de l’auteur du Chat Noir. Bizarre, et de quoi pousser le vieux Jack à se demander s’il n’y a pas anguille sous roche. On ne va pas se le cacher, malgré une conclusion sympathique et assez originale, l’intérêt du segment se trouve dans la rencontre entre Cushing et Palance, dans leur joute verbale et leur jeu plutôt que dans la possibilité de trembler sous la couette. Le Jardin des Tortures aura donc loupé le coche question frisson, et se positionne plutôt comme une œuvre confortable dans laquelle on rentre plus volontiers pour son ambiance (le côté foire de l’antre du Dr. Diabolo, la chapelure gothique du dernier chapitre) que pour sa faculté à foutre les miquettes. En définitive, on tient là un Amicus très correct (merci Robert Bloch, au scénario), dans la bonne moyenne du studio, et dont le DVD est désormais trouvable à des prix plutôt bas. Autant en profiter, donc.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Freddie Francis
  • Scénarisation: Robert Bloch
  • Production: Amicus
  • Titre Original: Torture Garden
  • Pays: Grande-Bretagne
  • Acteurs: Burgess Meredith, Jack Palance, Peter Cushing, Peter Bryant
  • Année: 1967

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