Wilderness

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Genre en perte de vitesse depuis quelques années, le survival, s’il connut son heure de gloire dans les seventies, avait une cote d’enfer voilà encore une décennie. La preuve avec le so british Wilderness (2006), dans lequel quelques petites frappes se font mordre le fessier par une meute de chiens féroces, quand ils ne subissent pas les attaques furtives d’un pro du camouflage…

 

Si le cinéma francophone ne touche que du bout des doigts la thématique de la violence juvénile, de peur d’être perçu comme le pendant cinématographique des reportages de BFMTV, ou d’être accusé de mettre de l’huile sur le feu (voir le destin du très bon et sacrément rude Black sur le sol français), les Anglais ne se posent pas autant de questions et ont même tendance à foncer dans le tas. Passée à la moulinette du genre et des genres, le sujet semblait en effet obséder quelques auteurs du pays de sa Majesté, tous venus se servir dans ces images de JT voyant des jeunes tout casser ou agresser leur monde, pour en faire de pures bandes d’exploitation. Diverses et variées les bandes en question, certaines utilisant les débordements des cités pour leur drame intimiste et infernal (le déprimant mais superbe Heartless), pour dresser une vue du monde apocalyptique (le ténébreux Citadel), pour ressusciter un état d’esprit Bronsonien (le très bon Harry Brown avec Michael Caine) ou tout simplement pour donner dans le survival des bois (le génial et cruel Eden Lake). A choisir, l’ancien faiseur de documentaires sur la nature et la sodomie chez les coccinelles Michael J. Bassett préfère éviter le vigilante sinistre ou le récit tristounet. Avec Wilderness, le gaillard, déjà auteur de La Tranchée (2002), opte pour le bête et méchant, se gardant bien de verser dans le discours sociétal lourd comme une lasagne au parpaing, pour mieux se blottir dans le plaid de la Série B franche du collier. Certes, ses héros seront de viles garnements, tantôt nazillons plus ou moins intelligents et vicieux, tantôt des pervers sexuels ou des gosses à problèmes un peu trop nerveux. Mais plutôt que de débattre sur les conditions les ayant amenés à la délinquance, les jeunots serviront surtout de pâtée pour des chiens bien dressés par un ennemi particulièrement revanchard.

 

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Sans aucun doute grand fan du cinéma horrifique toutes tendances confondues (sa filmographie en atteste), Bassett profite de Wilderness pour faire sa petite popote à partir de plusieurs sous-genre. Mixant survival poussant les uns et les autres à nous refaire Platoon en mode teenager, slasher au grand air dans lequel un militaire cinglé use de sa lame, de son arbalète ou de pièges (les connaisseurs penseront peut-être au pas trop mal Final Terror), et terreur animalière pleine de sacs à puces mangeurs d’hommes. Au risque de ne pas s’écarter suffisamment de leurs modèles et d’oublier de se trouver une identité propre, le réalisateur et son scénariste Dario Poloni (qui doit aimer envoyer un groupe de personnes dans la mouise, comme en témoigne son script pour le Black Death avec Sean Bean) finissant par aligner les passages obligés du genre. Au programme : un groupe incapable de s’entendre, de la trahison au kilo et des inimitiés à chaque coin d’arbre, preuve que l’on s’en tient ici au confort d’une structure scénaristique ayant fait ses preuves, située quelque-part entre Predator et le Sans Retour de Walter Hill. Basique, mais toujours efficace et pour le coup plutôt rythmé et même jamais contraire à quelques coups de sang plutôt gore, tête plantée sur un piquet et bonhomme totalement déchiqueté par les clebs à l’appui. N’empêche que le petit plus de Wilderness se trouve dans le caractère de sale gosse de ses différents protagonistes, la menace ne venant plus nécessairement de l’extérieur mais bien de l’incapacité qu’ont les héros à s’entraider. L’ennui, c’est qu’en faisant de la lie de l’humanité (skinhead tough guy, armoire à glace décérébrée, demoiselle manipulatrice, violeur, faiblard vendant ses compagnons pour s’en sortir) ses premiers rôles, Bassett se tire une petite balle dans la babouche, son massacre canin oubliant d’impliquer le spectateur, qui assiste certes à une tuerie plutôt bien menée, mais ne risque pas de piquer un stress pour des garnements plutôt agaçant. Même le preux chevalier Callum (Tobby Kebbell, spécialiste de la motion capture simiesque puisqu’il est Kong dans Skull Island et a traîné ses papattes sur La Planète des Singes), plus noble que ses camarades, ne parvient jamais à entraîner la sympathie malgré sa tentative de devenir le Schwarzy anglais en fin de parcours. Plutôt un problème d’écriture qu’un soucis de comédiens d’ailleurs, car sans aller jusqu’à dire que Wilderness mérite un ras-de-marée d’Oscars, l’interprétation se veut solide. Les fans de l’horreur made in england reconnaîtront d’ailleurs les bouilles de Sean Pertwee (Dog Soldiers) et Alex Reid (The Descent), tous deux venus se faire labourer la bidoche sous le ciel gris, Grande-Bretagne oblige.

 

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Bref, ça ne pisse pas bien loin et le fantasticophile s’étant envoyé plus de dix films issus des années 2000 aura la sensation d’en avoir déjà vu d’autres, et des meilleurs (Eden Lake, encore…). D’autant que Bassett, s’il se démène pour que ne s’écoulent jamais plus de cinq minutes de calme, se trouve vite en situation de faiblesse lorsqu’il s’agit de shooter plus nerveusement les attaques des clébards. Voir pour s’en convaincre ces quelques plans pas loin du fish eye, inesthétiques au possible. En rien honteux mais jamais formidable, Wilderness se place donc dans la bonne moyenne du genre et occupe l’esprit le temps de vider une canette ou deux, mais il y a fort à parier que la galette prendra la poussière sur votre étagère après cela…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Michael J. Bassett
  • Scénarisation: Dario Poloni
  • Production: Robert Bernstein, Douglas Rae, John McDonnell
  • Pays: Grande-Bretagne
  • Acteurs: Toby Kebell, Sean Pertwee, Alex Reid, Stephen Wight
  • Année: 2006

2 comments to Wilderness

  • Trapard  says:

    J’aime bien ce film. Puis il faut le situer dans son contexte : les survivals avec des jeunes emprisonnés en liberté surveillée (le temps d’une sortie thérapeutique) commençaient à peine à sortir à l’époque de « Wilderness ». Depuis, les Ricains en ont sortis à la pelle, de « Pig Hunt » pour en citer un qui n’est pas mauvais en milieu naturel, et d’autres dans des lieux clos comme d’anciens hôtels délabrés où vit un taré reclus (c’est « Creep », mais c’est aussi « Les Secrets de l’invisible » qui date de 1980). Après moi je différencie bien les survivals avec des jeunes en liberté surveillée, des survivals avec des couples ou des familles qui se retrouvent attaqués par des jeunes ou des ploucs (comme « Eden Lake » ou « la colline a des yeux »). Aujourd’hui il existe assez de matière pour différencier les Survivals.
    Au niveau des films français sur la jeunesse et la violence, j’avais bien aimé « Dog Pound » de Kim Chapiron. C’est pas très original, comme tous les films de prison, mais ça faisait plaisir à voir. Puis Kim Chapiron n’est pas un nouveau-né dans le genre. Aujourd’hui on entend moins parler de lui, mais il était à un moment la relève des Kassovitz-Richet and co, avec « Sheitan » mais aussi avec les « kourtrajmé ».
    Au passage je viens de voir le film anglais « K-Shop », et là aussi ça fait plaisir à voir qu’on peut présenter une histoire éculée avec un regard nouveau.

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