Enterré Vivant

Category: Films Comments: No comments

Grand oublié de la carrière de Frank Darabont, le téléfilm Enterré Vivant (1990) est une preuve supplémentaire que dans le cinéma horrifique, les divorces sont souvent définitifs. Et dans la grande tradition du gothique, c’est six pieds sous terre que se régleront les détails de la garde du chien pour le mari déçu, la vile épouse et l’amant manipulateur.

 

Il faut bien débuter quelque-part, et ce quelque-part pour le bon Darabont (Les Evadés, La Ligne Verte, The Mist), c’est Enterré Vivant. Du moins en tant que réalisateur, car question scénarisation le grand pote de Stephen King a déjà quelques kilomètres de pages noircies au compteur. Le troisième Freddy, Le Blob version eighties, La Mouche 2, et puis quelques passages dans la petite lucarne via Les Contes de la Crypte et Young Indiana Jones. Un départ en fanfare qui ne se confirmera pas réellement avec le Buried Alive dont il est aujourd’hui question, et que Elephant Films édite désormais en DVD, cette affaire au-dessus de laquelle plane l’ectoplasme de Poe n’étant pas vraiment l’oeuvre la plus en vue du Franky. Pas facile il est vrai de survivre dans une filmographie où se croisent quelques vrais succès, ainsi que la série permettant à votre petite cousine de devenir une pro des zomblards, soit The Walking Dead. Soyons néanmoins honnêtes cinq minutes : les TV Movies, s’ils peuvent créer la surprise (Dan Curtis vous salue), ne volent en général pas bien haut, et si Enterré Vivant fait de toute évidence de son mieux, il est fréquemment ramené à la dure réalité par son statut de divertissement coincé entre une pub pour des Doritos et de la réclame pour du dentifrice. D’autant que ça débute déjà assez mal question script, pour tout dire, la première moitié de ce premier effort en tant que réalisateur pour Darabont (après un court) enchaînant les lieux communs du genre.

 

buriedalive1

 

Nous faisons ainsi la connaissance de Clint (Tim Matheson, American College), bon gars de la campagne qui, après dix années passée à renifler des pots d’échappement à New York, décida de revenir dans sa campagne natale pour y créer une petite entreprise ne connaissant pas la crise. Pas tout à fait du goût de sa femme Joanna (Jennifer Jason Leigh, Dolores Claiborne), tourmentée par l’ennui et que son mari exaspère de plus en plus. Heureusement qu’il y a le plus raffiné Cort (William Atherton, Ghostbusters et Die Hard) dans sa vie, le docteur promettant de lui offrir une vie de rêve si elle accepte de quitter Clint et financer avec lui une clinique, qu’il espère construire sous le regard aimant de la Statue de la Liberté. Mais où trouver le financement nécessaire à pareille évasion ? Le destin faisant plutôt bien les choses, un riche entrepreneur désire justement racheter l’affaire de Clint pour plus d’un million de dollars, une grosse valise de billets verts qui permettrait à Cort et Joanna d’entrevoir l’avenir avec sérénité. Mais encore faut-il que Clint passe l’arme à gauche pour récupérer le flouze… Qu’à cela ne tienne : Cort propose à la blonde de verser dans le repas de leur cible du poison extrait d’un poisson rare, le genre de sauce apte à précipiter un gêneur dans la tombe pour de bon. Mais ne respectant pas les dosages prescrits, Joanna ne parvient à donner à son homme que l’apparence d’un mort, celui-ci se réveillant dans son cercueil quelques heures après son soi-disant trépas. Et on vous le donne en mille, il est d’assez mauvais poil…

 

buriedalive2

 

Si elle est plutôt bien menée, d’autant qu’elle profite de la présence de l’excellent William Atherton, toujours très à son aise lorsqu’il s’agit d’incarner les salopards, la première partie de Buried Alive a aussi bien du mal à apporter quoique ce soit de neuf. C’est qu’on la connaît d’avance, cette histoire de revanche d’outre-tombe. Et qu’on les a déjà vues ailleurs, ces messes basses entre une régulière et son petit copain de l’ombre, tous deux pressés de récupérer un pactole que l’on ne peut toucher du doigt qu’en faisant couleur le sang. Dans Columbo, notamment, et il est difficile de ne pas songer aux enquêtes de Peter Falk devant Enterré Vivant, Darabont reprenant la structure de la célèbre série. On a donc la gentille victime, les fourbes de la haute, le shérif (Hoyt Gremlins Axton) jamais pris au sérieux par les criminels et le plan machiavélique difficile à mettre à jour. D’ailleurs, si dans Columbo c’était la méthode du lieutenant pour mettre sous les verrous le coupable qui donnait tout son intérêt au spectacle, ce sera ici de découvrir comment le légitimement fâché Clint, fraîchement sorti de sa tombe, goûtera à la vengeance. En gros, la première moitié place le décors, la seconde en vient enfin aux choses sérieuses. Et c’est mathématique : si nous étions à deux doigts de roupiller sévère durant les 40 premières minutes, Buried Alive s’emballe dans les 40 suivantes et devient enfin digne d’intérêt. Peut-être pas suffisamment pour devenir un essentiel de sa catégorie, mais voir Clint faire des allées et venues dans la demeure qu’il a construite pour pourrir la vie de ceux qui ont voulu lui faire goûter à un sommeil éternel ne manque pas de charmes. On n’en dira d’ailleurs pas plus sur ses méthodes, elles valent la peine d’être découvertes et offrent, enfin, un peu d’originalité.

 

buriedalive3

 

Sans surprise, car telle est la tradition des téléfilms, le rendu visuel de l’ensemble se veut assez fade, Darabont ne devenant auteur que lors des séquences purement fantastiques (tiens, comme c’est étonnant…). Joliment shootée, cette scène de « résurrection », avec le molosse de Clint passant entre les tombes tandis que la bande-son, jusque-là anonyme, flirte avec l’industriel pour renforcer le malaise. Et efficace, la mise-en-scène lors du piège final, qui devrait remuer un claustrophobe ou deux. On ne définira donc pas Buried Alive comme un achat obligatoire, mais force est de reconnaître que l’ensemble s’améliore au fur et à mesure, jusqu’à en devenir  moins anecdotique que prévu, et donc plutôt appréciable.

Rigs Mordo

 

 

buriedaliveposter

 

  • Réalisation: Frank Darabont
  • Scénarisation: Alfie lowery, Mark Patrick Carducci
  • Production: Niki Marvin
  • Titre original : Buried Alive
  • Pays: USA
  • Acteurs: Tim Matheson, Jennifer Jason Leigh, William Atherton, Hoyt Axton
  • Année: 1990

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>